Economie

Billet – Gestion de l’eau potable : Anticiper le pic de consommation estivale

  • 18 août 2026
  • 4 min de lecture
Billet – Gestion de l’eau potable : Anticiper le pic de consommation estivale

La Presse — La crise de l’approvisionnement en eau potable dans plusieurs gouvernorats du pays continue d’alimenter la colère et l’incompréhension des citoyens. Depuis plusieurs semaines, de nombreux habitants dénoncent des coupures récurrentes, prolongées, ou une très faible pression dans leurs robinets, une situation particulièrement difficile à supporter en cette période de canicule.

Entre soif, hygiène mise à mal et impossibilité d’assurer les tâches quotidiennes normalement, les habitants dénoncent une situation devenue intenable et réclament une intervention rapide des autorités. Nombre d’entre eux regrettent également le manque de visibilité quant aux causes exactes de ces perturbations et aux délais du retour à la normale.

Malgré l’annonce du rétablissement progressif de l’alimentation, de nombreux habitants affirment que la situation demeure difficile dans plusieurs régions et les coupures totales persistent.

Cette crise majeure de distribution d’eau enregistrée depuis le début de l’été, où les températures atteignent des sommets, est aggravée par des infrastructures vieillissantes et des événements climatiques extrêmes, ayant révélé la vulnérabilité d’un système d’approvisionnement sous pression face aux défis du changement climatique.

Les perturbations de l’été 2026 sont dues en partie à l’instabilité du réseau électrique, qui constitue un autre facteur majeur de perturbation. Les coupures de courant affectent directement le fonctionnement des stations de pompage. À cela s’ajoutent les fuites récurrentes sur les canalisations principales, témoignant du vieillissement d’un réseau qui nécessiterait des investissements massifs.

C’est dire que la situation hydrique de la Tunisie présente un paradoxe troublant. Après des années consécutives de sécheresse, le pays a enregistré des précipitations abondantes en 2026, avec une succession de chutes de neige et de pluies généreuses. Cette amélioration a permis aux barrages de reconstituer leurs réserves, mais n’a pas suffi à résoudre les problèmes structurels de distribution qui persistent durant l’été. D’où l’impérative nécessité de mettre en place un nouveau plan de gestion stratégique de l’eau. La pierre angulaire de ce plan sera la distribution équitable de l’eau sur tout le territoire national, sans exception, en s’appuyant sur les compétences tunisiennes et en développant de nouvelles méthodes.

Cette année, le taux de remplissage des barrages a dépassé 60 %, certains atteignant presque 100 %, ce qui permet d’assurer un approvisionnement confortable en eau, notamment durant l’été et les périodes de forte demande.

Les problèmes actuels du secteur de l’eau en Tunisie sont liés à la baisse des apports des barrages au cours des dernières années, avec une diminution de 43 % par rapport aux moyennes annuelles, et la hausse des températures au cours de la dernière décennie, liée au changement climatique.

La forte demande en eau potable est devenue particulièrement visible depuis environ cinq ans avec un taux de consommation, en milieu urbain et rural, avoisinant 18,5 %, soit environ 820 millions de m³.

Autant dire que la fragilité des systèmes hydrauliques  dans le pays est due principalement à la faiblesse des ressources en eau, à leur mauvaise utilisation, à l’état dégradé des infrastructures hydrauliques et l’absence d’un cadre juridique adapté au secteur de l’eau.

La diminution des ressources en eau est notamment liée à la baisse des précipitations au cours des dernières années. Les pluies jouent un rôle essentiel dans le renouvellement des eaux de surface et des eaux souterraines, qui constituent les principales ressources renouvelables. Avec le changement climatique, la quantité de ressources disponibles diminue davantage et les phénomènes naturels extrêmes, notamment les sécheresses et les inondations, aggravent la pénurie d’eau.

L’on ne peut nier également le manque d’entretien et de renouvellement des infrastructures hydrauliques. Une grande partie de ces installations a été construite au milieu du siècle dernier et nécessite aujourd’hui des travaux de maintenance, de modernisation et de rénovation.

Après la finalisation de l’élaboration du plan directeur « Plan de gestion de l’eau à l’horizon 2050 », et le développement du recours aux énergies renouvelables, on pourrait ainsi maîtriser le coût de production et du transfert de l’eau à travers des audits énergétiques et améliorer l’efficacité énergétique des ouvrages et installations hydrauliques via l’intégration de l’hydroélectricité et du photovoltaïque, à hauteur de 30% de la consommation totale d’énergie en 2035.

Auteur

Najoua Hizaoui

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