Culture

Festival international de musique symphonique d’El Jem : De l’arène au dialogue musical

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  • 18 août 2026
  • 4 min de lecture
Festival international de musique symphonique d’El Jem : De l’arène au dialogue musical

Lorsque les lumières se glissent entre les colonnes et les gradins du troisième Colisée du monde, le monument change de fonction. Lieu de mémoire, témoin d’un autre temps, l’amphithéâtre d’El Jem devient, le temps d’une soirée, un espace où la musique prend le relais de l’histoire.

La Presse — C’est dans cette atmosphère que s’est tenue, samedi 15 août 2026, la soirée de clôture de la 39e édition du Festival international de musique symphonique d’El Jem, organisée en collaboration avec l’ambassade d’Autriche en Tunisie. La soirée, à laquelle ont notamment assisté le secrétaire d’État aux Affaires étrangères Mohamed Ben Ayed, l’ambassadeur d’Autriche et plusieurs représentants diplomatiques, a réuni un public venu célébrer une nouvelle fois la musique symphonique dans ce cadre singulier.

La soirée a commencé avec un léger retard, les conditions météorologiques ayant imposé une pause d’une trentaine de minutes. Mais l’attente n’a pas entamé l’attention du public. Dès son entrée en scène, le violoniste et compositeur autrichien Yury Revich a installé un dialogue direct avec les spectateurs. Accompagné du collectif international The Sounds, réunissant des musiciens de différentes nationalités, il a ouvert la soirée avec Prelude, une composition personnelle.

Revich, déjà présent à El Jem lors de la précédente édition, a parlé au public tout au long de la soirée. Il a évoqué son plaisir de retrouver le festival et de jouer une nouvelle fois dans le colisée romain, dont l’architecture impose autant par sa présence que par son histoire.

Le programme a ensuite fait dialoguer les univers. Le Lac des cygnes de Tchaïkovski a laissé place à des compositions de Revich, puis au Concerto Tango pour violon signé Melanie Master. En guise de dernier geste musical, le violoniste a choisi une pièce inspirée de Carmen, achevant la soirée sur une note qui réunissait lyrisme, mouvement et émotion.

Au-delà de la scène, Yury Revich s’est également livré sur son rapport au travail. Il a raconté ses débuts, lorsqu’à l’âge de cinq ans il consacrait de longues heures à l’apprentissage du violon. Aujourd’hui compositeur et interprète, il continue de travailler de la même manière. La différence, dit-il, tient simplement à une chose : « J’aime ce que je fais ».

Cette relation au travail rejoint peut-être ce que le festival cherche à construire depuis des années : une rencontre entre l’exigence artistique et un public qui ne se limite pas aux habitués des salles de concert. À El Jem, la musique sort des cadres traditionnels. Elle s’installe dans un monument chargé de mémoire et s’adresse à plusieurs générations réunies sous le même ciel.

Revich a d’ailleurs insisté sur cette relation particulière avec le public tunisien et sur l’accord qui s’est établi entre les musiciens et les spectateurs. Il a exprimé le souhait de revenir pour une prochaine édition avant de résumer son message en quelques mots : « Ensemble, diffuser la musique et l’amour ».

C’est peut-être là que réside l’une des images les plus fortes de cette clôture.

Dans un lieu autrefois consacré aux affrontements et aux spectacles de l’époque romaine, ce sont aujourd’hui les artistes qui occupent l’arène. Les combats ont changé de nature. Le spectacle n’oppose plus les hommes entre eux : il tente de faire reculer le bruit, l’intolérance et la marchandisation de la pensée par la création et le partage.

Et lorsque les dernières notes se sont élevées dans l’amphithéâtre, elles ont laissé derrière elles bien plus qu’une fin de festival : une nouvelle étape de ce dialogue entre patrimoine et création, entre la Tunisie et le monde, entre la mémoire d’un lieu et les sons du présent.

Le rendez-vous est désormais pris pour une nouvelle édition, dans ce même écrin où, année après année, la musique continue de faire vivre autrement un monument qui semblait pourtant avoir tout dit.

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Auteur

Asma DRISSI

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