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IPO en Tunisie : 41 introductions en 18 ans, mais un marché à relancer

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  • 19 août 2026
  • 7 min de lecture
IPO en Tunisie : 41 introductions en 18 ans, mais un marché à relancer

La Bourse de Tunis a enregistré 41 introductions en bourse ( IPO)  entre 2008 et 2025, pour 1,451 milliard de dinars levés. Malgré un solde net positif de 25 sociétés, le rythme des IPO s’est nettement essoufflé depuis 2017. L’amélioration des conditions de marché en 2026 pourrait toutefois offrir une nouvelle fenêtre pour relancer les introductions.

Le marché tunisien des introductions en bourse reste marqué par un ralentissement durable. Selon l’étude « Dynamique des IPO à l’échelle mondiale et en Tunisie », publiée en août 2026, la Bourse de Tunis a enregistré 41 introductions entre 2008 et 2025, soit une moyenne de 2,3 opérations par an. Après un pic en 2012 et 2013, le rythme s’est progressivement réduit à partir de 2017 pour atteindre environ une opération par an en moyenne.

Le ralentissement est particulièrement visible ces dernières années. Aucune introduction n’a été enregistrée en 2023 et 2024. L’année 2025 a toutefois marqué un retour à la cote avec l’introduction de BNA Assurances.

Malgré cette faible dynamique, le bilan net de la cote reste positif. Sur la période 2008-2025, les 41 introductions ont été supérieures aux 16 sorties de la cote, portant à 25 le solde net des sociétés. La Bourse de Tunis compte ainsi 2,6 entrées en moyenne pour chaque société retirée de la cote.

Les sorties ne sont par ailleurs pas uniquement liées à des difficultés financières. Les retraits involontaires représentent 44 % des 16 sorties enregistrées, contre 31 % pour les opérations de fusion-acquisition et 25 % pour les retraits volontaires. Au total, 56 % des sorties résultent d’opérations stratégiques de fusion-acquisition ou de retrait volontaire.

Cette situation distingue la place tunisienne d’une tendance observée sur plusieurs marchés internationaux. À l’échelle mondiale, le nombre de sociétés cotées diminue depuis 2021. L’Europe et l’Asie centrale enregistrent les contractions les plus importantes et les plus persistantes. Malgré le rebond des introductions observé en 2021 puis en 2025, le nombre total de sociétés cotées continue de reculer, les sorties dépassant progressivement les nouvelles introductions.

Le marché mondial des IPO a pourtant renoué avec la croissance en 2025. Après le record de 2021, avec 2 766 opérations et 508,9 milliards de dollars levés, l’activité avait fortement reculé entre 2022 et 2024 dans un contexte de resserrement monétaire et d’incertitude macroéconomique. En 2025, le marché a enregistré 1 293 IPO, pour 171,8 milliards de dollars levés, soit une progression de 4 % du nombre d’opérations et de 39 % des montants.

Cette reprise reste toutefois concentrée géographiquement. La Chine a enregistré 222 IPO pour 54,8 milliards de dollars, avec une progression de 24 % du nombre d’opérations et de 162 % des montants levés. Les États-Unis ont comptabilisé 223 IPO pour 45,5 milliards de dollars, dont plus de 60 % d’émetteurs étrangers. L’Europe, en revanche, est restée en retrait avec 102 IPO pour 17 milliards de dollars.

L’étude relève également l’émergence de nouveaux pôles de croissance, notamment l’Inde et le Moyen-Orient, tandis que l’Europe connaît un recul relatif de son activité boursière. Les secteurs technologiques et l’intelligence artificielle occupent une place centrale dans cette dynamique. L’aérospatial et la défense bénéficient également d’une dynamique soutenue, tandis que les sciences de la vie et l’industrie continuent d’attirer les investisseurs institutionnels.

La technologie reste le premier secteur en 2025, avec 34,9 milliards de dollars levés à travers 206 opérations. La plus importante IPO de l’année a été réalisée par Contemporary Amperex Technology Co Ltd, en Chine, pour 5,3 milliards de dollars. En Europe, Verisure a réalisé la plus importante opération avec 4,2 milliards de dollars. Pour 2026, l’étude anticipe des perspectives mondiales favorables, tirées par de méga-projets technologiques comme celui de SpaceX.

En Tunisie, la faiblesse du nombre d’IPO s’accompagne d’une concentration des opérations sur certaines procédures. L’offre à prix ferme représente près de 93 % des introductions réalisées. L’offre à prix ouvert peine à s’imposer, notamment en raison de la faible présence des investisseurs institutionnels sur lesquels repose cette technique de book building. L’inscription directe reste exceptionnelle, BNA Assurances ayant rejoint la cote en 2025 sans émission ni cession de titres.

Le marché alternatif constitue un autre point de faiblesse. Réorganisé en 2019, avec transfert des sociétés qui le composaient vers le marché principal, il est désormais réservé aux investisseurs avertis. Depuis cette réorganisation, aucune introduction n’y a été enregistrée. L’étude estime qu’une réflexion pourrait être engagée sur les conditions nécessaires à sa relance et sur son rôle dans le financement des PME.

La composition sectorielle de la cote demeure également incomplète. Plusieurs secteurs sont représentés, notamment la santé, l’agroalimentaire et les services financiers, mais la distribution arrive en tête avec huit sociétés. En revanche, certains secteurs économiques importants restent absents, notamment les télécommunications, l’énergie et les mines.

Les introductions réalisées en Tunisie sont principalement destinées au financement des entreprises. Les opérations de Cash In représentent 49 % des IPO, tandis que 20 % des sociétés ont choisi une opération mixte combinant émission d’actions nouvelles et cession d’actions existantes. Cette structure traduit le rôle de la Bourse comme outil de financement des entreprises.

Les montants levés restent cependant fortement concentrés. Les dix plus importantes IPO représentent à elles seules 927 millions de dinars, soit 64 % des 1,451 milliard de dinars levés entre 2008 et 2025.

L’ouverture du capital constitue également un élément caractéristique des opérations réalisées. Plus de la moitié des IPO ont porté sur une ouverture comprise entre 30 % et 40 %. L’étude relie cette concentration à l’impact des incitations fiscales historiquement associées au seuil minimum de flottant. Les sociétés ouvrant leur capital à hauteur d’au moins 30 % bénéficiaient alors d’une réduction du taux d’impôt sur les sociétés pouvant atteindre 40 % pendant les cinq années suivant leur introduction.

Le document souligne par ailleurs que la suppression, en 2025, de l’avantage fiscal accordé aux sociétés s’introduisant en bourse pourrait peser sur la dynamique des IPO au cours des prochaines années. Il évoque une adaptation du cadre réglementaire et un réexamen des dispositifs d’incitation à la cotation parmi les pistes susceptibles de favoriser le recours au financement par le marché.

L’étude identifie néanmoins plusieurs facteurs susceptibles de favoriser une relance en 2026. La liquidité en circulation dépassait 29,8 milliards de dinars au 4 août 2026, selon les indicateurs de la BCT. Les taux d’intérêt sont également en baisse. L’inflation s’est établie à 5,1 % en juillet 2026, contre 5,3 % en juin.

Le marché boursier affiche par ailleurs une forte progression. Le Tunindex était en hausse de 44,92 % au 17 août 2026. Sur une année glissante, les capitaux traités sur les titres de capital avaient plus que doublé, atteignant 2,532 milliards de dinars au 17 août, contre 1,233 milliard un an auparavant, soit une progression de 105 %.

Pour l’étude, ces différents indicateurs convergent vers un environnement plus favorable au recours au financement par le marché. La relance des introductions en bourse ne dépend toutefois pas uniquement du nombre de nouvelles opérations. Elle suppose également de renforcer durablement la liquidité et la profondeur du marché, d’élargir la cote à de nouveaux secteurs, d’accroître la présence des investisseurs institutionnels et de rendre le marché alternatif plus dynamique.

La période 2008-2025 se solde ainsi par 41 introductions, 16 sorties et un enrichissement net de 25 sociétés, pour 1,451 milliard de dinars levés. Dans un contexte boursier plus favorable en 2026, l’étude considère la relance des IPO comme une opportunité de renforcer le rôle de la Bourse de Tunis dans le financement de l’économie. Sa concrétisation reste toutefois liée à des réformes destinées à améliorer durablement l’attractivité, la liquidité et la profondeur du marché financier.

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Auteur

La Presse

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