Chroniques de la Byrsa
L’arrache-cœur de l’arrachage des arbres
La semaine dernière, nous avons évoqué les « sceptiques » et les « cyniques » qui se partagent la scène littéralement enflammée du débat climatique à l’échelle mondiale du côté « négationniste », les uns et les autres aboutissant au même constat selon lequel il n’y a rien de nouveau sur la planète Terre sous cet angle-là.
Après avoir salué au passage les tenants d’une solution impudemment « échangiste » qui troqueraient une planète hors d’usage pour une autre toute vierge et dont l’existence reste encore à prouver, nous nous sommes interrogés sur la place dans ce débat universel de la Byrsa, dont nous avons affirmé au lancement de cette rubrique, il y a déjà quelque temps, la position « nombrilienne » dans l’espace national et peut-être même dans l’espace tout court, avant de promettre de revenir à la question au prochain rendez-vous. Et nous y voici, à ce rendez-vous.
La Byrsa, rappelons-le, occupe une place éminemment stratégique dans cette aire de la banlieue nord de la capitale, étant limitrophe, sur son flanc nord, du palais présidentiel, ô combien symbolique de la souveraineté nationale, et, sur son flanc sud, de la commune tant populaire du Kram. Entre les deux, elle recèle l’essentiel du patrimoine archéologique carthaginois. C’est dire son importance dans la représentation que se font résidents et visiteurs du passé et du présent de cet espace.
Sur les tronçons de trottoirs achevés, nul emplacement n’a été réservé aux arbres, comme cela a été le cas pour les lampadaires et autres poteaux.
Dans le débat qui nous intéresse, la commune de Carthage, qui englobe le quartier de la Byrsa et donc le gère au quotidien, n’a aucune position. Pas plus que sur n’importe quelle autre question d’intérêt général. Le débat, elle n’aime pas. Elle décide puis exécute (lorsqu’il lui arrive d’agir) sans consulter les intéressés.
Ainsi, et à la surprise générale, a-t-elle lancé un chantier de grande envergure de réfection des trottoirs qui, en dépit de l’absence de concertation, a été bien accueilli par les administrés. Cette opération avait été précédée de l’arrachage des vénérables arbres (platanes, mûriers, ficus, caoutchouc et autres) qui avaient survécu à l’absence de soins quand ce n’était pas carrément la maltraitance.
Mais tout le monde a candidement pensé qu’ils seraient remplacés à la faveur de l’opération de réaménagement des trottoirs. Que nenni. Sur les tronçons achevés, nul emplacement ne leur a été réservé, comme cela a été le cas pour les lampadaires et autres poteaux.
Et quand les plus entêtés parmi les optimistes ont vu un jour les ouvriers revenir pour creuser des trous, ils ont pensé que la municipalité, prise de remords, est venue réparer un oubli en détruisant, à espaces réguliers, une partie des pavés fraîchement posés. Il n’en était rien.
L’explication en était l’intervention de l’association « Les Amis de Carthage » pour parer l’avenue de l’Indépendance d’arbres d’ornementation que la tutelle avait tout simplement omis de son plan de travail.
Le monde entier sait aujourd’hui le rôle vital de la végétation dans la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique. Au point que de plus en plus de villes se sont dotées de programmes de « re-végétalisation » des espaces conquis par le béton et l’asphalte pour redevenir viables.
A Carthage, on ne se contente pas de ne pas planter d’arbres, mais on poursuit leur arrachage.



