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Canicule : Quand les voisins se parlent enfin

  • 26 août 2026
  • 5 min de lecture
Canicule : Quand les voisins se parlent enfin

La météo n’est plus un simple bulletin distrait : elle est devenue la vedette de nos quotidiens, imposée par une chaleur infernale qui bouleverse les habitudes.

Entre files d’attente pour l’eau et l’essence, climatiseurs  pris d’assaut et voisins qui se retrouvent sur les terrasses, la canicule redessine nos vies.

Face à cette fournaise, c’est tout un peuple qui s’organise, oscillant entre débrouille, solidarité et impatience.

La Presse — La météoà la télé, c’est une des émissions que l’on regardait d’un œil distrait. Et voilà qu’elle est devenue, par la force des choses, l’émission vedette. Depuis un bon bout de temps, depuis le début de l’été, qui s’est caractérisé par une chaleur caniculaire frappant sans pitié bien des pays qui ne savent plus à quel  saint se vouer, le cadeau souvenir le plus demandé, auprès de  ceux qui viennent en visite en Tunisie, n’est ni plus ni moins qu’un… ventilateur.

Nous avons vu, en effet, des files interminables qui se forment chaque matin devant les grandes surfaces de bien des pays européens pour acquérir cet engin qui, pourtant, ne fait que donner l’impression d’une fraîcheur passagère et volatile.

Les messages se multiplient sur le Web pour recommander de boire et surtout de faire boire les personnes âgées qui ne ressentent plus, à un certain âge, le besoin de s’abreuver, de se réhydrater.

Des centaines de personnes ont été retrouvées mortes dans leur domicile et des brigades de jeunes volontaires, adresses en main, se dirigent à des heures bien déterminées pour faire boire  ces vieilles personnes qui n’arrivent même plus à bouger.

Nous n’en sommes pas là, surtout que, dans nos traditions, nous n’abandonnons pas nos vieux parents et nous en prenons soin.

N’empêche, les réunions les plus animées se tiennent sur les terrasses. A la coupure du courant, c’est le premier réflexe pour échapper à cette chaleur infernale qui n’épargne personne.  On ne peut même pas s’adosser à un mur. Les jeunes braillent, les voisins se retrouvent pour échanger quelques paroles. Sans cette canicule, on continuera à s’ignorer royalement.

Les exégètes nous disent qu’il y a sept portes de l’enfer. Certainement qu’elles se sont entrouvertes ces derniers temps,  sous l’effet de ce qui se passe comme crimes, destructions et irrespect de la vie humaine.

Dans les bus, qui relient le centre ville aux  banlieue, là où a été effacé de la conscience des transporteurs comme de celle des courageux voyageurs qui empruntent les transports en commun, le mot climatisation, la sueur ne coule plus, mais ruisselle sur tout le corps, rendant le déplacement encore plus pénible, insupportable, difficile. Mais on n’y peut rien. C’est le lot de ceux qui suent dans un bus et non au volant de leurs voitures en attendant que l’embouteillage provoqué par un jeune conducteur qui tenait   à donner un cours de conduite à une dame qui s’était fourvoyée dans un sens interdit.

Une longue file s’est formée à l’entrée d’une station-service. En dépit   des paroles tranquillisantes des responsables, personne n’a confiance. On veut s’éviter la panne sèche et les « pleins » sont à l’honneur. Cela signifie qu’en un temps plus ou moins court, il n’y aura plus d’essence et advienne que pourra.

Mais pour ceux qui font la chasse à l’eau en bouteille, c’est la course d’un point à un autre de la ville, le portable collé à l’oreille. Les messages se transmettent et en un clin d’œil la foule grossit. Comme quoi on arrive à s’organiser et que le génie de la débrouille est toujours là.

« Curieux, se demande une dame, qu’il y a quelques marques d’eau qui ne sont plus sur le marché. Pourtant, ce sont des marques connues. »

Néanmoins, du côté de Raoued, les grandes surfaces qui y exercent semblent se tirer d’affaires. Les caddys sortent avec une demi-douzaine de packs sans opposition. Un gros camion était venu le matin pour meubler les étalages désespérément vides depuis une longue période.

Cerise sur le gâteau, il y avait aussi du sucre. A l’entrée d’une ruelle qui jouxte cette grande surface, un vieux  monsieur a déjà autour de lui une bonne dizaine de sachets. Cela représente une vingtaine de kilos, rien que pour lui. Des gamins lui en amenaient en faisant la navette !

Incorrigibles ces gens qui oublient qu’ils ne sont pas   seuls au monde. En prenant vingt kilos sinon plus à lui seul, il prive des dizaines de personnes de  ce produit essentiel la veille du Mouled.

Toute une éducation à faire

Cette chaleur, tous les spécialistes du domaine sont d’accord. La planète chauffe et les mers et les terres seront encore plus chaudes à l’avenir. Les prochaines générations se doivent de trouver le moyen de s’adapter. Ou de mourir des futures pandémies qui s’annoncent  faute d’avoir négligé les précautions les plus élémentaires pour la protéger.

Auteur

Kamel GHATTAS

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