Editorial

Le temps des sanctions est-il venu ?

  • 26 août 2026
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Le temps des sanctions est-il venu ?

Il arrive un moment où les condamnations diplomatiques, les déclarations de préoccupation et les appels à la retenue ne suffisent plus, ce moment où le langage de la protestation doit céder la place à celui de l’action. La lettre adressée au Président Macron et au Premier ministre britannique par plus d’une centaine d’anciens diplomates français et britanniques pose précisément cette question : le temps des sanctions contre l’Etat sioniste est-il venu ?

La particularité de cet appel tient d’abord à ceux qui le portent, il ne s’agit ni de militants ni d’organisations partisanes, mais d’anciens diplomates qui ont consacré une partie de leur vie aux relations internationales, à la négociation et au droit, leur constat est d’une sévérité inhabituelle. A Gaza, écrivent-ils, la population est enfermée sur une portion réduite d’un territoire dévasté, privée de logements, de médicaments et de nourriture. En Cisjordanie, les démolitions, la violence des colons et l’expansion des implantations menacent désormais toute possibilité d’un État palestinien viable.

Le projet E1, encouragé par les extrémistes du gouvernement sioniste, avec ses milliers de logements prévus entre El Qods-Est et Maale Adumim, est, à cet égard, plus qu’une nouvelle étape de la colonisation, il risque de couper la Cisjordanie en deux et de rendre toujours plus théorique (et aléatoire) la perspective d’un territoire palestinien continu. Voilà pourquoi la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne l’avaient présenté comme une «ligne rouge». Mais une ligne rouge qui n’est jamais suivie d’une conséquence concrète finit par ressembler à une simple ligne quelconque ( sans contenu).

C’est précisément là que se situe le cœur du débat. Que valent les principes du droit international si leur violation répétée ne produit aucune conséquence? A quoi servent les décisions des juridictions internationales si les Etats qui se réclament de l’ordre juridique mondial se contentent de les commenter ? Et comment demander aux autres de respecter les règles lorsque certaines puissances bénéficient, dans les faits, d’une forme d’exception ?

Les anciens diplomates proposent donc de passer de la condamnation aux sanctions : suspension de certains accords commerciaux, restrictions concernant les colonies, suspension des transferts d’armes et de la coopération militaire, accès sans entrave de l’aide humanitaire à Gaza, et mesures visant les acteurs économiques participant à la colonisation. Le débat mérite d’être posé sans slogans. Une sanction n’est pas nécessairement un acte d’hostilité envers un peuple ou un Etat; elle peut être un instrument de pression destiné à faire respecter une règle.

Il faut cependant se garder d’une illusion : les sanctions ne constituent pas une politique étrangère à elles seules, elles ne remplaceront ni la diplomatie, ni la négociation, ni la nécessité d’une solution politique. Elles doivent être ciblées, juridiquement solides et appliquées avec la même rigueur à tous les acteurs. Mais l’argument selon lequel toute pression exercée sur l’Etat sioniste compromettrait la paix mérite lui aussi d’être interrogé. Car quelle paix peut naître de l’effacement progressif de l’autre ?

La France et le Royaume-Uni disposent d’une capacité particulière pour agir. Ils ont reconnu l’Etat de Palestine et disposent, par leur histoire, leur poids diplomatique et leurs alliances européennes, d’une influence que d’autres pays n’ont pas. Reconnaître un Etat est un acte politique ; lui permettre d’exister réellement, en est un autre.

La question posée par ces anciens diplomates dépasse finalement le seul conflit dans la région. Elle touche à la crédibilité même de l’ordre international. Si le droit est universel, il ne peut être à géométrie variable, si les droits humains sont indivisibles, ils ne peuvent dépendre de l’identité de celui qui les revendique ou de celui qui les bafoue.

«Là où il n’y a pas de droit, aucun d’entre nous n’est en sécurité», concluent-ils. C’est, à notre avis, la phrase essentielle de l’appel.

Auteur

Hamma Hannachi

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