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Hommage à l’artiste palestinien Sliman Mansour : L’œil du « Soumoud » s’en est allé

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  • 31 août 2026
  • 4 min de lecture
Hommage à l’artiste palestinien Sliman Mansour : L’œil du « Soumoud » s’en est allé

Le peintre, sculpteur et auteur palestinien Sliman Mansour s’est éteint le 24 août dans un hôpital au cœur d’El Qods-Est, à l’âge de 79 ans. Pionnier des arts visuels palestiniens contemporains, il ne laisse pas derrière lui simplement une collection de toiles, mais une véritable esthétique de la résistance qui aura su transformer la cause d’un peuple en une épopée de formes, de couleurs et d’émotions brutes.

La Presse — Né dans la ville de Bir Zeit, au nord de Ramallah, en 1947, l’artiste a étudié les arts et le design dans une académie à El Qods, dont il est sorti diplômé en 1970. Il est membre fondateur de l’Association des artistes plasticiens palestiniens.

Sa carrière artistique s’est étendue sur plus de cinq décennies. Ses œuvres, exposées dans le monde entier, représentent le combat de son pays contre l’occupation sioniste, et se distinguent par leur lien puissant avec le patrimoine palestinien.

En 1987, il participe à « New Visions », un collectif qui boycotte les fournitures israéliennes pour les remplacer par des produits locaux naturels palestiniens.

L’artiste Samia Halaby l’assimile au Mouvement de libération artistique.

On ne peut évoquer Sliman Mansour sans convoquer immédiatement son chef-d’œuvre de 1973, « Le Chameau des fardeaux » (Jamal al-Mahamel).

Cette toile, devenue l’une des images les plus puissantes de l’art arabe, montre un vieil homme usé, vêtu de son costume traditionnel, portant sur son dos la ville sainte d’El Qods.Loin d’être une simple allégorie, cette œuvre est l’incarnation charnelle du Palestinien portant sa terre, sa mémoire et son histoire partout avec lui. Ce tableau, reproduit dans d’innombrables foyers, ruelles et espaces publics de Gaza à la Cisjordanie, est devenu l’un des symboles les plus puissants de la résistance et de l’attachement à la terre. Un homme porte une ville, la ville porte l’histoire d’un peuple, et le geste artistique devient un acte de foi inébranlable.

Une matière vivante entre terre, broderies et oliviers

Dans l’œuvre de Mansour, la matière plastique se fait vivante, tissée de terre, de broderies et d’oliviers, où chaque motif dépasse la simple fonction décorative pour s’imposer comme un document historique et un rempart contre l’érosion identitaire. La figure féminine y occupe une place centrale, incarnant le lien le plus viscéral à la patrie. Qu’elles soient paysannes physiquement chevillées au sol, mères porteuses de patience ou figures de résistance inébranlables, les femmes qu’il peignait personnifient la terre palestinienne elle-même. Cette géographie affective se nourrit d’un vocabulaire patrimonial d’une précision minutieuse, où la finesse des motifs du tatreez (la broderie traditionnelle) et l’omniprésence des oliviers et des orangers agissent comme de véritables ancrages mémoriels face aux tentatives d’effacement. À travers cette alliance du corps et du paysage, c’est toute la philosophie du Soumoud qui trouve sous le pinceau du maître sa traduction visuelle et plastique la plus aboutie.

Sliman Mansour voyait dans la création le pilier indispensable de la conscience nationale. Il aimait à rappeler qu’il était né un an avant la Nakba de 1948, confiant souvent son espoir poétique de mourir un an après la libération de sa terre. Le destin en aura décidé autrement, mais son œuvre, elle, demeure intacte. Entre rêves confisqués, gravité du présent et lueur d’espoir, le peintre d’El Qods nous laisse une grammaire picturale impérissable, gravée pour toujours dans la conscience collective. Repose en puissance l’artiste!

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Auteur

Meysem MARROUKI

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