Culture

À La Boîte, « SVNIR D STARS » jusqu’au 30 octobre : Désert, cinéma, vestiges et industrie du souvenir

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  • 2 septembre 2026
  • 5 min de lecture
À La Boîte, « SVNIR D STARS »  jusqu’au 30 octobre : Désert, cinéma, vestiges et industrie du souvenir

Et si, pour échapper à la chaleur de l’été, il suffisait de partir… dans le désert sans quitter Tunis ? Depuis le 24 juin, La Boîte – Centre d’Art & d’Architecture accueille « Svnir d stars », une exposition conçue par les artistes Fredj Moussa et Corentin Laplanche Tsutsui. Elle se poursuit jusqu’au 30 octobre 2026, offrant ainsi une occasion de découvrir ou redécouvrir cet univers aussi ludique que troublant.

La Presse — Dès l’entrée, le ton est donné. Ici, le désert n’est pas seulement un paysage : il devient un décor, une destination touristique, un décor de cinéma et même un produit à consommer. Les artistes jouent avec ces différentes représentations pour construire une exposition qui emprunte volontairement aux codes du parc d’attractions, du studio de cinéma et de la boutique de souvenirs.

Le voyage commence avec une promesse aussi absurde que séduisante : « Nous avons ramené le Sahara pour vous!». Le désert est désormais accessible depuis la ville, climatisé et scénographié. On peut même, le temps d’une visite, prendre les commandes d’un podracer, croiser des chameaux sur la route ou apercevoir une mystérieuse créature extraterrestre.

Mais derrière cette apparente légèreté, « Svnir d stars » raconte quelque chose de beaucoup plus complexe.

Quand le désert devient décor

Le point de départ du projet se trouve notamment à Nefta, dans le Sud tunisien. En 2023, alors qu’ils tournent dans la région, Fredj Moussa et Corentin Laplanche Tsutsui visitent les vestiges du plateau de tournage de Mos Espa, construit dans le désert pour l’univers de Star Wars. Ce paysage de cinéma, abandonné après avoir accueilli les équipes de tournage, devient pour eux un objet d’observation et de réflexion. Que reste-t-il d’un décor lorsque les acteurs sont partis, que les caméras se sont tues et que le récit a quitté les lieux? Que deviennent ces architectures provisoires qui ont pourtant participé à fabriquer un imaginaire mondial ? Et que raconte leur présence dans un paysage réel ? C’est à partir de cette expérience que naît Wandering Studio, leur premier projet collaboratif. Les deux artistes commencent alors à explorer le cinéma non seulement comme lieu de fiction, mais aussi comme industrie capable de transformer les territoires, leurs représentations et leurs usages. Dans «Svnir d stars », les vestiges des décors deviennent ainsi matière artistique. Ce qui pourrait n’être qu’une décharge de décors démontés est soigneusement mis en scène. L’exposition nous fait regarder autrement ces objets qui ont servi à fabriquer l’illusion cinématographique.

Le souvenir comme produit

Le titre lui-même, « Svnir d stars », joue sur l’idée du souvenir et du produit dérivé. Car que reste-t-il d’une expérience cinématographique ? Une image, un décor, une histoire, mais aussi une affiche, un T-shirt, une carte postale ou un objet que l’on emporte avec soi. La scénographie pousse volontairement cette logique jusqu’à l’absurde. Les journaux, les mots croisés, les affiches et la boutique de souvenirs participent à la construction d’un univers où l’exposition semble parfois se transformer en destination touristique.

Le visiteur devient alors touriste, spectateur, consommateur et même acteur de cette fiction. Au centre de cette expérience se trouve également le film « Atlel Ennoujoum », présenté comme le point culminant du parcours. Une manière pour les artistes de prolonger leur réflexion par le cinéma lui-même, en brouillant encore un peu plus les frontières entre exposition, décor, fiction et réalité.

Deux artistes, un même territoire de fiction

Cette exposition est aussi le fruit d’une collaboration au long cours. Fredj Moussa, qui vit et travaille à Sousse, développe une pratique située à la croisée du cinéma, de la peinture et de la sculpture portable. À partir d’histoires orales, de fragments mythiques et de vestiges coloniaux, il construit des paysages où la fiction devient une manière de résister, de réinventer les récits et de déplacer les imaginaires.

Corentin Laplanche Tsutsui, qui vit et travaille à Marseille, développe quant à lui une pratique allant de l’analogique au numérique, du matériel au virtuel. Ses films et installations interrogent notamment les manières d’habiter les territoires contemporains, entre villes mondialisées, transformations urbaines et capitalisme tardif. Depuis 2018, leurs recherches et leurs pratiques se croisent dans un dialogue qui trouve avec « Wandering Studio » une forme particulièrement fertile. Avec « Svnir d stars », ils nous emmènent donc bien plus loin qu’une simple visite des coulisses d’un tournage. Ils nous invitent à regarder ce que le cinéma laisse derrière lui : des décors, des objets, des paysages transformés, mais surtout des imaginaires qui continuent à vivre longtemps après la fin du film. L’humour et l’ironie n’empêchent jamais la réflexion. Au contraire, ils permettent de l’aborder avec légèreté, en jouant avec notre propre fascination pour les mondes fabriqués par le cinéma et pour les souvenirs que nous en rapportons. À La Boîte, le désert est donc toujours là. Mais cette fois, il ne se contente pas d’être un paysage: il devient une fiction, une marchandise, un souvenir et une matière artistique. « Svnir d stars » de Fredj Moussa & Corentin Laplanche Tsutsui est à découvrir à La Boîte – Centre d’Art & d’Architecture jusqu’au 30 octobre 2026.

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Auteur

Asma DRISSI

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