La pension minimale de retraite sera portée à 280 dinars, à la suite de la revalorisation de l’allocation accordée aux catégories pauvres dans le cadre du programme Amen Social. L’expert en protection sociale Badr Samawi a apporté des précisions sur les modalités de cette augmentation, tout en appelant à une réforme plus globale du système de sécurité sociale.
Intervenant ce mercredi 03 septembre 2026 sur Express Fm, Badr Samawi a expliqué que la revalorisation des pensions minimales est liée à une décision prise par l’État en 2024, visant à garantir que les pensions les plus faibles servies par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) ne soient pas inférieures aux allocations accordées aux catégories pauvres.
Cette mesure fait suite à la revalorisation de l’allocation destinée aux familles pauvres, qui est passée de 240 à 260 dinars. Cette augmentation a, par conséquent, entraîné une revalorisation des pensions minimales.
Une hausse de 20 dinars avec un effet rétroactif
Selon l’expert, la hausse correspond à 20 dinars, avec la prise en compte de sept mois d’arriérés à partir de janvier 2026. Ce mécanisme explique l’augmentation plus importante constatée sur certains versements effectués au mois d’août.
Badr Samawi a toutefois tenu à préciser que la pension minimale ne passe pas à 420 dinars. À partir de septembre, elle devrait s’établir à 280 dinars, conformément au nouveau montant de l’allocation accordée dans le cadre du programme Amen Social.
L’expert a également indiqué que ces pensions ne sont pas soumises à des retenues.
Pourquoi certaines pensions restent-elles faibles ?
S’agissant du faible niveau de certaines pensions de retraite, Badr Samawi a expliqué que plusieurs facteurs peuvent l’expliquer, notamment le niveau du salaire perçu durant la carrière professionnelle ou encore la faiblesse des cotisations versées au titre du travailleur.
Il a ainsi appelé les salariés à veiller à ce que leurs salaires réels soient correctement déclarés, rappelant que le niveau du salaire déclaré constitue un élément déterminant dans le calcul de la pension future.
Concernant les travailleurs indépendants, l’expert a rappelé que le régime des travailleurs non salariés repose sur dix classes de cotisation. Il a estimé qu’une révision de ce système pourrait être envisagée, notamment à travers une éventuelle revalorisation de la valeur de ces classes, afin d’améliorer à terme le niveau des pensions.
Les caisses sociales face à des difficultés financières
Badr Samawi a également alerté sur la situation des caisses sociales, notamment la CNSS, qui connaissent, selon lui, des difficultés importantes. Cette situation intervient alors que les finances publiques sont elles-mêmes confrontées à des contraintes.
Dans ce contexte, l’expert estime nécessaire d’ouvrir un débat sur la coordination entre les différents régimes de sécurité sociale et le système d’Amen Social, ainsi que sur la contribution de l’État au financement de ces dispositifs à partir des ressources publiques.
Pour lui, la faiblesse des pensions minimales ne peut être considérée que comme une situation transitoire. Il appelle ainsi à œuvrer à leur amélioration, estimant que les pensions minimales devraient atteindre au moins le niveau du SMIG.
Vers une révision du cumul entre pension et salaire ?
Parmi les pistes évoquées, Badr Samawi propose également de revoir les dispositions relatives à l’interdiction du cumul entre pension de retraite et salaire.
Il s’interroge notamment sur la possibilité d’introduire une exception en faveur des retraités percevant de faibles pensions, afin de leur permettre de continuer à exercer une activité professionnelle tout en déclarant leurs revenus.
Une telle mesure pourrait, selon lui, permettre à ces personnes de bénéficier d’une pension portée au moins au niveau du SMIG pendant une période de deux à trois ans, leur donnant ainsi la possibilité d’améliorer progressivement leurs revenus et leur situation sociale.
Les travailleurs non salariés peuvent-ils continuer à travailler après 65 ans ? L’expert a par ailleurs expliqué que le calcul de la pension des travailleurs non salariés repose sur l’ensemble des années durant lesquelles ils ont cotisé.
Il a également souligné qu’un travailleur non salarié n’est pas nécessairement contraint de cesser son activité à l’âge de 65 ans, estimant que cette question mérite, elle aussi, une révision du cadre réglementaire.
Une réforme globale jugée nécessaire
Au-delà de la revalorisation immédiate des pensions minimales, Badr Samawi plaide donc pour une révision globale du système de sécurité sociale, avec une meilleure coordination entre les différents régimes et une harmonisation des législations qui les encadrent.
L’objectif, selon lui, est de renforcer la protection des assurés sociaux et de garantir, à terme, des pensions davantage en adéquation avec les besoins des retraités.
Il est à rappeler qu’un arrêté conjoint du ministre des Affaires sociales et de la ministre des Finances, publié au Journal officiel de la République tunisienne n°80 du 7 août 2026, a porté de 260 à 280 dinars l’allocation financière accordée aux catégories pauvres dans le cadre du programme Amen Social. La mesure, qui abroge les dispositions de l’arrêté conjoint du 10 juillet 2024, est applicable avec effet à compter du 1er janvier 2026.
M.B



