La pression exercée sur le système électrique tunisien ne semble pas devoir retomber à court terme. Avec une demande qui a atteint environ 6.500 mégawatts en 2026, la poursuite d’une consommation supérieure aux capacités de production pourrait maintenir le recours aux délestages, a averti Elyes Ben Ammar, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, mercredi 2 septembre 2026.
Intervenant ce mercredi 02 septembre 2026 sur Express Fm, Ben Ammar a appelé la direction de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) ainsi que l’autorité de tutelle à communiquer davantage sur la situation du système électrique et à fournir au public les données nécessaires.
Il a précisé que la Fédération dispose de certaines données techniques qu’elle ne peut pas rendre publiques, celles-ci ayant été obtenues avec l’autorisation de la direction générale de la STEG.
Une demande électrique à des niveaux sans précédent
Selon le responsable syndical, la Tunisie fait face à des niveaux de demande en électricité jamais atteints auparavant. Les pointes de charge sont notamment restées élevées durant le week-end, accentuant la pression sur le système de production.
La situation pourrait devenir encore plus tendue en cas de nouvelle hausse des températures. Ben Ammar a ainsi averti qu’une troisième vague de chaleur pourrait entraîner une nouvelle progression de la consommation électrique.
Dans ce contexte, il estime que le recours aux coupures tournantes risque de se poursuivre tant que la demande continuera de dépasser les capacités disponibles.
Pour lui, l’ampleur actuelle de la crise aurait toutefois pu être limitée si les mesures nécessaires avaient été prises suffisamment tôt et si les capacités de production avaient été renforcées en amont.
Une nouvelle centrale réclamée dès 2027
Face à cette situation, la Fédération générale de l’électricité et du gaz appelle à accroître les capacités de production et propose notamment la construction d’une nouvelle centrale électrique.
L’objectif serait, selon Ben Ammar, de commencer dès 2027 à ramener la situation à des niveaux comparables à ceux de 2025, tout en anticipant davantage l’évolution de la demande.
Il préconise, dans cette perspective, une approche de planification à long terme fondée notamment sur la construction d’une nouvelle centrale tous les deux ans, parallèlement à la poursuite de la transition énergétique.
La responsabilité ne relève pas de la STEG seule
Elyes Ben Ammar a par ailleurs estimé que la STEG ne pouvait pas être considérée comme seule responsable de la situation actuelle. La responsabilité incombe, selon lui, principalement à l’autorité de tutelle, à laquelle revient la définition des politiques et des stratégies énergétiques du pays.
Il a également appelé à associer plusieurs ministères, notamment celui de la Santé, à la préparation de plans permettant de limiter les conséquences des coupures d’électricité sur les différents secteurs.
Le responsable syndical a rappelé que la Fédération avait alerté dès avril 2026 sur la hausse attendue de la demande. Il a, dans ce cadre, mis en garde contre une dépendance excessive à l’égard de l’Algérie pour couvrir les besoins énergétiques de la Tunisie, alors que les risques liés aux interruptions de l’approvisionnement électrique persistent.
Un plan énergétique sur trois ans
Selon Ben Ammar, la STEG a déjà soumis plusieurs propositions à l’autorité de tutelle, mais celles-ci n’auraient pas toutes été prises en considération.
Il appelle ainsi à réunir les différentes parties prenantes afin d’élaborer un plan clair sur trois ans, tout en procédant à une révision du modèle énergétique tunisien pour tenir compte de l’évolution de la demande et des besoins futurs du pays.
Critiquant la gestion actuelle du dossier de la transition énergétique, il a estimé que la Direction générale de l’énergie au sein du ministère devrait être mobilisée comme une véritable « ruche », au regard des défis auxquels le pays est confronté.
Il a enfin indiqué que la Fédération avait adressé plusieurs correspondances aux autorités concernées. Ces démarches, a-t-il précisé, ne portent pas sur des revendications sociales, mais sur des questions stratégiques liées à la transition énergétique et à la sécurité de l’approvisionnement en électricité. Selon son expression, ces alertes restent toutefois « sans réponse ».
R.I



