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Tunisie – Allemagne : 70 ans de relations et de nouveaux engagements financiers

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  • 2 septembre 2026
  • 7 min de lecture
Tunisie – Allemagne : 70 ans de relations et de nouveaux engagements financiers

Forte de soixante-dix ans d’une alliance diplomatique inébranlable et d’une dynamique économique florissante avec l’Allemagne, la Tunisie réaffirme son rôle de partenaire souverain et incontournable. En accueillant le chef de la diplomatie allemande pour une visite couronnée par 140 millions d’euros d’investissements, Tunis trace la voie d’un avenir prometteur.

Il s’agit d’un partenariat d’égal à égal, fondé sur la révision stratégique de son accord avec l’Union européenne pour plus d’équité, une transparence financière rigoureuse et une ambition partagée vers l’innovation et le développement durable.

La Presse — Reçu au Palais de Carthage puis par la diplomatie tunisienne, le chef de la diplomatie allemande a bouclé, le 31 août, une visite officielle marquée par la signature de près de 100 millions d’euros d’accords et de financements. Mais au-delà des chiffres, Tunis a clairement fixé le ton, celui d’un partenariat à rééquilibrer, tant avec l’Allemagne qu’avec l’Union européenne.

A cette occasion, le Président Kaïs Saïed a notamment évoqué la nécessité de réviser plusieurs accords, dont l’accord de partenariat conclu entre notre pays et l’Union européenne, afin de le rendre plus équilibré et équitable.

Kaïs Saïed prône un partenariat renouvelé et l’exigence de transparence financière 

C’est au Palais de Carthage que Johann Wadephul, ministre fédéral des Affaires étrangères, a entamé sa visite officielle en Tunisie, reçu par le Président Kaïs Saïed. Devant son hôte, le Chef de l’État a insisté sur la profondeur d’une relation bilatérale dont les racines remontent au XIXe siècle et que soixante-dix années de liens diplomatiques, tissés depuis l’indépendance, sont venues consolider à travers une coopération économique, culturelle et de développement.

Le ton adopté par le président tunisien n’a toutefois rien de purement protocolaire. Kaïs Saïed a plaidé pour la révision de plusieurs accords, à commencer par celui liant la Tunisie à l’Union européenne, qu’il souhaite voir devenir plus équilibré et plus équitable. Il a par ailleurs affiché la volonté de la Tunisie d’approfondir la coopération avec Berlin dans l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, la formation professionnelle, l’énergie et l’innovation technologique.

Le Chef de l’Etat est également revenu sur la question de la conversion des prêts en investissements. Affirmant que ces fonds ont, en partie,  été détournés sans bénéficier aux Tunisiens, il a rappelé que le pays en subit encore les conséquences. 

À cet égard, il est désormais impératif d’ouvrir en profondeur ce dossier bancaire et financier et de mener des enquêtes rigoureuses pour répondre à une question fondamentale : où s’est réellement volatilisé tout cet argent ? Pour faire toute la lumière sur ces flux disparus, la mise en place de mécanismes de contrôle, d’audit et de suivi spécialisés s’impose comme une urgence nationale afin de faire rendre des comptes et faire cesser l’impunité.

Pour conclure, le Chef de l’État a élargi sa réflexion à l’échelle mondiale, estimant que l’humanité vit un tournant majeur qui exige de placer la liberté et la justice au cœur de la sécurité internationale.

Un agenda ministériel dense 

La visite s’est poursuivie par une séance de travail élargie entre Johann Wadephul et le ministre tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti. Ce déplacement, effectué à l’invitation de ce dernier, s’inscrit dans le prolongement de la visite que M. Nafti avait effectuée à Berlin en mars 2026, et coïncide avec la célébration du 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, en 1956.

Les deux ministres ont salué le niveau atteint par ce partenariat, l’Allemagne comptant parmi les premiers partenaires économiques de la Tunisie avec plus de 320 entreprises implantées dans des secteurs à forte valeur ajoutée. Ils ont évoqué des marges de progression pour les investissements allemands, notamment dans l’industrie, les nouvelles technologies et l’environnement, sur la base d’un partenariat fondé sur le respect mutuel, la non-ingérence et l’intérêt commun.

Les discussions ont porté sur des mesures concrètes destinées à donner un nouvel élan à des programmes conjoints de développement durable, en cohérence avec les priorités du Plan de développement tunisien 2026-2030, à savoir la transition énergétique et environnementale, la lutte contre le changement climatique, la gestion rationnelle des ressources hydriques, le développement économique durable et l’investissement dans les ressources humaines.

Le chef de la diplomatie tunisienne a, par ailleurs, salué le rôle de la communauté tunisienne établie en Allemagne depuis les années 1960, qu’il présente comme un pont entre les deux peuples et un apport reconnu à la compétitivité de l’économie allemande. Le ministre a également exprimé la volonté de la Tunisie d’attirer davantage de visiteurs allemands, un flux touristique déjà conséquent puisqu’il a avoisiné les 320.000 touristes en 2025.

L’Union européenne au cœur des échanges

Les deux ministres sont également revenus sur l’avenir du partenariat entre Tunis et Bruxelles face aux bouleversements régionaux. Côté tunisien, les discussions ont suivi une ligne claire et réaliste, s’alignant directement sur le discours du Président Saïed. Une manière de réaffirmer tout au long de la journée l’exigence tunisienne d’un accord plus équitable et fondé sur un strict rapport d’égalité.

Sur le plan régional, les deux ministres ont échangé sur la situation au Moyen-Orient, appelant à privilégier le dialogue et la diplomatie dans le respect du droit international et humanitaire. M. Nafti a réaffirmé à cette occasion la position constante de la Tunisie se rapportant à la cause palestinienne, qu’il considère comme centrale, liant la stabilité régionale à la pleine jouissance par le peuple palestinien de ses droits, au premier rang desquels la création d’un État indépendant et souverain avec Al-Qods Acharif pour capitale.

Accords financiers et vision souveraine

La séance de travail s’est conclue par la signature de plusieurs accords et contrats de financement, pour un montant total avoisinant les 100 millions d’euros. Cette enveloppe doit soutenir les petites et moyennes entreprises, accélérer la transition énergétique, environnementale et numérique, et appuyer le développement régional ainsi que l’emploi. D’autres projets, représentant environ 40 millions d’euros supplémentaires, restent à l’étude. 

Cette visite intervient à un moment charnière et confirme le statut de la Tunisie comme partenaire incontournable et historique. En accueillant le chef de la diplomatie allemande, Tunis montre que la solidité de ses alliances repose sur un engagement de longue date. Si l’approfondissement de la coopération économique avec Berlin est pleinement salué, le pays affirme sa souveraineté en exigeant des relations rééquilibrées avec l’Europe et une clarté totale sur l’usage des financements. L’enjeu réside à présent dans la concrétisation rapide des 140 millions d’euros engagés sur le terrain. 

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Auteur

Samir DRIDI

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