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Textile euro-méditerranéen : La Tunisie mise sur une nouvelle synergie

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  • 6 septembre 2026
  • 14 min de lecture
Textile euro-méditerranéen : La Tunisie mise sur une nouvelle synergie

Une centaine d’industriels du textile euro-méditerranéen se sont récemment réunis à Tunis pour réfléchir sur les moyens de renforcer les synergies entre les acteurs de la filière dans la région. Face aux enjeux de compétitivité, de durabilité et de résilience, les opportunités sont nombreuses et pourraient ouvrir la voie à une chaîne de valeur euro-méditerranéenne plus intégrée et plus performante.

La Presse —Tunis a accueilli, les 3 et 4 septembre, un événement d’envergure consacré au textile euro-méditerranéen. Organisée par la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (Ftth) et la Confédération européenne de l’habillement et du textile (Euratex),, cette rencontre a réuni plus de 150 industriels européens, mais aussi égyptiens, marocains, turcs et jordaniens, autour d’une même thématique : «Promouvoir une chaîne de valeur textile euro-méditerranéenne résiliente». L’objectif de cette rencontre est d’approfondir la coopération régionale dans cette filière, tout en tirant profit de la proximité géographique entre les pays des deux rives de la Méditerranée, dans un contexte mondial particulièrement tendu, où le nearshoring devient de plus en plus pertinent. Présent à l’ouverture de la conférence, qui a également vu la participation de plusieurs ambassadeurs de pays européens, notamment des Pays-Bas, d’Allemagne, d’Italie et de Suisse, le ministre par intérim de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines, Slah Zouari, a souligné l’importance de cette rencontre, intervenue dans un contexte mondial marqué par de profondes mutations. Entre recomposition des chaînes de valeur, tensions géopolitiques, exigences croissantes en matière de durabilité, accentuation des défis climatiques, accélération de la transformation numérique, transition énergétique et montée en puissance de nouvelles exigences réglementaires sur le marché international, l’heure est aujourd’hui à l’anticipation, a-t-il fait savoir. « Ces mutations conduisent à considérer la proximité géographique entre la Tunisie et l’Europe non plus uniquement comme un avantage logistique, mais comme le fondement d’un partenariat industriel renouvelé, fondé sur la complémentarité, la confiance, l’innovation et la création de valeur », a-t-il précisé.

Développer un secteur clé de l’économie tunisienne

Affirmant que le secteur du textile et de l’habillement constitue l’un des piliers de l’économie nationale, Zouari a rappelé que celui-ci joue un rôle important dans la réalisation des équilibres économiques et sociaux, l’ajustement de la balance commerciale, le développement des exportations, l’attraction des investissements directs étrangers ainsi que dans la création d’emplois.

Un secteur qui a fait preuve, ajoute-t-il, d’une résilience remarquable face aux profondes mutations survenues aux échelles nationale et internationale au cours des deux dernières décennies. Revenant sur les performances de la filière enregistrées en 2025, le ministre a rappelé que ses recettes d’exportation ont dépassé les 9 milliards de dinars, avec un taux de couverture de 127 %, représentant ainsi 16 % des exportations totales, un taux qui place le secteur juste derrière les industries mécaniques et électriques. Ainsi, plus de 1.400 entreprises industrielles, représentant 30 % de l’ensemble des entreprises manufacturières, emploient quelque 140 mille personnes, soit 28 % de l’emploi industriel manufacturier. Zouari a poursuivi en soulignant que ces performances peuvent encore être renforcées grâce aux solides atouts compétitifs dont dispose le secteur et qui lui permettent de consolider son positionnement sur les marchés internationaux. «La Tunisie figure aujourd’hui parmi les fournisseurs les mieux positionnés sur le marché européen en termes de valeur ajoutée, grâce à son savoir-faire, à la qualité de sa production, à sa proximité géographique avec l’Europe ainsi qu’à la réactivité de ses entreprises. Elle est en mesure de répondre efficacement à la demande croissante des segments moyen et haut de gamme des marchés d’exportation», a-t-il affirmé.

Miser sur l’innovation et la montée en gamme

Évoquant le plan de développement 2026-2030, ses objectifs et ses ambitions économiques, portant notamment sur une meilleure compétitivité et une plus grande résilience, le ministre a déclaré que le nouveau plan accorde une place importante aux différents secteurs économiques, tout en misant sur l’innovation, la recherche et développement, l’investissement productif, la transformation numérique, la transition énergétique ainsi que l’économie verte et circulaire. Des orientations auxquelles le secteur du textile et de l’habillement est parfaitement aligné. « Notre vision ne consiste donc pas uniquement à produire davantage, mais à produire mieux, plus intelligemment et à créer davantage de valeur en Tunisie », a-t-il indiqué. Il a ajouté que la filière fait également partie des priorités de la stratégie industrielle et d’innovation à l’horizon 2035, lancée par le ministère de l’Industrie, à travers laquelle le département envisage d’introduire les transformations nécessaires au renforcement de la structure productive du pays et au développement de son positionnement en tant qu’espace attractif pour l’investissement et la coproduction de biens et de services. Zouari a poursuivi en rappelant les mécanismes d’appui et d’incitation dont bénéficie déjà le secteur, notamment le programme de mise à niveau, qui accompagne les entreprises dans l’amélioration de leur compétitivité ; le dispositif des investissements technologiques prioritaires (ITP), destiné à soutenir l’intégration de nouvelles technologies ; le programme de restauration et de restructuration financière, visant à accompagner les entreprises dans l’assainissement et la consolidation de leur situation financière ; ainsi que le programme de prise en charge par l’État de la différence entre le taux d’intérêt des crédits d’investissement et le taux moyen du marché monétaire, dans la limite de trois points. «Ces mécanismes constituent des leviers importants pour permettre à nos entreprises d’accélérer leurs transformations, d’améliorer leur productivité et de renforcer leur capacité à se positionner sur le marché international », a-t-il affirmé.

La transition énergétique, un pilier de compétitivité

Revenant sur l’épisode d’extrême chaleur qu’a connu la Tunisie au cours de cet été et sur son impact sur la demande d’électricité, le ministre a souligné que le changement climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité que le monde est en train de vivre.

«Dans ce contexte, la capacité à assurer en permanence l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité est devenue un enjeu majeur. Ainsi, ce que nous vivons en Tunisie s’inscrit dans une crise climatique mondiale. Nous devons donc agir collectivement en adoptant des modes de consommation plus responsables, en développant les énergies renouvelables et en protégeant nos ressources naturelles. Le gouvernement tunisien réaffirme son engagement absolu en faveur de la sécurité énergétique du pays et de la compétitivité de son tissu industriel », a-t-il déclaré.

Dans ce contexte, il a fait savoir qu’une série de mesures coordonnées à court, moyen et long termes est actuellement déployée afin de renforcer la résilience du système électrique tunisien, d’améliorer la gestion des pics de consommation, d’accélérer le développement des énergies renouvelables et de promouvoir davantage l’efficacité et la sobriété énergétiques. L’objectif est de garantir un approvisionnement électrique fiable et durable, y compris lors des épisodes de chaleur extrême. Par ailleurs, Zouari a indiqué que la complémentarité entre l’Europe, qui dispose de technologies, de capacités de recherche et de puissants réseaux de distribution, et la Tunisie, qui est dotée d’une base industrielle expérimentée, de compétences humaines qualifiées, d’un tissu d’entreprises dynamiques et d’une proximité géographique privilégiée avec l’Europe, constitue un véritable avantage productif que les deux parties devront transformer en projets concrets. «Nous souhaitons ainsi renforcer les investissements européens en Tunisie dans les textiles techniques et fonctionnels, les matériaux innovants, le recyclage, les technologies propres, la digitalisation, la traçabilité et les activités à forte valeur ajoutée. L’objectif est clair : faire de la Tunisie une plateforme euro-méditerranéenne de référence pour un textile durable, innovant et compétitif», a-t-il déclaré. Un objectif qui nécessite, selon ses dires, une adéquation entre la formation, les besoins des entreprises et l’évolution technologique, tout en plaçant la création d’emplois durables et qualifiés au cœur de la politique industrielle du pays. Le ministre a ajouté que le défi, aujourd’hui, est de transformer cette résilience dont a fait montre le secteur en capacité à conquérir de nouveaux marchés et à monter en gamme, et ce, en renforçant la présence de la filière tunisienne dans la conception, les textiles techniques et les segments à forte valeur ajoutée. «En consolidant nos liens et en mettant en commun nos atouts, nous pourrons construire une chaîne de valeur intégrée, innovante, durable et compétitive, capable surtout de mieux résister aux mutations et aux crises à venir. Le gouvernement tunisien est mobilisé pour accompagner cette transformation. Il continuera à soutenir les entreprises, à améliorer leur environnement et à renforcer les partenariats nécessaires au développement», a-t-il conclu.

La proximité, un nouvel atout stratégique

De son côté, le président de la Ftth, Haithem Bouagila, a déclaré que cette initiative intervient à un moment important, où l’industrie textile se trouve à un tournant. Après deux décennies durant lesquelles la logique d’approvisionnement mondial, guidée par la recherche des coûts les plus bas, a continué d’éloigner les chaînes de valeur de la région, ce modèle se trouve aujourd’hui sous tension, a-t-il souligné. «Les coûts de fret sont volatils, les délais de livraison en provenance de géographies lointaines sont peu fiables. Et les marques européennes font face à des obligations de durabilité de plus en plus rigoureuses, à des exigences d’écoconception, au passeport numérique du produit, à un devoir de vigilance sur l’ensemble de la chaîne de valeur», a-t-il expliqué. Il s’agit, d’après lui, d’un contexte qui fait de la proximité un atout stratégique plutôt qu’une simple commodité. Il a ajouté que la rive sud de la Méditerranée, dont la Tunisie et ses voisins de la région, offre ce que les géographies lointaines peinent de plus en plus à garantir : un savoir-faire industriel reconnu, des délais de livraison plus courts et plus prévisibles, une proximité culturelle et de fuseau horaire avec les maisons de design européennes, ainsi qu’un engagement réel et démontré en faveur d’une production durable et responsable. «Proximité géographique, savoir-faire industriel et durabilité ne sont plus trois arguments distincts. Ensemble, ils constituent un argument cohérent en faveur d’une chaîne de valeur textile pan-euro-méditerranéenne résiliente», a-t-il précisé. Rappelant le protocole d’accord signé l’année dernière entre la Ftth et Euratex, Bouagila a fait savoir que, depuis, les efforts se multiplient pour mettre en œuvre de nouvelles synergies, de nouvelles connexions et de nouveaux projets, dans le but d’aller de l’avant dans cette orientation avec davantage d’investissements, de valeur ajoutée et d’énergie pour la région. «Il s’agit finalement de bien plus que de flux commerciaux. Une chaîne de valeur euro-méditerranéenne résiliente, plus proche et mieux intégrée signifie des emplois de qualité sur les deux rives de la Méditerranée. Elle signifie un investissement industriel qui renforce nos économies plutôt que de les vider de leur substance. Et elle signifie un véritable partenariat mutuellement bénéfique entre l’Europe et son voisinage sud, fondé sur la proximité, la confiance et des standards partagés, et non sur le seul coût », a-t-il détaillé.

Évoquant l’expertise du textile tunisien, le président de la Ftth a souligné que la Tunisie tisse des textiles pour les marchés européens depuis plus d’un demi-siècle, ce qui a abouti à la construction d’une base industrielle qui alimente aujourd’hui des maisons de mode de luxe et haut de gamme les plus exigeantes au monde. «Nous avons l’intention de bâtir sur cet héritage, non pas pour défendre une position héritée du passé, mais pour gagner une place plus importante dans la chaîne de valeur de demain. Une production à plus forte valeur ajoutée et une intégration plus profonde avec nos partenaires européens et avec l’ensemble des partenaires de l’espace euro-méditerranéen », a-t-il poursuivi.

Des enjeux qui redéfinissent le secteur

Prenant la parole, le président d’Euratex, Mario Jorge Machado, a mis l’accent sur l’importance et la nécessité de coopérer et de travailler davantage ensemble. Pour l’intervenant, l’idée qui sous-tend cette conférence consiste à réfléchir aux moyens d’exploiter pleinement le potentiel des opportunités qui s’offrent à la région dans cette industrie. Soulignant que l’activité industrielle des entreprises repose essentiellement sur les commandes, Machado a fait savoir que les acteurs régionaux du textile sont appelés à améliorer leurs connexions afin de développer leurs investissements. Présentant des chiffres pour illustrer les liens entre les entreprises de cette même région euro-méditerranéenne, l’intervenant a fait savoir qu’en 2025, l’Union européenne a importé 19,8 milliards d’euros de textiles et de vêtements en provenance de sept pays partenaires clés de la Méditerranée et a exporté vers eux pour 8,1 milliards d’euros.

Des chiffres importants, mais qui restent, d’après lui, en deçà du potentiel, puisque l’Union européenne importe au total environ 160 milliards d’euros.

«Cela montre à quel point nous sommes déjà bien interconnectés. Avec nos partenaires et fournisseurs asiatiques, la situation est différente. Les échanges vont principalement dans une seule direction. Ils ne sont donc pas aussi équilibrés que ce que nous constatons ici », fait-il remarquer. Et d’ajouter : «Les tissus et les intrants européens arrivent chez nous, sont transformés, puis deviennent des produits finis. Mais nous développons également de nouveaux produits et de nouvelles collections exportées vers le Nord. Et nous travaillons ensemble dans le domaine de l’innovation. Il ne s’agit donc pas d’un simple approvisionnement. Il s’agit d’une base industrielle partagée. Et c’est l’un des arguments les plus solides en faveur d’un approfondissement de la coopération à travers notre région. ». Il a souligné que les avantages qui caractérisent ce partenariat, tels que la proximité, qui donne la possibilité d’être plus rapides, le savoir-faire industriel ou l’héritage de partenariat entre les acteurs, sont autant d’atouts difficiles à reproduire. Évoquant l’importance cruciale de l’énergie pour la compétitivité du secteur, Machado a précisé que des prix compétitifs de l’énergie et des conditions de financement adaptées sont indispensables au développement de l’activité. De même, la durabilité est devenue une source de différenciation. Les nouvelles exigences européennes en matière d’écoconception et de traçabilité, ainsi que le passeport numérique des produits permettront aux consommateurs d’accéder à davantage d’informations sur les produits. « Nous sommes convaincus que cela va profondément modifier le fonctionnement des chaînes de valeur du textile. En travaillant ensemble, entreprises européennes et entreprises méditerranéennes, nous pouvons proposer aux marques quelque chose qui prend une valeur croissante : des chaînes d’approvisionnement plus courtes et plus transparentes, avec moins de risques, une capacité de réaction plus rapide et des performances environnementales et sociales crédibles», a-t-il ajouté.     

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Auteur

Marwa Saidi

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