Editorial

Cisjordanie : l’exil comme méthode

  • 9 septembre 2026
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Cisjordanie : l’exil comme méthode

A chaque fois qu’ils sont annoncés, les chiffres relatifs à la Cisjordanie portent le poids de vies déplacées, de maisons abandonnées, de souvenirs arrachés à la terre. Les derniers en date font état de 33.000 Palestiniens déplacés de force de trois camps de réfugiés : Jénine, Tulkarem et Nour Chams. Un chiffre lourd de conséquences qui s’ajoute à l’interminable comptabilité du conflit entre l’occupant et les Palestiniens ; c’est une population entière poussée hors de chez elle et empêchée d’y revenir. 

Cette fois encore, ce n’est pas une ONG qui le dit, ni une organisation militante, c’est le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Dans un rapport rendu public, l’ONU estime que l’opération de l’armée sioniste « Mur de fer », menée au début de 2025, soulève de « graves préoccupations » quant à la perpétration d’un crime contre l’humanité de transfert forcé. Elle évoque même des inquiétudes concernant un possible nettoyage ethnique.

Les mots sont lourds, mais ils sont à la mesure des faits décrits : frappes aériennes, bulldozers blindés, détonations contrôlées, des camps entiers ont été rendus inhabitables. Leurs habitants ont été contraints de partir et, surtout, leurs portes leur sont restées fermées. Le rapport onusien souligne que le déplacement a été « à grande échelle, prolongé et systématique ». Et lorsque le déplacement cesse d’être provisoire pour devenir une situation durable, lorsque les maisons sont détruites et le retour interdit, il ne s’agit pas seulement d’une opération militaire : c’est une transformation méthodique du territoire et de sa population.

Comme à son habitude, l’État sioniste rejette ces accusations, sa représentation à Genève accuse le Haut-Commissariat de renoncer à « l’impartialité, l’indépendance et la neutralité » ; comme quoi le ridicule ne tue pas ; la réaction est devenue presque rituelle dès lors qu’une instance internationale documente les conséquences de la politique sioniste dans les territoires occupés. Mais une terrible question demeure  : que fait-on de ces 33.000 personnes ?

L’opération « Mur de fer » avait commencé le 21 janvier 2025, à peine quarante-huit heures après l’entrée en vigueur d’un fragile cessez-le-feu à Gaza. Le 23 février, Tsahal annonçait que les trois camps étaient vidés de leurs habitants et que ses soldats avaient reçu l’ordre d’empêcher leur retour. Le ministre de la Défense parlait alors de 40.000 personnes évacuées.

Ainsi se dessine quelque chose de plus vaste qu’une opération ponctuelle. Le Haut-Commissariat estime que la manière dont elle a été conduite laisse à penser qu’elle visait à expulser le plus grand nombre possible de Palestiniens afin de faire place à davantage de colonies occupantes, illégales au regard du droit international.

Le scénario est connu. On condamne, on s’inquiète, on demande des explications, puis le temps passe, sachant qu’une maison détruite ne repousse pas, un camp vidé ne se repeuple pas par la seule vertu d’une résolution, et une population déplacée finit par devenir, dans la géographie nouvelle que l’on impose, une population absente.

C’est ainsi que se fabrique le fait accompli, par destructions successives, par déplacements que l’on dit temporaires et qui deviennent définitifs, par des colonies qui s’installent, des terres qui changent de main. Et pendant ce temps, la communauté internationale continue de chercher le mot juste pour qualifier ce qui est déjà en train de devenir irréversible.

Retenons que le fait accompli a cette redoutable vertu : il ne demande pas la permission, il avance pendant que les diplomates délibèrent, pendant que les gouvernements protestent, pendant que les résolutions s’empilent. Et lorsque tout est terminé, il ne reste souvent au monde qu’à constater.

C’est précisément ainsi que les faits accomplis deviennent irréversibles : non pas parce qu’ils sont légitimes, mais parce que le monde finit par s’habituer à leur existence.

Auteur

Hamma Hannachi

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