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La Tunisie prend la présidence du Conseil de la Ligue arabe : La feuille de route tunisienne face aux urgences régionales

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  • 12 septembre 2026
  • 7 min de lecture
La Tunisie prend la présidence du Conseil de la Ligue arabe : La feuille de route tunisienne face aux urgences régionales

Alors que la région traverse une période d’incertitudes majeures, la Tunisie prend la présidence du Conseil de la Ligue arabe avec l’ambition de redynamiser la concertation interarabe. Sous l’impulsion du Président Kaïs Saïed, ce mandat entend privilégier un dialogue pragmatique, fondé sur le respect des souverainetés nationales et la défense centrale de la cause palestinienne face aux défis contemporains.

La Presse — Face à ces urgences, Kaïs Saïed martèle une conviction qui guide sa lecture du dossier arabe : la division des pays arabes condamne toute tentative d’action commune. Le Chef de l’État a toujours plaidé pour une réponse «unie et souveraine», seule capable de peser face aux grandes puissances. C’est sur ses instructions que le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a conduit la délégation tunisienne au Caire pour la 166e session du Conseil.

Cette conviction se traduit, dans la pratique, par un choix de méthode assumé. Quand la Tunisie annonce que sa présidence sera bâtie sur le dialogue et la concertation, ce n’est pas une formule de circonstance, mais un choix irréversible que le Chef de l’État a traduit dans ses échanges avec plusieurs ministres arabes des Affaires étrangères, comme lors de ses récents entretiens avec ses homologues algérien et égyptien.

C’est dans ce même esprit de dialogue que la question palestinienne s’impose naturellement en tête de l’agenda tunisien. Le chef de la diplomatie a ainsi réitéré, sous les instructions directes du Président, un soutien plein et entier au peuple palestinien dans le recouvrement de ses droits inaliénables, au premier rang desquels l’établissement d’un État indépendant et souverain avec Al-Qods Al-Charif pour capitale.

Au-delà de ce dossier prioritaire, la vision que porte le Président dans le champ arabe repose sur deux piliers. D’abord, le respect de la souveraineté de chaque État et le refus de s’immiscer dans ses affaires intérieures. Ensuite, la conviction que les peuples arabes savent dépasser leurs différends dès lors que la volonté politique existe. Rien à voir, donc, avec une exigence d’alignement total. Chaque pays garde ses spécificités, ses calculs, ses priorités car il s’agit plutôt de trouver un terrain d’entente minimal sur les dossiers qu’aucun État ne peut régler en solo.

De la déclaration d’Alger en novembre 2022 aux sommets de Djeddah en mai 2023, de Manama en mai 2024 et du Caire en septembre 2026, le Président Kaïs Saïed s’inscrit dans la continuité de ses interventions stratégiques. Il préconise une rupture avec les formats diplomatiques traditionnels au profit de «nouveaux concepts», plus à même de surmonter les fractures régionales et de bâtir un partenariat pragmatique. Cette dynamique repose sur une exigence absolue : le respect de la souveraineté nationale et le refus de toute ingérence étrangère. Pour le Chef de l’État, la cause palestinienne constitue la boussole incontournable de cette action commune, impliquant un appui inconditionnel au peuple palestinien pour le recouvrement de l’ensemble de ses droits légitimes.

Impossible d’ouvrir cette présidence donc sans que la Palestine n’en occupe le centre, alors que les agressions se poursuivent à Gaza et en Cisjordanie. La position tunisienne, sur ce point, n’a pas bougé d’un iota. Pour Kaïs Saïed, la Palestine n’est pas un dossier politique comme un autre, c’est une question de droit, de peuple, de terre. Un droit inaliénable et imprescriptible. Le Président a toujours refusé qu’on parle au nom des Palestiniens ou qu’on leur impose des solutions qu’ils n’ont pas choisies. C’est une ligne rouge que Tunis compte porter dans toutes les enceintes internationales.

Un agenda élargi : développement, sécurité et coopération intégrée

Le pari tunisien ne s’arrête pas là. Il englobe également le développement, la coopération économique et sociale, ainsi que la sécurité. Autant de sujets inscrits au cœur des priorités de cette session. Sur ce point, le Chef de l’État défend une idée centrale selon laquelle la sécurité et le développement demeurent indissociables, tout comme la stabilité politique ne saurait durer sans justice économique et sociale. De la sécurité alimentaire au climat, en passant par l’eau, le chômage, la migration irrégulière et le terrorisme, les nations arabes partagent les mêmes défis, quoique d’intensité variable. Dès lors, même le pays le plus prospère ne saurait y faire face de manière isolée.

Pour cette présidence, notre pays s’appuie sur une réputation construite sur les principes immuables de dialogue, de non-ingérence, de recherche de ponts plutôt que de rapports de force. Des principes que le Président de la République a érigés en ligne rouge, rappelant sans relâche le respect dû à la souveraineté des États. Dans une région traversée par autant de crises, ce n’est pas un détail. Aucun consensus durable ne se construit sur des injonctions.

C’est dans cet esprit que, lors de son allocution à la présidence des travaux, Mohamed Ali Nafti a passé en revue les grands dossiers régionaux. Il a notamment condamné les agressions contre les territoires syrien et libanais, soutenu la recherche d’une solution libyco-libyenne et réaffirmé la solidarité avec le Soudan et le Yémen, tout comme avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Bahreïn, Oman, la Jordanie et l’Irak face aux atteintes à leur souveraineté. Enfin, il a appelé à renforcer la coordination sécuritaire arabe et les mécanismes d’alerte précoce.

Nafti a réitéré la détermination de notre pays à continuer d’apporter une contribution active, en coopération avec le secrétaire général de la Ligue des États arabes et les États membres, au renforcement et au développement des mécanismes de l’action arabe, de manière à consolider la capacité de la Ligue à assumer son rôle, à répondre aux défis et à servir les intérêts et aspirations des peuples arabes.

De leur côté, les délégations arabes participant à cette session ont exprimé leur considération à la Tunisie et leur hommage au rôle qu’elle joue dans le soutien à l’action arabe commune, réitérant leur confiance en sa présidence du Conseil de la Ligue au niveau ministériel, et exprimant leur aspiration à ce que cette présidence contribue à donner un élan à la voie du dialogue, de la concertation, du rapprochement des points de vue et du renforcement de l’unité des rangs arabes.

En prenant les rênes de l’organisation panarabe, la Tunisie s’engage dans un vrai travail d’équilibriste. Face aux divisions régionales, les obstacles seront nombreux, mais en restant fidèle à sa ligne de conduite et au dialogue sincère, Tunis dispose d’un levier précieux pour redonner un sens très concret à la solidarité arabe au moment précis où la région en a le plus besoin.

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Auteur

Samir DRIDI

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