Le Canada vient de renforcer les possibilités d’accès à la résidence permanente pour les médecins formés à l’étranger, une mesure qui peut notamment intéresser les médecins tunisiens souhaitant poursuivre leur carrière dans le pays. Le dispositif prévoit notamment une nouvelle catégorie d’Entrée express destinée aux médecins disposant d’une expérience professionnelle au Canada, 5.000 places réservées dans le cadre du Programme des candidats des provinces ainsi qu’un traitement accéléré des demandes de permis de travail pour certains médecins désignés par une province ou un territoire.
La mesure n’est toutefois pas spécifique aux médecins tunisiens. Les autorités canadiennes parlent de “médecins étrangers” ou de médecins formés à l’étranger. Les professionnels tunisiens peuvent donc potentiellement être concernés, sous réserve de remplir les conditions propres à la voie d’immigration choisie et, pour exercer la médecine, de satisfaire aux exigences canadiennes de reconnaissance des qualifications et d’autorisation d’exercice.
Une nouvelle catégorie d’Entrée express pour les médecins
Parmi les nouvelles mesures figure une catégorie spécifique d’Entrée express pour les médecins ayant cumulé au moins un an d’expérience de travail à temps plein au Canada au cours des trois dernières années. Le gouvernement canadien précise que cette expérience doit avoir été acquise dans une profession médicale admissible.
Les professions visées comprennent notamment les médecins généralistes et médecins de famille, les spécialistes en chirurgie ainsi que les spécialistes en médecine clinique et de laboratoire.
Cette catégorie fonctionne dans le cadre du système Entrée express, qui permet au Canada de gérer plusieurs programmes d’immigration économique. Les médecins admissibles peuvent être invités à présenter une demande de résidence permanente lors de rondes de sélection correspondant à leur catégorie.
Cette précision est importante pour les médecins tunisiens : un médecin vivant actuellement en Tunisie et n’ayant jamais travaillé comme médecin au Canada ne peut pas simplement utiliser cette nouvelle catégorie sur la base de son diplôme tunisien. L’exigence d’expérience professionnelle au Canada s’applique à cette voie précise. Le gouvernement canadien indique toutefois que les médecins n’ayant pas encore d’expérience professionnelle au Canada peuvent explorer d’autres voies d’immigration.
5.000 places réservées aux médecins désignés par les provinces
Une autre mesure concerne le Programme des candidats des provinces (PCP). Le Canada prévoit jusqu’à 5.000 places d’admission fédérales réservées aux provinces et aux territoires afin qu’ils puissent désigner des médecins titulaires d’une offre d’emploi ou d’une lettre d’appui. Ces places s’ajoutent aux allocations annuelles habituelles du Programme des candidats des provinces, selon le gouvernement canadien.
Pour un médecin tunisien souhaitant immigrer au Canada, cette voie peut donc être particulièrement importante s’il obtient une offre d’emploi ou le soutien d’une province ou d’un territoire et répond aux conditions du programme concerné.
Le processus reste toutefois lié aux besoins et aux programmes propres à chaque province ou territoire. Le gouvernement canadien renvoie d’ailleurs les candidats vers les autorités provinciales et territoriales pour connaître les volets disponibles selon le lieu où ils souhaitent vivre et travailler.
Le dispositif prévoit également un traitement accéléré des demandes de permis de travail, avec un délai annoncé de 14 jours, pour les médecins désignés par une province ou un territoire. L’objectif est de leur permettre de commencer à travailler au Canada pendant que leur demande de résidence permanente est traitée.
Il faut toutefois éviter une confusion importante : les 14 jours concernent le traitement du permis de travail et non l’obtention de la résidence permanente. Le permis de travail accéléré constitue un mécanisme permettant au médecin de travailler pendant l’examen de sa demande de résidence permanente.
Les médecins tunisiens sont-ils concernés ?
Oui, en principe, les médecins tunisiens peuvent être concernés, puisque les mesures canadiennes sont destinées aux médecins étrangers et ne comportent pas de restriction à une nationalité particulière. La nationalité tunisienne ne constitue donc pas, en elle-même, un obstacle à l’accès à ces dispositifs.
Mais cette possibilité doit être distinguée de l’autorisation d’exercer la médecine. Le Canada précise que les médecins formés à l’étranger doivent d’abord faire évaluer leurs titres de compétences, puis obtenir un permis d’exercice auprès de l’organisme de réglementation de la province ou du territoire concerné.
Autrement dit, la résidence permanente et le droit d’exercer sont deux procédures distinctes. L’obtention d’un statut d’immigrant ou d’un permis de travail ne transforme pas automatiquement un diplôme médical tunisien en autorisation d’exercice au Canada.
Une place déjà importante des médecins formés à l’étranger
Cette politique intervient alors que les professionnels formés à l’étranger occupent déjà une place significative dans le système de santé canadien.
Selon les données reprises par le gouvernement canadien, 31 % des médecins de famille au Canada ont été formés à l’étranger en 2024. Par ailleurs, un travailleur de la santé sur quatre est un immigrant, selon les données du recensement de 2021. Le Canada indique également que plus de 11.000 travailleurs de la santé ont été admis en 2024 grâce aux programmes d’immigration économique.
Le gouvernement justifie ces nouvelles mesures par la nécessité de répondre aux pénuries de main-d’œuvre qualifiée et de renforcer la stabilité du système de santé. Dans son annonce de décembre 2025, IRCC soulignait notamment qu’une partie importante de la population canadienne ne disposait pas d’un professionnel de santé régulier, avec environ 5,7 millions d’adultes, soit 17 % des adultes canadiens, déclarant en 2024 ne pas avoir de prestataire de soins de santé régulier.
Pour les médecins tunisiens, la nouvelle politique canadienne constitue donc une ouverture supplémentaire sur le plan migratoire, mais elle ne doit pas être présentée comme une procédure permettant de s’installer et d’exercer automatiquement au Canada.
Le parcours dépendra notamment de l’expérience professionnelle du médecin, de son éventuelle offre d’emploi, de la province ou du territoire choisi, de son admissibilité à un programme d’immigration et de la reconnaissance de ses qualifications médicales.
Le gouvernement canadien distingue ainsi clairement l’immigration vers le Canada de l’autorisation d’exercer la médecine. Pour les médecins tunisiens qui envisagent une installation au Canada, cette distinction est essentielle avant toute démarche.



