Petite enfance : la télévision interdite dans les jardins d’enfants
Le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a appelé les familles et les cadres intervenant auprès des enfants à limiter l’exposition de ces derniers aux écrans, en particulier dès le plus jeune âge. Il préconise d’en organiser l’usage et de choisir des contenus adaptés, tout en donnant la priorité à l’interaction directe, au jeu et aux activités sensorielles et motrices.
À ce propos, Linda Saad, cheffe de service à la Direction générale de l’enfance au sein du ministère, a déclaré à Mosaïque FM que le ministère a lancé une nouvelle capsule de sensibilisation suite aux constats d’exposition précoce et d’utilisation inappropriée des écrans chez plusieurs enfants, notamment lors de leurs premières années.
Elle a insisté sur la nécessité pour les familles et les équipes éducatives de privilégier le contact direct, le jeu et le dialogue avec l’enfant. Tout en reconnaissant que l’usage des écrans fait désormais partie du quotidien, elle a souligné que l’enjeu réside dans la réduction du temps d’exposition et sa planification préalable par les parents.
La responsable a également insisté sur l’importance de sélectionner des contenus adaptés, à valeur éducative, et d’accompagner l’enfant pendant la visionnage. Ces recommandations concernent les enfants à partir de trois ans, l’exposition aux écrans devant être totalement évitée avant l’âge de deux ans.
Risques sur la concentration, le langage et le sommeil
La responsable du ministère a rappelé qu’une exposition précoce et excessive aux écrans est associée à diverses difficultés : troubles de la concentration, retard d’apprentissage du langage et de la communication, troubles du sommeil, problèmes psychologiques ou comportementaux, ainsi que la fatigue oculaire.
Elle a en outre recommandé d’interdire téléphones portables et tablettes pendant les repas et dans les chambres à coucher, des espaces qui doivent rester préservés des écrans.
Cet appel intervient dans un contexte de présence accrue des médias numériques chez les enfants et adolescents en Tunisie.
Selon des données diagnostiques élaborées par le ministère de la Famille avec le soutien de l’UNICEF (basées sur des études antérieures), les adolescents âgés de 15 à 17 ans utilisaient Internet en moyenne 3 à 5 jours par semaine, et 43,9 % d’entre eux fréquentaient les réseaux sociaux quotidiennement. L’étude révélait aussi que 19,4 % des garçons jouaient quotidiennement à des jeux électroniques, contre seulement 22.7 % d’enfants utilisant le Web à des fins éducatives. Ces chiffres, issus d’une enquête menée en 2017, ne reflètent toutefois pas les usages récents de 2026.
D’après les données statistiques disponibles les plus récentes, issues du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2024 (INS), l’usage d’Internet reste très répandu chez les jeunes : la tranche des 10–14 ans représente 16,4 % des utilisatrices et 17 % des utilisateurs d’Internet.
Concernant les établissements de la petite enfance, Linda Saad a réaffirmé la nécessité d’offrir un cadre éducatif sécurisé fondé sur les activités psychomotrices et l’interaction directe, conformément aux programmes officiels du ministère.
Elle a précisé que l’article 22 du cahier des charges relatif à l’ouverture des jardins d’enfants, publié le 28 février 2023, interdit explicitement l’installation de téléviseurs dans les locaux.
Ces orientations s’inscrivent dans une prise en compte officielle croissante des dangers de l’espace numérique pour les enfants. En mai 2024, le ministère des Affaires sociales a organisé un colloque scientifique intitulé « L’enfant et les écrans », réunissant pédiatres, psychologues et experts de la protection de l’enfance.
Par ailleurs, le ministère de la Famille a lancé en novembre 2025, en collaboration avec le ministère des Technologies de la Communication, la Charte nationale pour le renforcement des capacités de la famille. Élaborée avec les opérateurs télécoms, les fournisseurs d’accès et les médias publics, elle vise à promouvoir le contrôle parental et un usage responsable de la technologie.
Le ministère rappelle ainsi que la protection des enfants dans le monde numérique est une responsabilité partagée entre les familles, les institutions éducatives, les médias et les pouvoirs publics.
Enfin, une étude sur la violence en ligne envers les enfants préconise de renforcer la coordination intersectorielle, de développer la prévention et d’améliorer la réponse face aux risques numériques.



