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Récolte céréalière 2026 – Constat : Qu’il pleuve ou non, on aboutit au même résultat !

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  • 20 septembre 2026
  • 9 min de lecture
Récolte céréalière 2026 – Constat : Qu’il pleuve ou non, on aboutit au même résultat !

Encore une fois, la récolte céréalière 2026 était aussi moins bonne que souhaité, avec une production nationale très maigre et insuffisante d’à peine 11 millions de quintaux collectés. Soit une campagne agricole en deçà des attentes et loin de couvrir même le un tiers de nos besoins en blé, estimés à quelque 35 millions de quintaux. Il s’agit pourtant d’un produit vital pour notre sécurité alimentaire.

La Presse — Et voilà, pour la énième année, que l’on n’arrive pas à sauver la saison et rassurer nos exploitants dont le manque de semences et la non-disponibilité des engrais et pesticides à temps les font craquer et alourdissent leur fardeau. Cette crise d’approvisionnement en céréales à laquelle ils se sont, plus souvent, confrontés en dit long sur un secteur en panne de stratégie anticipative et d’un modèle de gestion qui colle à la réalité et prévoit des solutions appropriées. Inutile, alors, de rabâcher les mêmes causes dérisoires pour justifier des résultats médiocres.

Des estimations loin du compte !

Un tel bilan agricole peu reluisant ne peut, en aucun cas, passer inaperçu, d’autant plus que les estimations officielles données, au fur et à mesure, étaient loin du compte, avec une fausse évaluation quantitative selon laquelle la moisson aurait, a priori, frôlé les 20 millions de quintaux et même plus. La barre fut ainsi placée haut, induisant en erreur tous les agriculteurs, notamment ceux dont le vécu quotidien dépend étroitement de ce qu’ils récoltent en été.

Et ce n’est pas la première fois que ces pauvres exploitants sont restés dans l’expectative, à la merci du hasard, surpris par une campagne céréalière qui avait toujours démarré en demi-teinte, avec des hauts et des bas. Jamais la saison agricole n’a été planifiée et encore moins accompagnée de suivi et de soutien. Formation, vulgarisation agricole, visites des responsables sur le terrain, rien n’est fait pour être aux côtés des céréaliculteurs.

Ministère de tutelle, Office des céréales, Utap, Avfa sont tous inscrits aux abonnés absents, dont aucune partie n’avait joué le rôle qui lui incombe. «Grâce à ses unions locales et régionales, l’Utap, cette structure syndicalo- professionnelle, aurait dû défendre nos intérêts et nous aider à mieux gérer les difficultés liées à l’approvisionnement régulier en semences et leur bonne qualité, au choix des variétés, à la disposition à temps des intrants et pesticides, ainsi que la gestion des stocks réservés à chaque nouvelle campagne céréalière», dénonce un exploitant de blé dur, au nord-ouest. Faute de communication et de réactivité au bon moment, l’on pourrait perdre toute une saison. «Sur ce plan, il n’y a plus ni suivi ni accompagnement, sans la moindre satisfaction de nos demandes.

On essaie de se débrouiller, avec nos propres moyens», répliquent certains céréaliculteurs.

Telle une rengaine, ces mêmes revendications reviennent plus souvent, mais sans rencontrer de solutions radicales. Certes, le problème ne réside pas au niveau de l’agriculteur, mais à celui des gens qui manipulent le jeu. Vous diriez pourquoi en arrive-t-on là, alors que la saison 2025- 2026 était bien arrosée. Car pas uniquement cette manne céleste qui peut nous rassurer sur une bonne récolte, d’autres facteurs sont aussi valables : la préparation de la terre, les semences utilisées, les conduites culturales adoptées et le suivi d’un paquet technique judicieux et régulier. Ceci n’est nullement arbitraire ou délirant, mais une vérité inavouée unanimement confirmée par nos experts agricoles. Pire, les décideurs du secteur ne l’entendent pas de cette oreille. Ils continuent leur fuite en avant.

A qui profite cette confusion ?

Ce désengagement caractérisé incarne des faits malintentionnés et accuse des circuits commerciaux suspects, dictés par des cartels du blé qui font la loi et mettent encore la main sur le secteur céréalier. Lequel secteur butte, depuis longtemps, sur une crise de gestion et de gouvernance qui n’est qu’artificielle. En période de temps sec ou pluvieux, nos récoltes ne s’améliorent pas, couvrant à peine le un tiers de nos besoins en blé, à raison de 12 quintaux par hectare en moyenne. Et les chiffres sont têtus: la production nationale 2025 et 2026 oscille entre 11 et 12 millions de quintaux, alors que ces deux dernières années sont jugées suffisamment pluvieuses. Soit, qu’il pleuve ou qu’il ne pleuve pas, on aboutit au même résultat. Ceci étant, il est frustrant d’entendre nos responsables parler encore «de leurs exploits agricoles», qualifiant la campagne céréalière passée de «réussie». A qui profite cette confusion ?

Ce constat, notons-le, est partagé par céréaliculteurs et experts en la matière qui n’ont cessé de pointer du doigt la qualité variétale de certaines semences utilisées, devenues improductives et de moins en moins résilientes aux aléas du climat. Ce qui explique, entre autres, un si faible rendement à l’échelle nationale. Et pourtant, on continue, sans scrupule, de les commercialiser sur le marché, mettant les agriculteurs devant le fait accompli : c’est à prendre ou à laisser! Ils sont contraints de s’en approvisionner, au risque de lâcher prise et abandonner leurs terres. Et vogue la galère ! Aujourd’hui, on est, semble-t-il, dans cette situation désespérée: Beaucoup d’exploitants déclarent en avoir ras-le-bol de ces pratiques agricoles abusives et improvisées, face à des responsables qui naviguent à vue. «On assiste, chaque année, à ce même scénario de semences de mauvaise qualité, auxquelles s’ajoutent un manque d’engrais, de pesticides et DAP en rupture de stock…», révèle un groupe d’agriculteurs de Béja et de Jendouba.

Parlons-en ainsi, il ne s’agit pas d’un choix de prédilection pour des semences dont ils ont besoin. D’un point de vue qualitatif, l’offre ne correspond plus à la demande, étant donné que les variétés commercialisées ne sont plus fort appréciées. « En quelque sorte, ces variétés déjà anciennes et améliorées, issues d’une composante génétiquement croisée, ne répondent plus à nos besoins d’aujourd’hui, en termes de production, de productivité et encore moins au niveau de la qualité souhaitée. D’où il était question d’opter pour l’obtention de nouvelles variétés mieux adaptées au contexte cultural actuel», explique, sur une chaîne privée, Pr Walid Hamada, chercheur, à l’Inat, en biotechnologie végétale et protection des plantes et spécialisé dans le domaine des céréales. Fin connaisseur du secteur, l’homme sait de quoi il parle.

Pourquoi importe-t- on encore du blé ?!

D’ailleurs, faut-il le rappeler, Abderrazak Daâloul, ex- Secrétaire d’Etat au ministère de l’Agriculture, lui-même, avait, alors, confirmé, en 1986, que ces semences critiques ont perdu de leur fertilité, et qu’il fallait les remplacer par d’autres et plus performantes. Depuis, rien n’y fait. Sauf qu’en 2007, deux nouvelles variétés «Saragolla» et «Iride» ont été introduites de l’Italie pour être, officiellement, inscrites, en 2010, sur le registre variétal local, à l’initiative d’une délégation d’agriculteurs et d’experts, dans le cadre d’un projet pilote de multiplication de semences géré par Abdelmonôm Khelifi, lui aussi agriculteur et propriétaire d’une société d’intrants et matériels agricoles. Testées dans sept régions productrices de blé dur, ces deux variétés ont fait l’exception et continuent de susciter l’intérêt de la plupart des agriculteurs, avec un rendement allant jusqu’à plus de 70 quintaux par hectare, soit six fois plus ce que produisent les autres variétés utilisées.

Et jusqu’à nos jours, «Saragolla» et «Iride» qui sint si innovantes et résilientes à la sécheresse n’ont pas manqué de battre tous les records (plus de 80 q/h en 2025 et 2026). «J’en redemande fortement pour répondre à mes besoins et pouvoir réaliser une bonne saison», s’exprime, en ces termes, un agriculteur de Kairouan. Une question qui se pose plus souvent : Si ces deux variétés précitées sont déjà trop sollicitées, pourquoi, alors, n’en importe-t-on pas de grandes quantités, afin de répondre à la demande? Cela vaut mieux que d’importer, chaque année, l’équivalent de 3 mille milliards de blé de consommation pour couvrir, à peine, la moitié de nos besoins. Ce qui permettrait de renforcer nos réserves en devises et nous faire gagner autant de fonds censés renflouer les caisses de l’Etat.

Et maintenant que les dés sont jetés, l’on devrait arrêter d’annoncer des chiffres et de faire des pronostics figés. Aujourd’hui, la crise du secteur ne relève guère d’un seul facteur, mais d’une sous-estimation des indicateurs liés à la récolte, à la quantité réellement collectée et au coût de revient effectif attribué à l’agriculteur, reconnu être le dernier maillon de la chaîne.

Cela dit, le ver est dans le fruit ! Et tant que les mêmes causes produisent les mêmes effets, il est primordial, selon des avis, de cerner toutes ces difficultés et engager un plan de communication, autour duquel tous les intervenants devraient se concerter, afin de statuer sur un projet de réforme agricole qui soit global et inclusif. Avant d’aborder la nouvelle saison 2026-2027, il est fort utile d’évaluer son précédent bilan et écouter toutes les parties concernées dont l’agriculteur en particulier, car c’est lui qui connaît le mieux la réalité du terrain.

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Auteur

Kamel FERCHICHI

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