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TI-Link : le projet d’électricité verte entre la Tunisie et l’Italie change de configuration

  • 20 septembre 2026
  • 10 min de lecture
TI-Link : le projet d’électricité verte entre la Tunisie et l’Italie change de configuration

Le projet d’interconnexion électrique TI-Link entre dans une nouvelle phase après une modification de sa solution de raccordement au réseau italien. Le gestionnaire italien Terna a demandé une nouvelle configuration prévoyant notamment une station électrique dédiée à 380 kV dans la zone de Suvereto. Le promoteur Zhero a, en conséquence, sollicité auprès du ministère italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique (MASE) une prolongation d’environ 45 jours de la consultation publique. Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse le seul câble sous-marin : le projet prévoit la production d’au moins 5 GW d’énergies renouvelables dans le désert tunisien, dont une partie serait destinée au marché tunisien et le reste exporté vers l’Europe.

Le projet Tunisie–Italie Link (TI-Link) connaît une nouvelle évolution. Alors que la phase de consultation publique devait entrer dans sa dernière ligne droite en Italie, une modification de la solution de raccordement au réseau électrique national italien a conduit à rouvrir le dialogue avec les territoires concernés.

D’après plusieurs médias italiens spécialisés dans l’actualité économique et territoriale, dont T24 Economia et MaremmaOggi, Terna a transmis une nouvelle documentation technique le 13 septembre, après une première communication intervenue le 4 septembre selon QuiNews. La nouvelle solution ne prévoit plus simplement l’intégration de TI-Link dans la station électrique existante de Suvereto, mais la construction d’une nouvelle station à 380 kV exclusivement dédiée au projet.

Cette évolution a conduit Zhero, promoteur de TI-Link, à demander au MASE une prolongation d’environ 45 jours de la consultation publique. Une nouvelle phase de concertation doit notamment permettre aux communes de Campiglia Marittima et de Suvereto d’examiner la nouvelle infrastructure et ses incidences territoriales.

Une nouvelle station de raccordement en Italie

Dans la configuration initiale, TI-Linkdevait être raccordé à la station électrique existante de Suvereto au moyen de deux nouveaux stalli, c’est-à-dire des équipements de raccordement au sein de la station.

La nouvelle solution présentée à la suite des prescriptions de Terna prévoit, elle, une station électrique dédiée à 380 kV, destinée exclusivement au raccordement de TI-Link Selon QuiNews, cette infrastructure comporterait huit “passi sbarra”, dont quatre destinés au double raccordement “entra-esci” sur les lignes à 380 kV, deux au parallèle des jeux de barres et deux au raccordement de l’installation. L’emprise nécessaire est estimée à environ 4 à 5 hectares.

MaremmaOggi confirme que la nouvelle station resterait située dans la zone de Suvereto et serait reliée aux lignes existantes à 380 kV. Cette modification ne concerne donc pas uniquement un équipement électrique supplémentaire : elle implique également de réexaminer le tracé du raccordement entre la future station de conversion de Campiglia Marittima et le réseau de Terna.

La modification intervient alors que plusieurs mois de concertation avaient déjà été menés avec les communes de Campiglia Marittima, Castagneto Carducci, Follonica, Piombino, San Vincenzo et Suvereto. La Ville de Follonica avait annoncé officiellement la réunion du 18 septembre consacrée aux résultats de cette consultation et aux solutions finales du projet.

Un projet qui part du désert tunisien

Au-delà de cette évolution en Toscane, le cœur du projet se trouve en Tunisie. TI-Link, porté par Zhero, prévoit la réalisation dans le désert tunisien d’un parc d’au moins 5 GW de capacités renouvelables, à partir de projets photovoltaïques et éoliens. Une interconnexion sous-marine d’une capacité pouvant atteindre 2 GW doit ensuite permettre d’acheminer une partie de cette production vers l’Italie.
Le site officiel du projet présente une liaison sous-marine d’environ 600 kilomètres dans sa configuration générale. Les dernières informations communiquées en Italie font état d’un tracé ramené à environ 500 kilomètres, avec quatre câbles sous-marins en courant continu. Le projet est présenté comme une infrastructure destinée à transporter de l’électricité renouvelable produite en Tunisie vers la Toscane.
La Tunisie n’est toutefois pas présentée par le promoteur comme un simple territoire de production destiné à l’exportation. Sur son site officiel, Zhero affirme qu’une partie de l’énergie produite doit rester disponible pour le marché tunisien, avec un objectif annoncé correspondant à 10 à 15 % de la demande électrique totale du pays. Le projet prévoit également, selon le promoteur, la réalisation de nouvelles infrastructures électriques intégrées au réseau tunisien et le développement de compétences et d’emplois dans la filière des énergies renouvelables.

Une infrastructure privée soutenue par un cadre tuniso-européen

TI-Link est présenté par Zhero comme un projet financé entièrement par des capitaux privés. Le promoteur indique également que le projet bénéficie de plusieurs formes de reconnaissance et de soutien institutionnel.
Selon le site officiel de TI-Link, le projet figure notamment dans le Plan de développement 2025 de Terna, dans le TYNDP 2024 et 2026 d’ENTSO-E, ainsi que parmi les initiatives européennes du Global Gateway. La composante d’interconnexion HVDC Tunisie–Italie bénéficie par ailleurs du statut de Project of Mutual Interest (PMI), tandis que la composante de production renouvelable en Tunisie est présentée comme un projet Cross-Border Renewable Energy (CB-RES).
Le promoteur affirme également disposer d’une lettre de soutien du gouvernement tunisien et indique avoir engagé une collaboration avec la STEG pour le développement de l’initiative.
Ces éléments donnent au projet une dimension qui dépasse le seul échange commercial d’électricité : TI-Link est présenté comme une infrastructure reliant les systèmes énergétiques tunisien et européen, avec un volet de production, de transport et d’intégration au réseau.

Pourquoi la Toscane plutôt que la Sicile ?

Le choix du point d’arrivée italien constitue l’un des aspects structurants du projet. La Tunisie est géographiquement beaucoup plus proche de la Sicile. Pourtant, TI-Link prévoit son arrivée en Toscane, dans la région de Follonica, avant son raccordement au réseau de Terna dans la zone de Suvereto.
Selon les explications données dans le cadre de la présentation du projet en Italie, le choix est lié notamment à la capacité du réseau à absorber les volumes d’électricité attendus. T24 rapporte que la saturation des demandes de raccordement dans le Mezzogiorno et en Sicile constitue l’un des éléments ayant conduit à privilégier un nœud du réseau situé en Toscane.
La nouvelle configuration de raccordement montre toutefois que l’intégration de 2 GW supplémentaires au réseau italien reste un enjeu technique important, puisqu’elle nécessite désormais une infrastructure dédiée.

Follonica, Campiglia et Suvereto au cœur du dispositif italien

Dans la configuration présentée lors de la consultation, les câbles sous-marins doivent arriver sur la côte de Follonica. La zone située à proximité du Camping Tahiti est actuellement présentée comme l’option préférentielle pour l’atterrage, tandis que d’autres sites avaient été étudiés auparavant.
L’électricité serait ensuite acheminée vers une station de conversion à Campiglia Marittima, dans la zone industrielle de Campo alla Croce, avant d’être raccordée au réseau de Terna dans le secteur de Suvereto.
La nouvelle demande de Terna introduit donc un nouvel élément dans cette chaîne : une station électrique à 380 kV dédiée à TI-Link, dont l’emplacement précis doit encore être approfondi dans le cadre de la nouvelle phase de concertation.

La Tunisie face à l’enjeu des retombées

Pour Tunis, l’intérêt deTI-Linkne réside donc pas uniquement dans la capacité d’exporter de l’électricité vers l’Europe.
Le site officiel du projet met en avant plusieurs retombées annoncées pour la Tunisie : développement de capacités renouvelables, création d’une chaîne industrielle locale, nouvelles infrastructures électriques, développement de compétences spécialisées et mise à disposition d’une partie de l’énergie produite pour le marché national.
Zhero avance également, dans les informations reprises par la presse italienne, des estimations beaucoup plus ambitieuses en matière d’emploi et d’impact macroéconomique. T24 évoque notamment 15.000 emplois pendant la phase de construction et 1.000 emplois en phase d’exploitation, ainsi qu’un effet sur le PIB tunisien.
Pour la Tunisie, la question sera donc aussi celle de la valeur ajoutée réellement captée localement : part de l’électricité disponible pour le marché national, infrastructures laissées au pays, emplois et sous-traitance locaux, fiscalité, développement industriel et intégration avec la stratégie nationale de transition énergétique.

TI-Link n’est pas ELMED

Cette distinction est essentielle dans le traitement de l’information en Tunisie. TI-Link et ELMED sont deux projets différents.
ELMED est le projet d’interconnexion électrique porté par la Tunisie et l’Italie, avec une liaison sous-marine entre la Tunisie et la Sicile d’environ 200 kilomètres et d’une capacité de 600 MW. Le gouvernement tunisien le considère comme un projet stratégique pour renforcer le système électrique national et développer les échanges énergétiques avec l’Europe.
TI-Link, de son côté, est une initiative privée développée par Zhero, reposant sur la production renouvelable en Tunisie et une interconnexion pouvant atteindre 2 GW vers la Toscane. Le site officiel du projet indique d’ailleurs que TI-Link est développé dans le cadre d’une coopération avec les institutions tunisiennes et la STEG, mais il ne s’agit pas du projet ELMED.
Cette différence est importante car les deux projets répondent à des logiques différentes : ELMED vise l’interconnexion directe des réseaux tunisien et italien, tandis que TI-Link associe production renouvelable à grande échelle en Tunisie et exportation d’une partie de cette production vers l’Europe.

Une nouvelle étape avant la décision finale

Pour TI-Link, le calendrier présenté par le promoteur prévoit encore plusieurs étapes avant une éventuelle mise en service.
La documentation technique et le rapport de consultation doivent être finalisés, avant l’engagement de la procédure d’autorisation unique en Italie. La modification demandée par Terna repousse toutefois une partie du processus, puisqu’elle nécessite désormais une nouvelle concertation avec les territoires directement concernés.
Le projet est donc encore en phase de développement et d’autorisation, et non en phase de réalisation.
Pour la Tunisie, le prochain enjeu sera de suivre non seulement l’avancement du câble vers l’Italie, mais surtout les conditions dans lesquelles seront développées les capacités renouvelables tunisiennes, la part d’énergie destinée au marché national et les retombées industrielles et économiques effectivement associées à cette future infrastructure.

 

Auteur

R. I

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