Les récentes intempéries ont fait trois morts dans des accidents liés aux crues, à Metlaoui et à Rouhia. Face à ce bilan, l’expert environnemental Hamdi Hached appelle à renforcer l’information et la sensibilisation aux risques climatiques et aux catastrophes naturelles, estimant que l’alerte avant le danger doit être considérée comme un outil de protection des vies et non comme une forme d’exagération.
Trois personnes ont perdu la vie dans des accidents liés aux crues enregistrés ces derniers jours en Tunisie, dans un contexte de fortes précipitations ayant touché plusieurs régions du pays.
Dans une publication sur sa page Facebook officielle, Hamdi Hached revient sur ce bilan et insiste particulièrement sur la nécessité de changer la manière dont les risques liés aux intempéries sont perçus et communiqués au public.
L’expert évoque notamment le décès d’un père et de son fils à Metlaoui, dans le gouvernorat de Gafsa, ainsi que celui d’un enfant emporté par les eaux à Rouhia, dans le gouvernorat de Siliana.
Les données disponibles confirment ces trois décès, avec toutefois une nuance concernant la chronologie. À Metlaoui, le père et son fils avaient été emportés par les eaux le samedi 12 septembre alors qu’ils circulaient dans la région de Tebdit, après le débordement de l’oued El Thelja. Leurs corps ont été retrouvés le 15 septembre après plus de deux jours de recherches.
À Rouhia, un enfant âgé de huit ans a été emporté par les eaux de l’oued Rouhia vendredi 18 septembre. Les unités de la Protection civile ont repêché son corps dans la soirée. Un autre enfant de 12 ans, qui avait également été emporté, a pu être secouru et transporté à l’hôpital local, où son état a été jugé stable.
“L’alerte n’est pas une exagération”
C’est précisément à partir de ce type d’accidents que Hamdi Hached pose la question de la prévention. Dans son message, l’expert estime que l’information, la sensibilisation aux changements climatiques et la préparation aux catastrophes naturelles sont devenues plus nécessaires que jamais.
Son raisonnement repose sur un principe simple : une population correctement informée sur les dangers liés aux crues est davantage en mesure d’adopter les bons réflexes lorsque survient un épisode météorologique dangereux.
Pour Hached, avertir la population avant que le danger ne se matérialise ne relève donc pas du “sensationnalisme” ou de “l’exagération”. Le rôle de l’alerte est précisément de permettre aux citoyens de modifier leur comportement avant que les conditions ne deviennent dangereuses.
Cette approche rejoint d’ailleurs les recommandations diffusées ces derniers jours par les autorités tunisiennes. Le 18 septembre, l’Office national de la Protection civile a appelé la population à éviter les zones inondées, à ne pas s’approcher des oueds en crue et à ne jamais tenter de traverser des cours d’eau dont le niveau a augmenté.
Des pluies parfois intenses en quelques heures
Les épisodes récents ont montré la rapidité avec laquelle la situation peut évoluer. Le 17 septembre, les services de la Protection civile ont multiplié les interventions face à la montée des eaux. Au total, 516 interventions ont été enregistrées en 24 heures, dont 143 opérations de secours et d’assistance sur les routes.
Plusieurs interventions concernaient des personnes bloquées par les eaux, des véhicules immobilisés ainsi que des habitations ayant accumulé de l’eau.
Les prévisions de l’Institut national de la météorologie (INM) avaient par ailleurs signalé des épisodes de pluies orageuses localement fortes, susceptibles d’entraîner une montée rapide des eaux et la formation de ruissellements et de crues dans certaines zones.
Dans ce contexte, le délai entre l’émission d’une alerte et l’arrivée effective des eaux peut devenir déterminant.
De la prévision à l’action
Le message de Hamdi Hached dépasse ainsi la seule question des prévisions météorologiques. Il pose celle de la transformation de l’information en comportement préventif.
Une alerte n’est réellement efficace que si elle est comprise et si elle permet au citoyen de savoir quoi faire : éviter un déplacement, ne pas emprunter une route submergée, s’éloigner d’un oued, ne pas tenter de franchir une zone où l’eau circule, ou encore mettre à l’abri les personnes les plus vulnérables.
Dans une précédente prise de position publiée quelques jours avant les épisodes de fortes pluies, Hached avait déjà insisté sur le danger de traverser les oueds et les zones d’accumulation d’eau. Il avait notamment appelé à la prudence dans un contexte marqué par une longue période de sécheresse et de fortes chaleurs.
Le 17 septembre, il avait également insisté sur l’importance d’un système d’alerte précoce, estimant que l’information devait intervenir avant le début des perturbations et être suivie de décisions adaptées, notamment concernant les établissements scolaires, les déplacements et les zones exposées.
Une culture du risque à construire
Au-delà du bilan de trois morts, la publication de Hamdi Hached remet donc au centre du débat la question de la culture du risque en Tunisie.
Les crues ne constituent pas uniquement un problème météorologique. Elles mettent également à l’épreuve les comportements individuels, les infrastructures, les réseaux d’évacuation des eaux, la préparation des services de secours et la capacité à faire parvenir rapidement une information compréhensible aux populations exposées.
La Protection civile insiste régulièrement sur un point essentiel : une route qui paraît praticable peut devenir dangereuse lorsque le niveau de l’eau monte rapidement. Les autorités ont ainsi multiplié ces derniers jours les appels à éviter les déplacements inutiles et surtout à ne jamais tenter de traverser les oueds en crue.
Pour Hamdi Hached, le véritable enjeu est donc de ne pas attendre que les victimes se comptent pour parler de prévention.
Les trois décès enregistrés lors des récents épisodes de crues donnent à cette question une dimension humaine particulièrement lourde. Derrière le bilan chiffré se trouvent trois vies perdues et des familles durablement endeuillées.
Informer avant le danger, expliquer les risques et apprendre les bons réflexes : c’est précisément sur ce terrain que se joue une partie de la prévention des catastrophes.



