Economie

AfCRA : L’Afrique se dote de sa propre agence de notation

Avatar photo
  • 21 septembre 2026
  • 5 min de lecture
AfCRA : L’Afrique se dote de sa propre agence de notation

Le 7 octobre prochain, à Maurice, naîtra l’AfCRA, la première agence africaine de notation de crédit. Portée par l’Union africaine, elle a une mission claire : donner au continent une évaluation de sa solvabilité fidèle à ses propres réalités économiques et renforcer les marchés financiers africains tout en favorisant la transparence, l’équité et l’inclusion.

La Presse — Depuis plusieurs décennies, les agences de notation jouent un rôle croissant dans l’architecture financière de l’Afrique et ont un impact important sur les trajectoires budgétaires, économiques et de développement des pays. Ces notes sont en effet des évaluations de la probabilité relative de défaut : une entité ou un pays noté « AA » présente ainsi un risque de défaut plus faible que celui noté « BBB », elle-même considérée comme moins risquée qu’une entité notée « BB », et ainsi de suite.

Pour un État, la dégradation de sa note peut entraîner une hausse de son coût de financement et donc alourdir sa dette. À l’inverse, une amélioration de la note traduit une plus grande confiance dans ses capacités de remboursement, ce qui lui permet de se financer plus facilement. Surnommées les « Big Three », trois agences se partagent 90 % du marché mondial : Standard & Poor’s, Fitch et Moody’s. Mais depuis la crise financière de 2008 et celle de la zone euro, ces agences ont fait l’objet de vives critiques, accusées d’avoir aggravé la situation économique par des décisions jugées tardives puis trop brutales.

Pour les pays en développement (PED), et notamment africains, les critiques portent sur les décisions fluctuantes de ces agences ainsi que sur des évaluations qui ne tiendraient pas suffisamment compte de la réalité africaine.

Plusieurs études ont d’ailleurs montré que les PED pourraient être désavantagés dans les notations souveraines : les agences semblent parfois appliquer des critères plus exigeants aux économies émergentes, même lorsque celles-ci enregistrent des progrès économiques et institutionnels.

Ces mêmes études pointent des biais de proximité, un manque d’informations fiables, une couverture analytique insuffisante et, parfois, des conflits d’intérêts, autant de facteurs qui peuvent expliquer pourquoi les PED, et en particulier certains pays africains, obtiennent des notations inférieures à ce que leurs fondamentaux économiques laisseraient attendre.

Pallier les biais perçus

C’est dans ce contexte que naît l’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA). Son objectif principal est de répondre aux préoccupations liées aux biais perçus, aux inexactitudes et aux coûts élevés induits par les évaluations des pays africains par des agences internationales, en offrant au continent un système de notation qui tienne compte de ses réalités socio-économiques et favorise une représentation plus équitable de sa solvabilité.

L’AfCRA est une initiative continentale portée par l’Union africaine, visant à fournir des notations de crédit indépendantes, crédibles et détenues par des acteurs africains pour les États souverains, les entités infranationales et les entreprises. Elle vise en particulier à améliorer la transparence, à réduire la dépendance à l’égard des trois grandes agences internationales et à répondre aux besoins spécifiques des pays, institutions et contextes africains.

Contrairement aux agences traditionnelles, l’AfCRA se concentrera exclusivement sur les économies africaines, en intégrant des données propres aux différentes régions ainsi que des indicateurs socioéconomiques. Son mandat consistera à renforcer les marchés financiers africains tout en favorisant la transparence, l’équité et l’inclusion, avec des cadres d’évaluation du crédit axés sur le développement et adaptés à la diversité des contextes du continent.

Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) continuera de jouer un rôle essentiel en tant que partenaire stratégique dans le développement et le fonctionnement de l’AfCRA. Il apportera des connaissances en matière de gouvernance, des cadres institutionnels ainsi qu’une expertise technique qui contribueront à l’élaboration des méthodologies de l’agence, et veillera à ce qu’elle reste alignée sur les objectifs plus larges de l’Union africaine en matière de développement durable et d’intégration.

L’Agence sera régie par un cadre institutionnel solide, assorti de politiques strictes visant à prévenir les conflits d’intérêts. Elle emploiera des professionnels hautement qualifiés et adoptera des méthodologies transparentes, conformes aux meilleures pratiques internationales tout en tenant compte des réalités africaines. Des mécanismes de supervision, ainsi que des partenariats avec des institutions reconnues, contribueront à renforcer sa crédibilité.

Selon les objectifs annoncés, l’AfCRA n’aura pas pour mission de concurrencer ou de remplacer les trois grandes agences internationales, mais plutôt de les compléter en offrant une perspective alternative. Elle se concentrera sur la réduction des lacunes en matière de données et d’analyse, la prise en compte des spécificités régionales et la promotion de l’intégration financière africaine, offrant ainsi une vision plus diversifiée de la solvabilité et favorisant la collaboration dans un intérêt mutuel.

L’AfCRA visera à réduire le coût des notations de crédit pour les pays et les entreprises africains, améliorer leur accès aux marchés de capitaux et garantir une représentation plus équitable de leur solvabilité.

Elle offrira également une plateforme destinée à promouvoir les projets et les investissements africains, contribuant ainsi à la croissance économique et à la stabilité financière régionale. L’AfCRA sera officiellement lancée le 7 octobre prochain à Maurice, retenue comme juridiction d’accueil de son siège. Depuis février, l’Union africaine avait appelé les autres États intéressés à se porter candidats pour accueillir des implantations secondaires.

Avatar photo
Auteur

Marwa Saidi

You cannot copy content of this page