Les exportations tunisiennes vers le continent africain devront doubler d’ici 2030, pour atteindre 13 milliards de dinars, grâce à une étroite collaboration entre le gouvernement, le secteur privé et la société civile, a indiqué le Président du Tunisia Africa Business Council TABC, Anis Jaziri.
S’exprimant lors d’une interview télévisée réalisée au studio de l’Agence TAP, Jaziri a estimé que cet objectif, bien qu’il soit ambitieux, demeure pleinement réalisable, en conjuguant les efforts de l’ensemble des intervenants (ministères, secteur privé, CEPEX, organisations patronales et chambres de commerce). Cette ambition s’appuie également sur la forte demande du marché africain, portée par un dynamisme économique soutenu.
Le marché africain offre ainsi un potentiel considérable et des opportunités stratégiques pour l’investissement, l’exportation et le déploiement du savoir-faire tunisien, a-t-il souligné.
En dix ans, le TABC a ciblé 44 marchés en Afrique de l’Ouest, centrale et de l’Est sur un total de 55 pays. Au cours des cinq prochaines années, l’organisation prévoit de prospecter le reste des marchés africains, à raison de trois missions annuelles dans des pays à fort potentiel, tels que l’Afrique du Sud, l’Angola et le Zimbabwe.
Actuellement, les exportations tunisiennes vers l’Afrique représentent 10% des échanges globaux de la Tunisie, soit 6,5 milliards de dinars. Toutefois, la part destinée à l’Afrique subsaharienne est de l’ordre de 1, 6 milliard de dinars, soit 3% du commerce extérieur du pays.
Vision TABC à l’horizon 2030 : Vers la création des consortiums
Pour atteindre cet objectif, le TABC a élaboré un programme quinquennal à l’horizon de 2030 qui va contribuer à doubler la valeur des exportations tuniso-africaines et à renforcer la présence des entreprises tunisiennes sur les marchés africains.
Ce programme prévoit, pour la période 2025-2030, notamment la création de plusieurs consortiums sectoriels, dans les domaines des infrastructures, des technologies et des télécommunications, de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, du tourisme, de la santé, et de l’industrie.
« L’idée de la création des consortiums est de dépasser le modèle d’exportation individuelle pour permettre aux acteurs tunisiens de se positionner sur de grands projets structurants (infrastructures, énergie, santé, éducation) », a-t-il noté.
« Ainsi, face à une concurrence internationale forte (Chine, Turquie, Europe, Amérique, Maroc, Égypte, Algérie) qui propose des solutions clés en main (de la conception au financement), pour des mégaprojets intégrés dans plusieurs domaines (les infrastructures, l’énergie, l’éducation, et la santé), les entreprises tunisiennes individuelles ne peuvent pas rivaliser », a expliqué Jaziri.
« Le regroupement des entreprises dans des consortiums permet d’œuvrer efficacement dans une démarche collaborative et d’apporter des solutions globales.», a-t-il soutenu.
A ce propos, Jaziri a mis l’accent sur la réussite du consortium TUCAD (Tunisian Consortium for African Development), créé en 2025 dans le domaine des infrastructures, fruit de deux ans de concertations, précisant que l’objectif est de dupliquer ce modèle à d’autres secteurs et de proposer aux pays africains une offre globale intégrée ».
Vision TABC 2030 : Vers la création d’une Banque d’affaire panafricaine
Selon Jaziri, les entreprises tunisiennes implantées en Afrique ne pourront pas réaliser des progrès sans trouver des solutions de financement, un véritable défi pour la réalisation des projets en Afrique.
Pour 2029, le programme prévoit la création d’une banque d’affaires panafricaine, dénommée VIP (Veranga Investment Partners), destinée notamment à accompagner les opérateurs économiques tunisiens. Cette banque sera pilotée par le TABC aux côtés des partenaires : des banques africaines, des fonds d’investissement africains et tout investisseur prêt à s’engager.
A cet égard, le Président du TABC a lancé un appel aux banques tunisiennes pour s’associer à cette démarche et jouer un rôle actif, ainsi qu’aux fonds d’investissement tunisiens.
« Nous prévoyons de s’adresser au Conseil Bancaire et Financier (CBF) pour leur présenter notre vision, en espérant qu’il sera parmi nos partenaires dans cette banque d’affaires. La création de cette banque est l’un des piliers majeurs pour la réussite des entreprises tunisiennes en Afrique », a-t-il affirmé.
Consolidation des consortiums et de la Banque d’affaires au sein d’une société mère, « TABC Holding »
A terme, le TABC prévoit la consolidation de ses différentes structures à travers la création d’une société mère, « TABC Holding », qui regrouperait les différents consortiums ainsi que la banque d’affaires.
« TABC Holding » serait ensuite introduite à la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT) et à la Bourse régionale des valeurs mobilières de l’UEMOA, à Abidjan, a fait savoir Jaziri. Cette ouverture du capital vise à associer les membres adhérents du TABC, les investisseurs institutionnels, les établissements bancaires, et les fonds d’investissement partenaires, a-t-il encore noté.
Et d’ajouter que cela permettra de renforcer les capacités financières de la société mère, qui sera en mesure d’établir des représentations et des bureaux dans les pays africains, permettant de garantir un suivi ainsi qu’un accompagnement de ces consortiums, et de pallier également la présence diplomatique limitée dans la région, où la Tunisie ne compte actuellement que 8 à 9 ambassades en Afrique subsaharienne,
« C’est un projet stratégique pour le secteur privé tunisien. Il vise à instaurer une véritable complémentarité entre le rôle de la société civile et celui des institutions publiques (ministères du commerce et des Affaires étrangères, CEPEX, FIPA, TIA..), en épaulant les entreprises dans l’exploration et la conquête de nouveaux marchés africains », a-t-il dit.
Résilience du secteur privé en dépit des défis et contraintes persistantes
Il y a plusieurs obstacles qui continuent de freiner le développement des échanges commerciaux, notamment « l’absence de ligne maritime directe et la couverture, encore très restreinte, de Tunisair vers un nombre des capitales africaines, l’inadaptation du code des changes au développement des exportations et de l’implantation des entreprises, ainsi qu’une représentation diplomatique tunisienne encore trop limitée, privant les opérateurs de leur droit d’accéder à certains marchés stratégiques », a-t-il regretté.
Face à ces contraintes, les acteurs économiques ont su faire preuve d’adaptabilité. Ainsi, à défaut de vols directs suffisants, les opérateurs s’appuient sur d’autres compagnies aériennes, faisant des trajets plus longs pour maintenir leurs flux d’affaires. Le transit est assuré par des ports intermédiaires (Gênes, Marseille, Tanger-Med), pour acheminer les marchandises à destination, mais avec des délais d’expédition rallongés de deux à trois semaines, a expliqué Jaziri.
Selon le président du TABC « La priorité réside aujourd’hui dans la modernisation du code des changes, un chantier auquel le Conseil s’attelle activement. L’assouplissement de cette réglementation est indispensable pour faciliter les transferts de fonds, simplifier l’octroi des cautions et libérer les capitaux nécessaires à l’implantation de filiales à l’étranger ».
Jaziri a également mis l’accent sur l’importance d’identifier des solutions aux défis de la logistique, et du transport, proposant l’ouverture de nouvelles liaisons aériennes vers l’Afrique subsaharienne, et de l’espace aérien pour des pays africains,
Sur le plan maritime, Jaziri a préconisé la création de deux ou trois lignes directes, que ce soit via la CTN ou à travers le secteur privé pour desservir des ports performants en Afrique, garantissant un délai d’acheminement réduit, n’excédant pas les 10 jours.



