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Bizerte, dans l’expectative face à ses ruines

  • 22 septembre 2026
  • 3 min de lecture
Bizerte, dans l’expectative face à ses ruines

Au cœur de Bizerte, les ruines s’accumulent, les projets s’effacent, et la cité attend encore sa renaissance.

Un patrimoine en péril

Depuis l’évacuation de la base navale française en 1963, Bizerte a hérité d’un parc immobilier colonial d’une grande richesse. Immeubles haussmanniens, villas néo-mauresques ou demeures Louis XIII composent un décor urbain unique. Mais derrière les façades encore animées du centre-ville, nombre de bâtisses souffrent d’un abandon criant. Procédures de succession interminables, coûts exorbitants de restauration et laisser-aller général ont transformé des joyaux architecturaux en ruines menaçantes.

Des institutions sacrifiées

Le phénomène ne touche pas seulement les villas privées. Des institutions emblématiques ont été rayées de la carte. Il en va ainsi de L’école de la rue d’Algérie, acquise par le ministère de la Culture. Elle devait accueillir un centre culturel multimédia. Des années plus tard, aucun projet n’a vu le jour : l’espace est devenu un vaste parking improvisé.

Le deuxième exemple, et nous craignons que ce ne soit le dernier, concerne Le marché central, cœur battant de la cité, qui a été démoli l’an dernier pour cause de dangerosité. Mais aucun plan de reconstruction n’a été présenté.

Ces deux lieux, auxquels s’ajoutent d’autres bâtiments disséminés dans la ville, constituent autant de « points noirs » au cœur de Bizerte.

Le visage repoussant des ruines

Ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’absence de projets, mais la laideur qui s’installe au cœur de la cité. L’ancienne école de la rue d’Algérie, jadis animée par les voix des enfants, n’est plus qu’un vaste terrain nu, envahi par la poussière et les carcasses de voitures garées en désordre. Pas un arbre, pas un aménagement : seulement un espace gris, triste, où l’on devine encore les fondations effacées.

Le marché central, autrefois grouillant de vie et de couleurs, a laissé place à un immense vide béant. Là où s’élevaient les étals de fruits et de poissons, il ne reste qu’un sol défoncé, jonché de gravats et de flaques stagnantes. Les passants détournent le regard, comme pour ne pas affronter cette cicatrice ouverte au milieu de la ville.

Ces lieux, devenus terrains vagues ou parkings spontanés, ajoutent une noirceur et une laideur insupportables à une cité qui fut reconnue, naguère, pour son architecture élégante et son organisation urbaine exemplaire

Une ville en suspens

La démolition sans projet de remplacement laisse un vide béant. Les habitants s’interrogent : faut-il accepter que la ville se transforme inexorablement en ruines ? Ou exiger des autorités une vision claire et des chantiers concrets ?

Les Bizertins refusent que leur cité se délite sous leurs yeux. Ils pressent le ministère, la municipalité et les propriétaires privés d’agir.

Car, à l’évidence, Bizerte ne mérite pas des terrains vagues ni des parkings poussiéreux. Chaque ruine laissée à l’abandon est une cicatrice ouverte, chaque espace détruit sans projet une promesse trahie. Ce que les citoyens exigent, ce sont des actes, pas des promesses : reconstruire, restaurer, redonner vie. Chaque bâtiment détruit ou abandonné est une cicatrice ouverte dans le tissu urbain. Car une cité qui s’effondre, c’est une mémoire qu’on abandonne.

M.B

Auteur

M. B

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