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Campagnes bénévoles de nettoyage : Quand l’élan citoyen pallie les défaillances des municipalités

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  • 22 septembre 2026
  • 6 min de lecture
Campagnes bénévoles de nettoyage : Quand l’élan citoyen pallie les défaillances des municipalités

N’eussent été les campagnes de nettoyage organisées par des citoyens, dans le cadre d’initiatives spontanées, dans la majorité des régions du pays, nos villes et nos plages auraient aujourd’hui des allures de poubelle à ciel ouvert. Depuis plusieurs mois, aux quatre coins de la Tunisie, des habitants de tous âges retroussent les manches pour rendre à leur cadre de vie la propreté que d’autres semblent avoir oubliée.

La Presse — Loin d’être un simple sursaut éphémère, cette dynamique s’impose comme une véritable tendance sociétale qui s’enracine durablement au fil des années. Prise de conscience écologique, sentiment de réappropriation de l’espace commun ou lassitude face à la dégradation de l’environnement, ce réflexe citoyen devient une habitude ancrée, où la mobilisation collective tend à s’ériger en nouveau standard civique à travers tout le pays.

De Sidi Bouzid à Nefta, l’élan spontané d’une jeunesse engagée

Sur une vidéo récemment relayée sur les réseaux sociaux, on découvre à Sidi Bouzid de jeunes garçons et de jeunes filles, mais aussi des personnes d’un âge avancé, tous équipés de balais, de gants et de sacs-poubelles, et surtout animés d’une détermination citoyenne sans faille. Ensemble, ils se mettent au travail pour rendre aux rues de leur ville un visage digne. Leur message ne souffre d’aucune ambiguïté. Ils ne veulent pas seulement que leur région soit propre, mais que le soit l’ensemble du territoire tunisien. Un tel degré de conscience collective, porté par une jeunesse qui aurait mille raisons de s’en désintéresser, force le respect et inspire une réelle fierté.

À Nefta, joyau des oasis du Sud-Ouest tunisien, une même ferveur collective anime les esprits, selon une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Sous l’ombre bienveillante de la palmeraie, toutes les générations, des plus jeunes aux plus vieux, s’unissent dans un effort partagé. Armés de passion et d’outils, ils redonnent vie à leur environnement à travers des travaux minutieux de nettoyage et d’assainissement, imprimant un élan de renouveau à leur oasis.

D’un bout à l’autre du pays, du Nord au Sud et d’Est en Ouest,  un même élan rassemble toutes les générations, jeunes comme moins jeunes. C’est un spectacle qui met du baume au cœur. Une prise en main collective pour restaurer ce que d’autres abandonnent dans l’indifférence générale.

Des associations mobilisées en ordre de bataille

Ces élans individuels s’inscrivent dans une mobilisation plus large. Depuis mars 2026, plusieurs associations, parmi lesquelles Tounes Clean-Up, Soli & Green et Tunisie Recyclage, multiplient les opérations de nettoyage et de sensibilisation dans différentes régions du pays. Dans le Grand Tunis aussi, la mobilisation prend de l’ampleur. Sur les réseaux sociaux, de nombreux citoyens relaient les appels à l’action et prennent part, à leur tour, aux initiatives de nettoyage. Une nouvelle et heureuse dynamique qui traduit une prise de conscience croissante autour d’un même mot d’ordre : une Tunisie propre est l’affaire de tous.

Rien qu’à titre d’exemple, le 18 juillet 2026, à Borj Cédria, l’une de leurs actions a permis de trier près de 150 kilos de déchets en moins d’une heure. Un mois plus tôt, selon un bulletin environnemental publié en juin 2026, des bénévoles avaient ramassé pas moins de 12.000 mégots de cigarettes lors d’une seule opération dans la Médina de Tunis, à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac. Et comme chaque année, ces réseaux associatifs ont intensifié leurs interventions sur l’essentiel du littoral tunisien à l’approche de l’été, pour faire face à l’afflux de déchets lié à la fréquentation estivale.

L’envers du décor

Cette mobilisation citoyenne n’a rien d’anodin. Elle vient combler, presque malgré elle, les lacunes d’un système à bout de souffle. Selon des données du ministère de l’Environnement, le taux de recyclage plafonne toujours sous la barre des 10 %, alors que le pays génère plus de 2,6 millions de tonnes de déchets municipaux par an, dont près d’un million rien que pour l’agglomération du Grand Tunis.

Le phénomène est si répandu qu’un groupe de députés a déposé, en avril 2026, une proposition de loi visant à interdire et sanctionner tout dépôt sauvage de déchets dans l’espace public. Tant que cet écart entre l’espace privé, choyé, et l’espace public, livré à lui-même, perdurera, les meilleures volontés associatives ne suffiront pas, seules, à changer la donne.

C’est là tout le paradoxe. Alors que les municipalités, censées assurer un service continu, peinent visiblement à remplir leur mission, une large frange de la population, lasse des déchets qui s’accumulent, prend les devants, balai à la main, pour offrir à ses enfants des villes vivables. Un civisme à marquer d’une pierre blanche d’autant qu’il rompt avec le comportement de certains, qui persistent à traiter l’espace public comme une décharge.

La bonne volonté citoyenne suffira-t-elle sans sanctions réelles?

Lors d’une réunion au Palais de Carthage en mars 2026 avec le ministre de l’Intérieur, le Président Kaïs Saïed avait appelé à une “gestion continue et rigoureuse du ramassage des déchets sur l’ensemble du territoire”, estimant que “la situation actuelle est intenable”. Il a fermement rappelé que “les autorités régionales et locales doivent assumer leurs responsabilités sans attendre son intervention directe ni prétexter un manque d’équipements, sous peine de sanctions immédiates”.

Pour le Chef de l’Etat, pas question de rejeter la faute sur les habitants. Bien au contraire, beaucoup de Tunisiens retroussent déjà les manches et nettoient leurs quartiers eux-mêmes, a-t-il fait savoir.

Si l’élan populaire suscite une légitime fierté, un pays ne peut pas reposer uniquement sur le bénévolat pour maintenir ses espaces collectifs propres. Pour pérenniser ces efforts et lutter contre l’abandon irresponsable de détritus dans le domaine public, le recours à la contrainte légale devient inévitable. L’instauration d’amendes dissuasives et la mise en œuvre de poursuites judiciaires effectives contre les contrevenants sont désormais indispensables pour appuyer l’action citoyenne, sanctionner les incivilités et contraindre au respect définitif du cadre de vie commun.

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Auteur

Samir DRIDI

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