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Taoufik Ilaoui, égyptologue : Pour que les hiéroglyphes sortent du cercle des initiés

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  • 22 septembre 2026
  • 5 min de lecture
Taoufik Ilaoui, égyptologue : Pour que les hiéroglyphes sortent du cercle des initiés

Installé aux Pays-Bas depuis 1987, le chercheur tunisien Taoufik Ilaoui a consacré plusieurs décennies à l’étude de l’égyptien ancien et de son écriture. Son parcours, entre recherche, enseignement et vulgarisation, s’accompagne aujourd’hui d’une ambition plus large: replacer les langues anciennes dans une histoire commune de l’humanité et rendre leur connaissance accessible à un public qui dépasse largement le cercle des spécialistes.

La Presse —Chez Taoufik Ilaoui, l’égyptologie commence par une fascination pour une écriture, mais ne s’y arrête pas. Au fil de notre rencontre, les hiéroglyphes apparaissent moins comme un système de signes à déchiffrer que comme l’entrée vers une histoire beaucoup plus vaste : celle des langues, des peuples et de la circulation des savoirs.

Né en Tunisie, enfant de l’école publique, Taoufik Ilaoui rejoint l’Europe en 1987. Il s’installe d’abord en Belgique avant de poursuivre son parcours aux Pays-Bas. Il y apprend le néerlandais, entreprend des études d’histoire ancienne et s’oriente progressivement vers l’égyptologie. À Leiden, il approfondit sa connaissance des langues anciennes, notamment du grec et du latin, tout en se spécialisant dans l’écriture hiéroglyphique. Il se perfectionne encore plus auprès de Huub Pragt et grâce à ses nombreux  séjours d’étude en Egypte.

Mais derrière la technicité d’une discipline qui exige patience, méthode et connaissance des langues anciennes, Ilaoui défend une conception plus large de l’égyptologie. Pour lui, l’égyptien ancien occupe une place centrale dans l’histoire des langues. Il avance notamment l’idée d’une langue «matrice» des langues sémitiques et chamitiques— terme ancien aujourd’hui remplacé, dans la linguistique moderne, par d’autres classifications au sein de la famille afro-asiatique. Cette lecture constitue chez lui un axe de réflexion qui l’amène à considérer l’Egypte ancienne non comme une civilisation isolée, mais comme l’un des foyers à partir desquels peuvent être interrogées les grandes circulations linguistiques et culturelles de l’Antiquité. Cette perspective éclaire aussi sa manière d’écrire. Dès son ouvrage Hiërogliefen, de taal van het oude Egypte, publié aux Pays-Bas en 2012, il choisit le néerlandais pour présenter l’écriture et la langue de l’Egypte ancienne. L’ouvrage, recensé par la Bibliothèque nationale tunisienne, compte 78 pages. Deux ans plus tard paraît The Language of the Pharaohs, associé à Huub Pragt, également publié en néerlandais. Le choix de la langue n’est pas anodin. Il traduit une volonté de sortir l’égyptologie de son entre-soi. Taoufik Ilaoui revendique une démarche à la fois académique et didactique : transmettre sans appauvrir, expliquer sans transformer le savoir scientifique en objet inaccessible. Son travail cherche ainsi à réduire la distance entre une discipline longtemps perçue comme réservée à une élite scientifique et une communauté de lecteurs beaucoup plus large. Cette préoccupation traverse également Hospital of the Soul, ouvrage dans lequel il met en relation plusieurs langues et écritures anciennes, notamment les hiéroglyphes, le grec et le latin. L’ouvrage a intégré les collections de la Peace Palace Library à La Haye, bibliothèque qui constitue une importante ressource documentaire pour les institutions internationales de justice et d’arbitrage installées au Palais de la Paix. Pour le chercheur tunisien, cette présence dans une telle institution représente moins une consécration personnelle qu’une nouvelle étape dans la circulation du savoir. Ses livres sont également référencés dans des collections néerlandaises et tunisiennes, tandis que ses travaux ont fait l’objet de rencontres et de conférences en Tunisie.

Son parcours est d’autant plus singulier qu’il ne s’est pas enfermé dans la seule recherche. Taoufik Ilaoui enseigne les hiéroglyphes aux Pays-Bas et multiplie les conférences. Cette dimension pédagogique est essentielle dans sa démarche: faire comprendre que les écritures anciennes ne sont pas des vestiges muets, mais des systèmes de pensée dont l’étude peut encore nourrir notre compréhension du présent.

Son projet actuel élargit encore cette perspective. Il travaille sur De geschiedenis van de wereld — L’Histoire du monde—, un ouvrage annoncé autour de quatre cents pages qui entend parcourir l’histoire universelle à travers différentes langues et écritures anciennes : sumérien, égyptien ancien, chinois ancien, sanskrit, écriture oghamique ou encore hiéroglyphes mayas. Ce projet permet de comprendre la cohérence d’un parcours commencé par les hiéroglyphes. Pour Ilaoui, apprendre une langue ancienne ne consiste pas seulement à traduire des signes.

C’est tenter de retrouver, derrière ces signes, les logiques d’une société, les mouvements des peuples, les échanges entre les civilisations et les formes successives par lesquelles l’humanité a conservé sa mémoire. Entre la recherche spécialisée et la transmission au plus grand nombre, Taoufik Ilaoui cherche ainsi une troisième voie : celle d’un savoir qui ne renonce ni à la rigueur académique ni à la pédagogie. Son ambition n’est pas de réserver les hiéroglyphes à ceux qui en possèdent déjà les clés, mais précisément de donner ces clés à d’autres. C’est peut-être là que se situe le véritable fil conducteur de son travail : faire passer une écriture ancienne d’un monde de spécialistes à une conversation plus vaste sur les origines, les langues et la mémoire humaine.

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Auteur

Asma DRISSI

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