Editorial

Cisjordanie : le feu sous la cendre

  • 23 septembre 2026
  • 3 min de lecture
Cisjordanie : le feu  sous la cendre

Il suffit parfois d’une étincelle pour déclencher l’incendie qui couve en Cisjordanie occupée. Ses habitants semblent désormais redouter précisément une telle situation : qu’une attaque isolée, une riposte, puis une nouvelle riposte ne déclenchent une spirale de violences qu’il deviendrait difficile de contenir.

Après l’attaque au couteau par un Palestinien (pour se protéger) commise contre un colon dans le nord de la Cisjordanie, le ministre de la Défense a brandi la menace d’une «guerre totale». Entendez plutôt «une occupation totale». Une formule lourde de conséquences dans un territoire déjà soumis à une tension extrême. Mais derrière les déclarations politiques, c’est une autre inquiétude qui affleure : la multiplication des attaques contre les habitants palestiniens et l’extension continue des colonies et des avant-postes.

La situation serait, selon des observateurs, «inédite». Le nombre de bataillons déployés en Cisjordanie doit atteindre vingt-six cette semaine, un niveau présenté comme record par certains quotidiens. Cette mobilisation exceptionnelle ferait craindre le pire.

Car les nouvelles implantations ne sont pas seulement une colonisation territoriale et politique; elles constituent aussi un problème militaire. Certaines disposent d’infrastructures de sécurité insuffisantes. Chaque nouvel avant-poste crée ainsi une nouvelle nécessité de protection, de surveillance et de déploiement de l’armée.

Et une autre inquiétude plus difficile encore à contenir apparaît pour l’armée sioniste, censée maintenir la paix, : la violence des colons qui augmente de jour en jour.

Selon les éléments rapportés, des responsables militaires craignent qu’une attaque provoquant un nombre élevé de victimes palestiniennes n’entraîne une vague de représailles à travers la Cisjordanie (ce qui est prévisible). Le risque est celui d’un engrenage : une attaque, une autodéfense, une nouvelle vengeance, etc., jusqu’à ce que la violence devienne sa propre logique.

Cette perspective semble d’autant plus critique que ces violences poseraient, selon des sources diplomatiques, un problème, parce qu’elles compliquent davantage la mission des forces de sécurité (complices des colons) et alimentent les tensions entre l’armée, la police et les responsables politiques.

A quelques semaines d’élections majeures, des militaires haut gradés dénoncent par ailleurs un manque de coopération avec la police et évoquent des pressions politiques croissantes. Là encore, l’enjeu dépasse ces incidents, dont la fréquence ne cesse d’augmenter. Elle renvoie à une contradiction de plus en plus visible : multiplier les implantations et les avant-postes signifie aussi multiplier les territoires à défendre, les routes à sécuriser et les forces à mobiliser.

La Cisjordanie apparaît ainsi comme un territoire où chaque nouvelle implantation ajoute une ligne de front aux précédentes. Et lorsque l’armée elle-même s’inquiète— ou feint de s’inquiéter — de ne plus être en mesure de protéger partout les colons installés dans ces nouveaux avant-postes, le signal, qu’il soit délibéré ou tactique, mérite d’être entendu.

Le plus inquiétant désormais n’est peut-être pas seulement la violence qui a déjà eu lieu, mais celle que les Palestiniens redoutent de voir venir.

Auteur

Hamma Hannachi

Article suivant

You cannot copy content of this page