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La Tunisie peut-elle devenir le prochain géant industriel du Maghreb ?

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  • 25 septembre 2026
  • 6 min de lecture
La Tunisie peut-elle devenir le prochain géant industriel du Maghreb ?

Alors que les arbitrages d’investissement se font toujours plus sélectifs à l’international, qu’est-ce qui pousse encore les entreprises françaises à choisir la Tunisie ? Croissance continue des flux, statut de premier investisseur et de premier client, compétences reconnues dans l’aéronautique et l’automobile : les intervenants d’une table ronde tenue à Tunis, le 24 septembre 2026, en marge de l’inauguration du site tunisien du groupe marocain Intelcia, ont apporté des éléments de réponse.

L’intelligence artificielle est en train de redistribuer les cartes du secteur de la relation client, un secteur dans lequel le groupe marocain Intelcia s’est justement fait un nom. C’est ce qu’a exposé Youssef El Aoufir, directeur général adjoint et cofondateur du groupe, à l’occasion d’une table ronde tenue à Tunis le 24 septembre 2026, en marge de l’inauguration du site tunisien de l’entreprise. Longtemps organisé autour de la prestation humaine, épaulée par des outils de téléphonie et de gestion multicanal, le métier bascule aujourd’hui vers un modèle hybride, puis vers un stade émergent où l’intelligence artificielle absorbe une part grandissante des échanges, les équipes humaines n’intervenant plus que sur les dossiers les plus délicats ou les plus chargés émotionnellement. Amorcé il y a sept à huit ans selon le dirigeant, ce basculement a pris une vitesse nouvelle ces derniers mois.

Les modèles de facturation évoluent en miroir de cette mutation technologique : la logique du temps humain facturé s’enrichit désormais de formules mêlant temps humain et temps de traitement automatisé, avec une part de paiement liée à la performance. Pour piloter des parcours clients articulant IA et intervention humaine, le groupe a développé une plateforme d’orchestration interne, reliée à ses systèmes existants comme à des modèles de langage. Youssef El Aoufir insiste par ailleurs sur un triptyque d’exigences qui structure cette transformation : conformité réglementaire, gouvernance de l’intelligence artificielle, souveraineté et protection des données, ces dernières variant selon la nationalité des clients, sans oublier l’accompagnement des collaborateurs, désormais formés à superviser les outils d’IA et à se spécialiser sur le traitement des cas complexes.

Deux milliards de dinars en sept mois

C’est dans ce contexte sectoriel qu’ont également été présentés, lors de la même table ronde, les derniers chiffres de l’investissement étranger en Tunisie. Jalel Tebib, qui préside la Tunisia Investment Authority (TIA) et dirige la FIPA, l’agence tunisienne de promotion de l’investissement extérieur, a fait état d’un montant de deux milliards de dinars sur les sept premiers mois de 2026, soit une progression d’environ 12 % sur un an. Un rythme qui s’inscrit dans la continuité de 2025, année où ces flux avaient bondi de 30 % par rapport à 2024, et plus largement d’une tendance haussière ininterrompue depuis 2020, avec des taux de croissance annuels compris entre 12 % et 30 %, selon lui. La TIA revendique deux objectifs pour la suite : quatre milliards de dinars d’ici la fin de l’année 2026, et six milliards à l’horizon 2027-2028.

La France, premier investisseur et premier client

Parmi les pays contributeurs, la France se distingue nettement. Philippe Garcia, directeur de la zone Afrique du Nord à Business France, avance qu’elle a pesé pour environ un tiers des investissements directs étrangers entrés en Tunisie en 2025, entre 245 et 260 millions d’euros, ce qui la place au rang de premier investisseur étranger du pays. Le tissu économique français y compte aujourd’hui environ 1 700 entreprises, employant pour l’essentiel une main-d’œuvre qualifiée. Sur les échanges commerciaux, le classement s’inverse partiellement : la France n’est que le troisième fournisseur de la Tunisie, derrière la Chine, mais elle demeure son premier client, absorbant 23 % de ses exportations.

Ce sont là, pour Philippe Garcia, les signes d’une relation qui a rompu avec les logiques d’il y a quinze ou vingt ans. Il balaie la notion de délocalisation, un ancien “épouvantail”, dit-il, au profit de celle de “souveraineté économique industrielle partagée”, une approche qu’il veut partenariale, ancrée dans la proximité géographique, culturelle et historique entre les deux pays. Des discussions seraient en cours avec les autorités tunisiennes autour de projets industriels binationaux, dans des secteurs comme la santé ou l’agroalimentaire, sur le modèle de grands groupes existant ailleurs en Europe ; il prend soin de préciser qu’il s’agit d’une piste de travail, pas d’une décision arrêtée. En guise d’illustration, il cite l’inauguration récente d’un deuxième site tunisien par la PME française Eurostat Industrie, spécialisée dans des équipements à forte valeur ajoutée pour l’aéronautique et l’automobile. Une dynamique qu’il relie également à un enjeu de compétitivité face à la concurrence asiatique, pour des entreprises françaises et européennes soutenues par des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, la Tunisie participant, selon sa formule, de la souveraineté économique française, et réciproquement.

Aéronautique et automobile en première ligne

C’est dans l’aéronautique et l’automobile que cette montée en gamme industrielle s’illustre le plus nettement, selon Jalel Tebib. Airbus y opère un site pilote qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans son réseau, aux côtés d’activités de fabrication de pièces d’appareils du constructeur et de maintenance de moteurs destinés à l’aviation d’affaires. Le secteur automobile n’est pas en reste : un grand équipementier américain coté en bourse y concentre environ 20 % de sa production mondiale de tableaux de bord, et un centre français de recherche et développement y emploie plus de 200 ingénieurs.

Ces performances sectorielles reposent, selon Philippe Garcia, sur des atouts humains bien identifiés : la qualité et la mobilité de la main-d’œuvre, sa flexibilité, l’enthousiasme des équipes. Des critères qu’il juge plus parlants, pour évaluer le climat des affaires, que la seule lecture de rapports internationaux, le terrain et l’évolution concrète des entreprises françaises déjà installées restant, à ses yeux, la meilleure jauge.

Jalel Tebib complète ce tableau par des arguments plus structurels : simplicité des démarches d’implantation, infrastructures de télécommunications aux normes internationales sur tout le territoire, disponibilité de zones industrielles et de parcs d’excellence. Mais le facteur qu’il place au-dessus des autres reste celui des compétences humaines, résultat direct des investissements consentis dans l’éducation et l’enseignement supérieur. Il rappelle enfin que la Tunisie, pays francophone, dispose aussi d’entreprises en mesure de travailler en italien, en allemand ou en espagnol.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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