Les pays en développement, toujours à ressources limitées, ont besoin, en urgence, d’une nouvelle architecture financière internationale équitable et mieux ciblée, pour pouvoir prétendre à un développement global, durable et résilient. Il est vrai, en effet, que les pratiques de financement actuelles semblent déséquilibrées et, surtout, incapables de servir les priorités et la prospérité de ces pays. L’adoption d’une nouvelle mentalité juste et responsable est, donc, une priorité stratégique.
La Presse — Les changements climatiques, de plus en plus profonds et lourds de conséquences, ont fini par remettre en cause toutes les politiques aussi bien économiques, sociales qu’environnementales.
Nouveaux modes de gouvernance
Une remise en cause qui a imposé, elle-même, la multiplication des scénarios de riposte, l’adoption d’une discipline comportementale assez rigoureuse, et l’identification de nouveaux modes de gouvernance. Et c’est surtout le volet financier qui retient, presque, toute l’attention.
Il est vrai, en effet, que les enjeux de la neutralité carbone, les exigences d’une rupture progressive des énergies fossiles, la réinvention industrielle et l’élargissement du niveau de l’économie verte sont des transitions complexes et surtout très coûteuses, notamment pour les pays en développement, c’est-à-dire à ressources limitées, qui devraient composer, comme l’affirment les analystes, « avec un fardeau financier très lourd et disproportionné, alors qu’ils sont souvent les moins responsables des émissions mondiales de gaz à effet de serre ».
Ce qui complique encore plus la situation, c’est que les pays à ressources limitées sont appelés, en plus du financement des programmes d’adaptation aux changements climatiques, à répondre aux exigences de leur politique de développement socioéconomique locale et dont le coût est, généralement, très coûteux. Une équation très sensible qui place ces pays sous forte pression, surtout avec la complexité de l’accès au financement international et ses conditions largement contraignantes pour cette catégorie de pays. On pense, notamment, à des taux d’intérêts déséquilibrés et injustes, au clientélisme, à la disproportionnalité des financements et autres pratiques douteuses.
Des politiques qui désolent et qui ont fini par forcer certaines voix, consciencieuses, certainement, à appeler à la nécessité de procéder, rapidement, à l’élaboration d’une nouvelle architecture financière internationale capable de rééquilibrer la tendance, ce qui suppose une restructuration profonde des règles de la gouvernance économique mondiale.
Tenir compte du leadership africain
Un chantier délicat qui nécessite, comme l’espèrent certains observateurs, un rééquilibrage du pouvoir de décision au sein des principales instances financières internationales, à travers une meilleure implication des responsables des pays en développement, surtout du « Sud Global ». Il faut dire que la déflagration géopolitique de la communauté internationale a accentué, comme le retient Focus 2030, dans un récent rapport « la défiance de ces pays qui se sentent ni représentés ni soutenus ».
Une défiance qui justifie les appels de plus en plus insistants pour l’élaboration d’un nouveau pacte financier, « sous forme d’une réforme en profondeur des manières de faire, de penser et de financer les politiques de développement international ».
Il s’agit, de toue évidence, comme le rappelle Focus 2030, de « l’adoption d’une nouvelle mentalité capable de créer un choc de concessionnalité et de solidarité internationale ».
On se rappelle, d’ailleurs, que lors de l’ouverture, en avril 2026, du forum sur le financement du développement, le Secrétaire général de l’ONU a qualifié la réinvention financière d’urgente et nécessaire, car les objectifs de développement durable (ODD) fixés pour 2030 semblent difficiles à atteindre. Et cela explique, en effet, un déficit de plus de 4.000 pour les ODD.
Il faut donc réagir vite, car seule une nouvelle mentalité de financement serait en mesure d’inverser la tendance.
À ce stade, l’on pourrait dire, comme le reconnaît le responsable onusien, que l’Afrique est un acteur prioritaire pour la garantie de cette reconversion stratégique.
Justement, affirme-t-il, c’est le « leadership africain qui a contribué à garantir l’engagement de Séville, afin d’accroître la capacité de prêt des banques multilatérales de développement, de mobiliser des capitaux privés à grande échelle et d’alléger le fardeau de la dette qui écrase les économies en développement ».
C’est également le leadership africain qui, à travers la BAD, a fait avancer une « vision audacieuse pour réformer, de l’intérieur, l’architecture financière du continent pour servir les priorités et la prospérité de l’Afrique ».



