L’Association tunisienne d’Alzheimer prône le dépistage par biomarqueurs et dévoile les signaux pour prévenir la maladie
En guise de célébration de la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, la présidente de l’Association tunisienne de lutte contre la maladie d’Alzheimer, Leila Alouane, a confirmé que l’association a choisi de mettre l’évènement au cœur de ses activités tout au long du mois de septembre.
Et ce, à travers un programme axé sur l’innovation, la prévention et l’accompagnement. L’objectif de cette décision, indique-t-elle d’emblée, est de faire connaître les dernières nouveautés scientifiques et médicales liées à la maladie et d’aider les patients et leurs familles à y faire face.
Alouane a expliqué pour l’occasion, que le concept d’innovation dans le domaine d’Alzheimer comprend les développements enregistrés en matière de diagnostic précoce, signalant que le progrès scientifique a permis la mise en place de biomarqueurs grâce auxquels il est possible, dans certains cas, d’estimer la probabilité de contracter la maladie avant même l’apparition manifeste de ses symptômes. Elle a également indiqué l’existence de recherches et d’expériences récentes qui s’appuient sur des analyses biologiques. Elle a noté des analyses de sang à même de dépister des marqueurs susceptibles d’aider les spécialistes à identifier les personnes les plus exposées au risque d’Alzheimer parmi ces expériences.
Dr Alouane a, en contrepartie, souligné que ces examens ne signifient pas la nécessité d’y soumettre l’ensemble des citoyens, afin que la question ne se transforme pas en source de panique. Elle a bien précisé que ces méthodes sont plutôt être utiles pour les personnes présentant déjà des facteurs de risque ou une probabilité élevée d’être atteintes par la maladie. Elle a affirmé dans ce sens que le diagnostic et l’intervention précoces peuvent, en effet, offrir de meilleures opportunités pour la prise en charge du patient, que ce soit sur le plan médical ou non médical, ce qui contribue à améliorer sa qualité de vie et à réduire autant que possible les répercussions de la maladie.
La présidente de l’Association Alzheimer Tunisie a par ailleurs abordé les développements enregistrés dans le domaine du traitement, signalant l’apparition de nouvelles thérapies, dont les traitements fondés sur l’immunité (immunothérapies). « L’immunothérapie peut ouvrir de nouveaux horizons devant les patients et leurs familles », dit-elle. Et d’ajouter que « la question de la disponibilité de ces traitements en Tunisie relève de la compétence des médecins et des spécialistes qui peuvent fournir les données précises sur la possibilité de leur utilisation et de leur disponibilité ».
Corrélation entre les problèmes auditifs et visuels d’un côté et la maladie d’Alzheimer de l’autre
Leila Alouane a, en outre, insisté sur l’importance de la prévention dans le processus de lutte contre la maladie. Considérant qu’il existe bien des facteurs liés au risque de contracter Alzheimer sur lesquels on peut intervenir dès un stade précoce, elle recommande la prévention. Dans ce contexte, la spécialiste a attiré l’attention sur la relation entre les problèmes d’audition et le risque d’atteinte par Alzheimer, confirmant que le fait de négliger les troubles auditifs et de ne pas les traiter à temps pourrait avoir un impact sur la santé cognitive. Elle a également indiqué l’existence d’une relation entre les problèmes de vue et les facteurs de risque liés à la maladie. Elle a indiqué dans cet ordre d’idées que la culture sanitaire en Tunisie rend la personne bien plus soucieuse de traiter les problèmes de vue, alors que les troubles de l’audition sont souvent minimisés ou considérés comme une chose normale, appelant à accorder aux problèmes auditifs davantage d’attention et à consulter le médecin dès leur apparition.
Elle a expliqué par ailleurs, que les études scientifiques ont déterminé un certain nombre de facteurs de risque liés à Alzheimer, ce qui fait de la prévention et de l’intervention sur ces facteurs, dès un stade précoce, l’une des questions importantes pour réduire les probabilités d’atteinte. Le programme de l’association comprend aussi l’examen de la relation entre la nutrition et la maladie, ainsi que d’autres facteurs liés au mode de vie et à l’avancement en âge, et ce, dans le but de fournir des informations simplifiées aux familles sur ce qui peut être fait pour réduire les facteurs de risque.
Difficultés dans la prise en charge
Alouane a par ailleurs abordé la réalité de la prise en charge des patients d’Alzheimer en Tunisie. Elle a signalé de nombreuses difficultés pouvant affecter la prise en charge, notamment la limitation des centres d’accueil spécialisés et le coût élevé des services privés. Elle a expliqué à ce titre que certains établissements d’accueil des personnes âgées relevant de l’État reçoivent certes des personnes souffrant d’Alzheimer, mais le problème réside plutôt dans la spécificité de la prise en charge de ces patients qui nécessite une formation et une expérience dans la gestion de la maladie. Elle a affirmé dans ce sens que le nombre de spécialistes dans l’accompagnement des patients d’Alzheimer demeure limité. Elle a ajouté que le recours à une personne spécialisée pour accompagner le patient à l’intérieur de la maison représente un fardeau financier pour de nombreuses familles compte tenu du coût élevé de ces services. « La culture tunisienne et familiale pousse, dans la plupart des cas, à préférer le maintien du patient à l’intérieur du domicile », note-t-elle tout en considérant que ce choix peut être approprié à condition de fournir l’aide nécessaire à la famille et de former les personnes qui assument la prise en charge du patient.
Soutien psychologique et nutrition adaptée
Il est à noter que dans le cadre du programme de commémoration de la Journée mondiale d’Alzheimer, l’Association organise un atelier destiné aux familles des patients, encadré par une psychologue spécialisée pour les personnes âgées dans le but de les aider à comprendre les pressions psychologiques et le stress qui peuvent accompagner le processus de prise en charge d’un patient d’Alzheimer, et de leur présenter des méthodes pour y faire face. Le programme comprend également un volet lié à la nutrition, où des spécialistes présentent des recettes adaptées aux régimes alimentaires suggérés dans le cadre de la prévention des facteurs de risque liés à l’Alzheimer.
A ce titre, Leila Alouane a affirmé que l’Association cherche, à travers ce programme, à faire de la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer un processus continu qui ne se limite pas à une seule journée, mais qui s’étend sur tout le mois pour pouvoir aborder la maladie sous ses différents aspects médicaux, psychologiques et sociaux, et renforcer la conscience des familles quant à l’importance de la prévention, du diagnostic précoce et de l’accompagnement continu du patient.



