Des publications relayées ces dernières heures sur les réseaux sociaux font état de cumuls de pluie pouvant atteindre 300 à 500 mm dans plusieurs régions de l’Est tunisien, notamment à Sfax, Sousse et Mahdia. Ces chiffres, attribués au modèle américain de prévision météorologique, ont suscité des inquiétudes parmi les citoyens.
Or, ces projections ne constituent pas une alerte météorologique officielle. La carte de vigilance de l’Institut national de la météorologie (INM), mise à jour le 26 septembre à 6h51 et valable jusqu’au 27 septembre à 7h00, indique actuellement “pas de vigilance particulière”, tout en signalant la présence de cellules orageuses locales accompagnées de pluies.
L’INM rappelle que sa carte de vigilance est destinée à informer la population et les autorités des phénomènes météorologiques dangereux susceptibles de se produire dans les prochaines 24 heures. Elle est actualisée au moins deux fois par jour et distingue quatre niveaux de vigilance, du vert au rouge.
500 mm : un chiffre à replacer dans son contexte
La principale difficulté avec les cartes de modèles météorologiques réside dans leur interprétation. Le Global Forecast System (GFS), développé par le National Centers for Environmental Prediction (NCEP) de la NOAA, est effectivement un modèle mondial de prévision numérique. Il produit des prévisions jusqu’à 16 jours à l’avance, avec des sorties horaires durant les premières 120 heures, puis toutes les trois heures au-delà.
Un cumul affiché sur une carte de prévision ne doit donc pas être automatiquement interprété comme une quantité de pluie susceptible de tomber en quelques heures. La période couverte par la carte, l’échéance de la prévision et la localisation exacte du cumul sont déterminantes.
De manière générale, plus l’échéance est éloignée, plus l’incertitude augmente. Le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) utilise à cet effet un système d’ensembles comprenant plusieurs scénarios afin d’évaluer la gamme des évolutions possibles jusqu’à 15 jours. L’organisme souligne que l’écart entre les différents scénarios constitue notamment un indicateur de l’incertitude de la prévision.
Autrement dit, une valeur importante apparaissant à longue échéance sur une carte de modèle ne peut pas être assimilée, à elle seule, à une prévision certaine d’un épisode exceptionnel.
Une situation pluvieuse, mais pas de “déluge” annoncé par l’INM
Cela ne signifie pas pour autant que la situation météorologique soit totalement anodine. Pour ce samedi 26 septembre, l’INM prévoit un temps nuageux sur la plupart des régions, avec des pluies éparses concernant le Nord, le Centre et le Sud, tandis que les vents seront relativement forts près des côtes. Les températures sont également orientées à la baisse.
Les dernières semaines ont d’ailleurs été marquées par plusieurs épisodes pluvieux significatifs. Le bulletin pluviométrique de l’INM publié le 20 septembre faisait état de précipitations dans 16 gouvernorats, avec notamment 62 mm enregistrés à Ramla, dans le gouvernorat de Sfax, au cours des 24 heures précédentes. À Mahdia, les cumuls avaient atteint 24 mm à Hbira, 20 mm à Ksour Essef et 18 mm à Chebba. À Sousse, les quantités étaient beaucoup plus faibles.
Quelques jours auparavant, le climatologue Ameur Bahba avait également signalé des précipitations dépassant 50 mm en une à deux heures dans certaines zones, notamment 53 mm à El Chawachine et 50 mm à Boumerdès, dans le gouvernorat de Mahdia. Il anticipait alors la poursuite de l’activité pluvieuse jusqu’à la fin du mois de septembre.
Entre vigilance et prudence face aux cartes diffusées en ligne
Ces données montrent que la vigilance reste nécessaire face aux épisodes orageux et aux précipitations localement importantes, en particulier dans les zones exposées au ruissellement. Mais elles ne permettent pas de confirmer le scénario d’un épisode généralisé avec 300 à 500 mm de pluie sur les régions citées.
La différence est importante : une carte de modèle numérique représente un scénario météorologique possible à une échéance donnée ; une alerte officielle repose, elle, sur l’analyse actualisée de plusieurs données et sur l’évaluation du risque à court terme.
À ce stade, la référence pour la population tunisienne reste donc la vigilance météorologique publiée par l’INM, qui ne signale pas de vigilance particulière dans sa mise à jour du 26 septembre au matin.
Les prévisions pouvant évoluer rapidement, notamment lors des situations orageuses, il demeure recommandé de suivre les prochaines mises à jour de l’INM plutôt que de tirer des conclusions à partir d’une seule carte ou d’une publication relayée sur les réseaux sociaux.



