8e Congrès national de la stom – Dr Olfa Ben Amor, vice-présidente de la société tunisienne d’oncologie médicale, à La Presse : « Notre objectif, standardiser la prise en charge du cancer »

Intelligence artificielle, thérapies ciblées, dépistage précoce : le cancer en Tunisie change de visage, et la médecine tunisienne s’organise pour y faire face. En marge du 8e Congrès national de la Société tunisienne d’oncologie médicale (Stom), qui réunit à Hammamet, du vendredi au dimanche, oncologues, chirurgiens et radiothérapeutes autour du thème «Ensemble, innovons pour mieux traiter», Dr Olfa Ben Amor, vice-présidente de la Stom, a bien voulu répondre à nos questions. Elle y décrypte les grandes ambitions de ce congrès, dresse un état des lieux de l’épidémiologie du cancer dans le pays, évoque l’entrée de l’intelligence artificielle dans les hôpitaux tunisiens, l’accès aux innovations thérapeutiques, et les priorités d’une future stratégie nationale de cancérologie.
Hammamet accueille le 8e Congrès de la Stom sous le thème «Innover pour un meilleur traitement». Quelles sont les grandes ambitions de cette édition et en quoi s’inscrit-elle directement dans les missions fondamentales de l’association ?
Le 8e Congrès de la Stom essaye de mettre l’innovation au service d’une oncologie plus précise, plus personnalisée et plus accessible au patient tunisien.
Cette édition sera l’occasion de partager les avancées diagnostiques et thérapeutiques.
Elle renforce également la formation médicale continue, la recherche et les échanges multidisciplinaires.
Elle s’inscrit ainsi pleinement dans les missions fondamentales de la Stom : améliorer les pratiques et contribuer à une meilleure qualité des soins en cancérologie.
Que nous disent les données et statistiques récentes sur l’évolution du cancer en Tunisie? Assiste-t-on à une augmentation préoccupante de certains types de tumeurs ou à un changement du profil des patients ?
Le profil évolue vers une augmentation des cancers associés au vieillissement, au surpoids et aux modes de vie, tout en conservant le poids important des cancers liés au tabagisme. Ces tendances renforcent l’urgence de la prévention, du dépistage et du diagnostic précoce.
L’intelligence artificielle, la pathologie numérique et la médecine de précision sont au cœur de vos ateliers. Concrètement, où en est la Tunisie dans l’intégration réelle de ces technologies au sein de nos hôpitaux, au-delà de la théorie ?
L’intelligence artificielle et la médecine de précision ne sont plus de simples concepts, mais leur déploiement reste encore progressif. Le ministère de tutelle travaille notamment à renforcer le dossier médical informatisé, l’interopérabilité et les infrastructures numériques hospitalières.
L’immunothérapie et les thérapies ciblées redéfinissent la prise en charge des cancers. Ces innovations majeures sont-elles aujourd’hui réellement accessibles à l’ensemble des patients tunisiens, notamment en termes de coût et de prise en charge financière ?
Les innovations thérapeutiques sont aujourd’hui disponibles en Tunisie pour les patients.
Il y a quelques produits qui sont en cours d’obtention de l’autorisation de mise sur le marché et le remboursement.Toutefois, notre objectif est de traiter tous les patients selon les recommandations internationales et nationales et standardiser les prises en charge.
Un atelier spécifique est consacré à la méthodologie et à la rédaction scientifique. Quel rôle la Stom souhaite-t-elle jouer pour stimuler la recherche médicale nationale et former les jeunes médecins à la publication ?
La Stom souhaite faire de la recherche clinique un véritable levier d’amélioration de la pratique oncologique en Tunisie, et pas seulement une activité académique.L’objectif de cet atelier est de donner aux jeunes oncologues les outils concrets pour construire une question de recherche, analyser les données, rédiger un article et le publier dans une revue scientifique.
Pour conclure, au-delà de cet échange entre spécialistes, quel impact concret ce congrès aura-t-il sur la structuration de la cancérologie nationale et la stratégie de santé publique en Tunisie ?
Au-delà des échanges scientifiques, ce congrès doit contribuer à harmoniser les pratiques et à renforcer la qualité des soins oncologiques en Tunisie.
Il permet aussi d’identifier les priorités nationales : prévention, dépistage, accès à l’innovation, soins de support et recherche clinique.
La Stom souhaite ainsi participer, aux côtés des autorités sanitaires et de l’ensemble des acteurs, à une stratégie nationale de cancérologie fondée sur les données et adaptée à nos réalités.
L’objectif final reste simple : réduire les inégalités d’accès et améliorer les résultats et la qualité de vie des patients tunisiens.


