Économie africaine : Pour une croissance créatrice d’emplois
La croissance africaine résiste aux turbulences internationales, mais cette dynamique reste confrontée à un enjeu majeur : transformer la progression du PIB en emplois, en gains de productivité et en activités à plus forte valeur ajoutée. Pour la Banque africaine de développement (BAD), la pression démographique impose désormais d’accélérer la transformation des économies du continent. Un constat qui résonne aussi avec les défis auxquels fait face la Tunisie.
La Presse — L’économie africaine continue d’afficher une certaine résistance dans un environnement international marqué par le ralentissement de l’activité mondiale, le durcissement des conditions de financement et la multiplication des chocs climatiques. Mais derrière cette capacité à maintenir la croissance se dessine une question de fond : cette progression permet-elle réellement d’améliorer la capacité productive des économies et de créer suffisamment d’emplois ?
C’est l’un des principaux enjeux mis en avant par l’« African Economic Outlook » de la Banque africaine de développement. Les performances restent certes différentes d’une région à l’autre. L’Afrique de l’Est conserve une position de moteur de la croissance continentale, tandis que plusieurs économies ouest-africaines affichent également des rythmes soutenus.
L’Afrique australe présente, pour sa part, une évolution plus contrastée, alors que les pays fortement dépendants des matières premières demeurent exposés aux fluctuations des marchés internationaux. Mais au-delà des taux de croissance, le rapport met en évidence un décalage préoccupant entre l’évolution de l’activité et celle de l’emploi formel.
Le continent doit chaque année intégrer un nombre croissant de jeunes sur le marché du travail. Cette évolution démographique peut constituer un avantage économique majeur à condition que les économies soient capables de créer des activités productives en nombre suffisant.
Transformer les ressources
Or, une part importante des emplois demeure concentrée dans l’informel, avec des niveaux de productivité et de protection sociale généralement limités. La question de l’emploi des jeunes devient ainsi un révélateur de la qualité de la croissance. Pour transformer la dynamique démographique en véritable levier de développement, il ne suffit pas d’avoir davantage d’actifs : encore faut-il disposer d’entreprises capables de les employer, de compétences adaptées aux besoins du marché et de financements permettant aux activités de se développer.
La faiblesse de la transformation industrielle constitue un autre frein.
Dans plusieurs économies africaines, les exportations restent largement dominées par les hydrocarbures, les minerais ou les produits agricoles. Ces ressources génèrent des revenus, mais leur transformation locale demeure insuffisante pour créer davantage de valeur, d’emplois qualifiés et de chaînes de production intégrées.
Cette problématique présente un intérêt particulier pour les économies qui cherchent à renforcer leur compétitivité et à diversifier leurs exportations. La transformation locale des matières premières peut, en effet, permettre de réduire la dépendance aux cycles internationaux des cours et de développer des activités industrielles plus créatrices de valeur.
La Banque africaine de développement insiste également sur le rôle des infrastructures. Routes, ports, réseaux électriques, chemins de fer et infrastructures numériques conditionnent directement les coûts supportés par les entreprises et, par conséquent, leur capacité à investir et à recruter.
L’accès à une énergie fiable apparaît notamment comme une condition importante de l’industrialisation. Le financement constitue un autre obstacle. Le coût élevé du crédit limite l’investissement privé, alors que les finances publiques sont contraintes dans plusieurs pays. Dans ce contexte, l’amélioration de la mobilisation des recettes fiscales apparaît comme un moyen de dégager des ressources pour financer les infrastructures, la formation et les services publics, sans accentuer excessivement le recours à l’endettement.
Le dividende démographique n’est pas automatique
L’un des enseignements du rapport est que la jeunesse africaine ne constitue pas, à elle seule, une garantie de croissance.
Le dividende démographique dépend de la capacité des économies à offrir des emplois productifs, à améliorer l’éducation et la formation, à faciliter l’accès au financement et à accroître la productivité des entreprises.
Pour la Tunisie comme pour les autres économies africaines, l’enjeu dépasse donc la seule progression du PIB. La question centrale devient celle de la transformation de la croissance en richesse durable, en emplois et en capacités productives.
L’accélération de l’industrialisation, le développement des chaînes de valeur régionales et l’amélioration de l’environnement des entreprises apparaissent, dans cette perspective, comme des conditions essentielles pour mieux répondre à la pression démographique et renforcer la résilience économique.



