Malgré tout ce que les autorités ne cessent de nous rappeler, malgré les milliers d’opérations de contrôle ainsi que les sanctions et autres mesures de lutte contre les spéculateurs et les pratiques commerciales malhonnêtes, le consommateur tunisien ne constate aucune amélioration notable du contexte économique.Les prix de tous les produits suivent leur irrésistible ascension. Quels qu’ils soient, tous les produits (alimentaires ou non) subissent des hausses que d’aucuns jugent vertigineuses.
La Presse — Lutte contre ces hausses ou pas lutte, sanctions ou pas sanctions, rien ne semble arrêter cette inexorable ascension.
C’est à se demander où se situe la faille dans le système si faille il y a.
Question légitime s’il en est et qui mérite bien quelques éclaircissements.
Dérive mafieuse ?
Pour celui qui suit de près l’évolution des marchés peut comprendre, facilement, qu’il y a bien un dysfonctionnement quelque part. Il n’y a rien de logique qui puisse justifier une telle envolée des prix et qui plus est sur tous les produits. Une seule explication vient à l’esprit : le marché est en train de subir une dérive mafieuse. C’est le cas de le dire. Tous les signes sont là pour le souligner. Cette dérive a commencé à se préciser dès 2011 et s’est confirmée dès 2015-2016. Aujourd’hui, c’est une réalité bien installée avec laquelle le consommateur doit composer. Chaque jour, l’étau se resserre autour de lui sans qu’il trouve le moyen d’y faire face.
Comment le pourrait-il alors que les autorités elles-mêmes sont restées inopérantes pour ne pas dire impuissantes ?
L’une des techniques les plus usitées par les spéculateurs consiste, d’abord, à créer des pénuries sur tel ou tel produit pour, ensuite, le réinjecter sur le marché avec des tarifs plus élevés. Le dernier stratagème en date a été testé sur l’eau en bouteille.
Beaucoup de commerçants ont profité de la manne pour se remplir les poches.
Ces gens (conscients ou pas que ce qu’ils font est illégal et illicite) ont agi au vu et au su de tout le monde.
Il est vrai qu’il ne s’agit là que d’un fait inédit mais il a mis à nu le système de prédilection des profiteurs.
Mais ne croyons pas que ce genre d’individus agit dans l’ombre. Loin de là. Ils vivent parmi nous. On les côtoie. On les connaît, même.
C’est l’épicier du quartier qui n’hésite pas à vendre les produits subventionnés plus cher. C’est, aussi, ce qu’on appelle le “hammas” du coin qui quintuple ou sextuple les prix (rappelons le prix des bougies auxquelles beaucoup d’entre nous ont eu recours lors des coupures de l’électricité).
Le marchand de légumes ou de fruits, lui non plus, n’est pas à exempter.
Fruits: montée des prix en flèche
Pour tout dire, cette catégorie de sangsues humaines est en train de proliférer chez nous de façon très dangereuse.
Elle investit (ou mieux encore : elle infeste) tous les secteurs et pollue le “climat” économique.
Comme la gangrène, ces profiteurs ont attaqué le système et ne sont pas près de desserrer l’étreinte.
Une simple rétrospective nous permet de mesurer l’étendue des dégâts qu’ils ont causés à notre économie depuis au moins une bonne quinzaine d’années.
Selon des chiffres de l’Ins (Institut national de la statistique), les prix des fruits (pour ne prendre que cet exemple) augmentent de plus de 10 % chaque année. En juillet 2016, la hausse a été de 11.1 % par rapport à juillet 2015. Elle a été de 13.8 % en juillet 2026 par rapport à juillet 2025.
À ce rythme, on peut considérer que durant cette décennie les prix auraient augmenté d’environ 110 à 130 % en moyenne. Or, ce que l’on constate, en vérité, est plus important.
Rien que pour les fruits, toujours, ces augmentations sont montées en flèche. Il suffit de revenir quelques années avant 2011 pour voir que des fruits, comme les figues, ne dépassaient pas 1 D 200 ou 1 D 400 le kg. Quant aux poires, elles étaient vendues autour de 700 millimes ou un peu plus dans les années 2000. Aujourd’hui, le prix de ces deux fruits atteint des sommets. Une poire pesée dans une grande surface coûte 1 D 700 ! Si pour les poires on peut comprendre, il n’y a aucune raison qui justifie la cherté des figues. C’est un fruit qui ne nécessite pas de soins particuliers et qui n’entraîne pas de grandes dépenses pour celui qui le cultive. Il n’y a qu’une seule explication à ce phénomène : la cupidité des uns et l’avidité insatiable des autres.
Certes, les poires ont subi la vague dévastatrice de la maladie du feu bactérien introduite chez nous à partir d’un pays voisin. Ce fléau perdure depuis son apparition à la suite des évènements de 2011. À mettre sur le compte du relâchement et de la gabegie qui ont suivi cette période. C’est une épidémie sans précédent mais qui ne peut pas justifier les hausses vertigineuses auxquelles on assiste aujourd’hui. La culture de ce fruit est en train de reprendre et il faut que la raison l’emporte sur l’appât du gain facile.
Pour ce faire, il y a une urgence. C’est celle qui consiste à faire respecter la loi. Par la force de la loi.
Les produits subventionnés aussi
Jusqu’à présent, toutes les tentatives officielles n’ont pas permis de freiner le phénomène de la spéculation et de l’exploitation des consommateurs par les marchands et autres escrocs.
En fait, il n’y a pas que les prix des fruits dont le consommateur doit se plaindre.
Tout le secteur du commerce est concerné par la flambée des prix. Chacun y va de sa façon pour justifier la chose y compris des officiels et des responsables des produits incriminés. Des justifications qui ne trompent personne.
Car on ne peut pas justifier les augmentations inconsidérées faites par les commerces de proximité sur des produits subventionnés comme la farine, les pâtes, le sucre en poudre, etc.
Sur ce point, on peut affirmer sans le moindre risque de se tromper que tous les commerçants des quartiers se livrent à ces pratiques sans la moindre gêne.
Comprenne qui voudra !
Compte tenu de cette impasse, on est en droit de se demander s’il est possible de s’en sortir ou si le consommateur tunisien est condamné à se plier à la dictature des spéculateurs et des hors-la-loi.
À vrai dire, force est de se rendre à l’évidence que les efforts des autorités officielles resteront, toujours, incomplètes s’ils ne sont pas épaulés par l’arsenal juridique adéquat (c’est-à-dire réactualisé et doté de tous les moyens).
Le côté ressources humaines, lui aussi, est à privilégier. Sans, toutefois, négliger l’apport précieux des citoyens. Pour ces derniers, il est impératif de mettre sur pied un outil efficace et moderne pour soutenir la lutte contre les pratiques commerciales illégales.
Le dispositif en question devrait garantir l’anonymat de celui qui signale un dysfonctionnement. Car les gens hésitent à prendre contact avec les autorités de peur d’être, eux-mêmes, pris dans des engrenages administratifs sans fin. Actuellement, des sites officiels proposent des rubriques pour que les citoyens envoient leurs réclamations.
Mais le formulaire exige tellement de données confidentielles qu’il devient rebutant. Quant aux numéros “verts”, ils sont à mettre aux oubliettes. Soit parce qu’ils sont inactifs; soit parce que celui qui est au bout de la ligne ne donne aucune réponse probante.


