A la une Monde

L’arabe pèse moins de 1 % des données d’entraînement de l’IA : trois fossés freinent la région

  • 6 octobre 2026
  • 3 min de lecture
L’arabe pèse moins de 1 % des données d’entraînement de l’IA : trois fossés freinent la région

Dans son bulletin « Combler les fossés, saisir les opportunités : l’intelligence artificielle, les emplois et la croissance », la Banque mondiale identifie trois lacunes interdépendantes qui empêchent la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan de profiter pleinement de l’IA, et appelle à les combler simultanément.

La première est la localisation. L’arabe représente moins de 1 % des données d’entraînement des modèles de pointe, bien qu’il compte plus de 500 millions de locuteurs. Le persan et l’ourdou sont également très largement sous-représentés. Même les modèles les plus sophistiqués perdent en précision d’un dialecte arabe à l’autre, comparé à l’arabe standard moderne, alors que de nombreuses interactions avec les clients et les services publics se déroulent en dialecte.

À Gaza et en Cisjordanie, la plateforme de placement JobMatch.ps, initialement entraînée sur des données du marché du travail européen, a connu peu de réussite, faute de refléter les réalités locales.

La deuxième est l’utilisation. En Jordanie, 96 % des entreprises qui adoptent l’IA l’emploient pour générer des images, des vidéos, de la parole, de l’audio ou du texte, mais moins de 5 % l’intègrent dans leurs processus de production ou leurs systèmes de prise de décision.

La troisième est le capital de base. Les talents en IA sont de plus en plus nombreux mais concentrés dans les économies du Golfe, et beaucoup quittent les pays à revenu intermédiaire pour les pays du Golfe et de l’OCDE. Les compétences cognitives plus larges restent faibles dans toute la région. Dans certaines économies à revenu intermédiaire et fragiles, une électricité fiable et le haut débit n’ont pas encore été assurés.

Le rapport pointe aussi un secteur privé mal préparé. Seulement 16 % des entreprises de la région ont introduit un nouveau produit ou service au cours des trois dernières années, contre 29 % dans les autres pays émergents et en développement. À peine 24 % ont investi dans le capital physique, et moins d’une sur cinq offre une formation formelle à ses travailleurs, contre 37 % et 30 % respectivement dans les pays émergents et en développement hors de la région. Les entreprises publiques, qui représentent environ 20 à 50 % de la valeur ajoutée régionale, étouffent la concurrence.

Sur la réglementation, la Banque mondiale est catégorique : elle n’est pas un frein à la diffusion de l’IA, c’est son absence qui l’est. L’objectif n’est pas de réglementer plus, mais mieux, avec des cadres clairs et prévisibles.

Enfin, l’institution voit dans la collaboration régionale l’une des opportunités les plus importantes et les moins exploitées. Des capacités de calcul partagées, des ensembles de données linguistiques communs et des cadres de gouvernance coordonnés permettraient aux pays de bénéficier des capacités développées ailleurs dans la région

Auteur

S. M.

You cannot copy content of this page