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Le dollar à plus de 3 dinars : que signifie ce nouveau recul du dinar ?

  • 7 octobre 2026
  • 5 min de lecture
Le dollar à plus de 3 dinars : que signifie ce nouveau recul du dinar ?

Trois dinars pour un dollar. Le chiffre attire l’attention, mais c’est surtout ce qu’il raconte de l’économie tunisienne qui mérite d’être regardée de près. Le franchissement de ce seuil par le billet vert intervient dans un contexte où les besoins de la Tunisie en devises restent importants et où plusieurs facteurs, internes comme internationaux, continuent d’influencer le comportement du dinar.

Sur le marché interbancaire, le dollar a franchi la barre des 3 dinars le 6 octobre 2026, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis mai 2025, selon les données de la Banque centrale de Tunisie (BCT) rapportées par plusieurs sources spécialisées. La cotation du 5 octobre faisait déjà apparaître le dollar à 3,0062 dinars.

Ce mouvement ne traduit toutefois pas, à lui seul, un décrochage brutal du dinar. Il intervient après plusieurs mois d’évolution contrastée de la monnaie tunisienne face au billet vert. Les données citées montrent notamment que le dinar s’était apprécié en moyenne face au dollar durant le premier semestre 2026, avant de connaître une évolution moins favorable au cours des mois suivants.

Un mouvement à replacer dans le contexte économique

Pour l’économiste Ridha Chkandali, le passage du dollar au-dessus de 3 dinars ne peut être attribué à une seule cause. Il s’inscrit dans un ensemble de facteurs qui pèsent depuis plusieurs années sur l’équilibre extérieur de la Tunisie.

Le premier élément concerne les besoins en devises générés par les importations. Une partie importante des achats effectués à l’étranger, notamment dans les secteurs de l’énergie, des carburants, de certains produits alimentaires, des médicaments et des matières premières, est libellée en dollars ou dans d’autres monnaies étrangères.

Lorsque la demande de devises augmente, la pression sur le marché des changes peut se renforcer. Et lorsque cette demande intervient dans un contexte de déficit commercial, elle devient plus difficile à absorber, explique en substance l’économiste.

Le comportement du dinar dépend également de la capacité du pays à générer des ressources en devises. Tourisme, transferts des Tunisiens résidant à l’étranger, exportations et investissements étrangers constituent ainsi des sources essentielles permettant de répondre aux besoins de l’économie.

Les réserves en devises au cœur de l’équation

Un autre élément entre en jeu : le niveau des réserves en devises détenues par la Banque centrale.

Selon Ridha Chkandali, ces réserves sont alimentées notamment par les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens à l’étranger, mais elles sont également sollicitées pour financer les importations et honorer les échéances de la dette extérieure.

L’équation est donc relativement simple à comprendre : plus les besoins en devises augmentent, plus la pression sur les ressources disponibles est forte. Dans ce contexte, la capacité de la Tunisie à maintenir un flux régulier de devises demeure déterminante pour la stabilité du dinar.

Le dollar joue aussi sa propre partition

La situation du dinar ne peut cependant pas être analysée uniquement à travers les indicateurs tunisiens. Le dollar évolue lui-même en fonction de la conjoncture internationale et de la politique monétaire américaine.

Les décisions de la Réserve fédérale américaine, le niveau des taux d’intérêt aux États-Unis et l’attractivité des actifs libellés en dollars peuvent influencer la demande mondiale pour le billet vert. Lorsque le dollar se renforce à l’international, les monnaies des économies émergentes peuvent mécaniquement subir davantage de pression.

Ridha Chkandali met en outre en avant l’écart d’inflation entre la Tunisie et ses principaux partenaires économiques, qui constitue un autre facteur susceptible d’affecter progressivement la valeur réelle du dinar.

Pourquoi 3 dinars est-il un seuil important ?

Le chiffre de 3 dinars possède avant tout une forte dimension symbolique. Mais derrière ce seuil psychologique se trouvent des conséquences très concrètes pour les entreprises et, indirectement, pour les consommateurs.

Pour un importateur tunisien, un dollar plus cher signifie qu’il faut davantage de dinars pour régler une facture libellée dans cette monnaie. L’impact peut donc se faire sentir sur le coût de certains produits importés, particulièrement ceux dont les prix internationaux sont exprimés en dollars.

Ceci pour dire aussi que l’évolution du dollar peut avoir un effet sur le coût du service de la dette extérieure libellée en dollars. À l’inverse, les entreprises tunisiennes qui exportent et perçoivent leurs recettes en dollars peuvent bénéficier d’une conversion plus favorable en dinars.

L’effet n’est donc pas uniforme : tout dépend de l’exposition de chaque acteur aux devises étrangères, de la monnaie dans laquelle il facture ou règle ses opérations et de son degré de couverture contre le risque de change.

Une question qui dépasse le seul marché des changes

Pour Ridha Chkandali, la question fondamentale ne réside finalement pas dans le seul franchissement des 3 dinars. Le véritable enjeu est la capacité de l’économie tunisienne à renforcer ses propres sources de devises.

Cela passe, selon son analyse, par l’amélioration de la productivité et de la compétitivité, le développement des exportations, la réduction des déséquilibres commerciaux et une plus grande capacité à attirer les investissements directs étrangers.

Le seuil des 3 dinars est donc à regarder avec mesure. Il constitue un indicateur visible d’une évolution du marché des changes, mais il ne suffit pas, à lui seul, à résumer l’état de l’économie tunisienne.

Derrière ce chiffre rond, le véritable sujet reste celui de la capacité de la Tunisie à générer suffisamment de devises pour financer ses besoins extérieurs tout en préservant la stabilité de sa monnaie.

Auteur

R. I

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