Le maintien du taux directeur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) à 7 % pourrait être de courte durée. L’universitaire et expert économique Moëz Soussi estime que le Conseil d’administration de l’institution pourrait décider, lors d’une prochaine réunion, d’une augmentation de 50 points de base, portant le taux à 7,5 %, en raison des pressions inflationnistes et des risques pesant sur les équilibres économiques.
Dans une analyse des facteurs susceptibles d’influencer la politique monétaire, Moëz Soussi a qualifié d’inattendue la décision de maintenir le taux directeur à son niveau actuel. Il a indiqué qu’il anticipait plutôt une hausse d’au moins 50 points de base, compte tenu de l’évolution des prix de l’énergie sur les marchés internationaux, des orientations des grandes banques centrales et des pressions exercées sur le dinar tunisien.
Selon l’expert, la hausse des prix des hydrocarbures dans un contexte international incertain constitue un facteur de risque supplémentaire pour l’économie tunisienne. Elle est susceptible d’alourdir les coûts de production et d’accentuer les pressions inflationnistes.
Moëz Soussi a également évoqué les orientations monétaires des grandes économies, en citant des hausses de taux de 25 points de base attribuées à la Réserve fédérale américaine et à la Banque centrale européenne. Il estime que l’évolution des rendements des devises étrangères pourrait renforcer les pressions sur les flux de capitaux et sur le taux de change du dinar, tout en accentuant les effets de l’inflation importée.
Un prix du pétrole supérieur aux prévisions budgétaires
Sur le plan intérieur, l’expert a mis en avant l’écart entre les hypothèses retenues dans la loi de finances et l’évolution effective des prix du pétrole. Selon les chiffres qu’il avance, les prévisions budgétaires reposaient sur un prix de 63,3 dollars le baril, tandis que le cours moyen aurait atteint environ 94 dollars entre janvier et septembre.
Il a également souligné le ralentissement de la croissance économique, dont le taux est passé de 2,6 % au premier trimestre à 2,3 % au deuxième trimestre. Cette évolution, estime-t-il, pourrait contribuer à accentuer les tensions sur les prix si elle s’accompagne d’un ralentissement de la production.
L’évolution de l’inflation constitue un autre facteur de préoccupation. D’après les données citées par Moëz Soussi, le taux d’inflation en glissement annuel a atteint 5,6 % en septembre, contre 4,8 % au début de l’année. Il a également relevé une progression de l’inflation pour le deuxième mois consécutif en août et en septembre, une situation qui, selon lui, ne s’était plus produite depuis 2023.
La stabilité des prix au cœur des arbitrages monétaires
Pour Moëz Soussi, une éventuelle hausse du taux directeur s’inscrirait dans le cadre des missions de la politique monétaire, notamment la maîtrise de l’inflation, la préservation du pouvoir d’achat et la stabilité du dinar.
Une telle décision viserait également, selon son analyse, à limiter les risques de change et les répercussions de l’inflation importée sur les coûts de production, tout en contribuant à préserver la compétitivité de l’économie nationale.
Le maintien du taux directeur à 7 % ne devrait donc pas nécessairement se prolonger, estime l’économiste, qui anticipe une possible hausse de 50 points de base dans les prochains mois.
R.I



