Economie

Secteur agricole : Produire suffisamment, réduire la vulnérabilité

  • 10 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Secteur agricole : Produire suffisamment, réduire la vulnérabilité

En Tunisie, l’agriculture est redevenue une question centrale de politique économique. Elle ne concerne plus seulement les rendements, les récoltes ou les revenus des agriculteurs. Elle touche désormais à la sécurité alimentaire, à la facture des importations, à l’emploi rural et, surtout, à la capacité du pays à préserver ses ressources en eau dans un contexte climatique de plus en plus contraignant.

La Presse — La campagne céréalière 2025-2026 apporte néanmoins un élément de répit. Après un début de saison marqué par un déficit pluviométrique, l’amélioration des précipitations à partir de décembre 2025 a permis une amélioration des perspectives. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime la production céréalière tunisienne à environ 1,8 million de tonnes en 2026, soit près de 20 % au-dessus de la moyenne des cinq dernières années. Les besoins d’importation de blé devraient ainsi être inférieurs à leur moyenne récente, même si les importations continueront de représenter plus de la moitié de l’approvisionnement national.

Cette situation résume l’équation agricole tunisienne. Une bonne campagne peut réduire la pression sur les importations, mais elle ne suffit pas à supprimer une dépendance structurelle. La production céréalière reste fortement exposée aux précipitations, tandis que le pays doit continuer à importer une part importante de ses besoins.

Maîtriser les ressources hydriques

La question de l’eau constitue désormais l’autre face de cette équation. La Tunisie doit accroître sa production agricole tout en réduisant la pression exercée sur ses ressources hydriques. L’amélioration de l’irrigation, l’utilisation de variétés adaptées aux nouvelles conditions climatiques, la modernisation des techniques culturales et une meilleure valorisation de l’eau deviennent ainsi des impératifs économiques autant qu’agricoles. Pour la campagne 2026-2027, les autorités ont annoncé plusieurs mesures destinées à soutenir les producteurs, notamment le renforcement des stocks d’engrais, l’amélioration de l’accès aux semences certifiées et le développement des capacités de stockage. La stratégie agricole 2026-2030 met également l’accent sur la productivité, la résilience climatique, la gestion de l’eau et la modernisation des chaînes de valeur.

Mais la sécurité alimentaire ne saurait être réduite au seul dossier des céréales. Elle concerne l’ensemble du système alimentaire : élevage, fourrages, huile d’olive, fruits et légumes, produits laitiers et transformation agroalimentaire. Elle dépend aussi de la capacité à mieux organiser les filières, à améliorer le stockage et à réduire les pertes entre la production et la consommation.

Améliorer la résilience économique

Parallèlement, certaines productions démontrent que l’agriculture peut être un secteur exportateur. Au cours des sept premiers mois de 2026, la balance commerciale alimentaire a enregistré un excédent de 1,006 milliard de dinars, notamment grâce à la progression des exportations d’huile d’olive. Cette performance coexiste cependant avec une hausse des importations céréalières. Le défi tunisien est donc double : produire suffisamment pour réduire la vulnérabilité alimentaire et produire suffisamment de valeur pour renforcer les revenus agricoles et les recettes extérieures. C’est probablement dans cet équilibre que se joue l’avenir du secteur. La sécurité alimentaire ne signifie pas seulement produire davantage. Elle signifie produire mieux, avec moins d’eau, davantage de technologie et une meilleure valorisation de chaque hectare. Dans un pays où les contraintes climatiques deviennent structurelles, l’agriculture n’est plus seulement une activité économique parmi d’autres. Elle devient l’un des fondements de la résilience économique tunisienne.

Auteur

Mohamed Hedi ABDELLAOUI

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