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« Voix des femmes du monde » de Solak Balik aux JMC : Au carrefour des styles

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  • 10 octobre 2026
  • 5 min de lecture
« Voix des femmes du monde » de Solak Balik aux JMC : Au carrefour des styles

Le groupe français Solak Balik s’est produit au Théâtre des Régions, à la Cité de la culture de Tunis, lors de la soirée du 6 octobre. Cette prestation, inscrite dans le cadre des Journées musicales de Carthage, marque son premier concert en Tunisie. Au menu de son projet « Voix des femmes du monde », un tour d’horizon musical porté par des textes originaux, la voix au timbre puissant de Nadia Lombardo et l’énergie communicative de l’ensemble.

La Presse — Initialement fondé sous le nom de Swing Vandals, le groupe a évolué vers Solak Balik en 2024. Leurs albums et leurs concerts sont fréquemment qualifiés de projets de world funk. Les textes sont interprétés dans plusieurs langues, tandis que la musique puise dans des influences multiples.

Pour ce showcase présenté aux JMC, Nadia Lombardo s’est entourée de Luc Allières à la guitare, Riwan Pruvot au saxophone et au douclar, Evan Graine au clavier et Alexandre Sauvion à la batterie et aux percussions.

Le concert s’est ouvert sur un titre en langue turque, avant d’enchaîner avec des morceaux en français. Les compositions étaient un mélange de styles, de sonorités et d’influences musicales. On y retrouve de la musique occidentale contemporaine, des notes orientales, notamment turques, des sonorités balkaniques, de la musique tzigane, du flamenco ainsi que des airs de gnawa. Le tout se fondait avec subtilité et aisance au sein d’un même concert, voire d’une seule chanson.

Les transitions d’un univers musical à l’autre étaient si fluides qu’il devient difficile de rattacher les morceaux à un style précis. On se laissait simplement porter par les notes.

Quant aux textes, ils véhiculent des messages humanistes et racontent des histoires universelles autour de la résilience féminine. Parmi les titres marquants figure « Mama ». Nadia Lombardo a expliqué au public que le texte relate le récit d’une fille annonçant à sa mère son départ pour de nouvelles aventures. Elle sera guidée par la voix de ses ancêtres et  promet de revenir riche de nouvelles connaissances à partager. « Le vent a emporté tous mes rêves, je viendrai le cœur plein de refrains », raconte la chanson.

Le groupe a également interprété « Les larmes du soleil », un titre qui n’est pas encore sorti officiellement. La setlist comprenait aussi « L’épouse du désert », une chanson inspirée de l’ambiance de Marrakech, comme l’a souligné Nadia Lombardo, et dans laquelle les sonorités gnawa se sont particulièrement distinguées par leur dimension entraînante.

La complicité entre les membres du groupe et leur énergie scénique débordante ont rapidement conquis l’audience. Le public a notamment applaudi le guitariste lorsqu’il s’est mis à jouer de la darbouka, toujours avec sa guitare à la main. Le talent du saxophoniste était également à saluer, son instrument prenant le devant de la scène dans certains morceaux. Nadia Lombardo a par ailleurs impliqué les spectateurs dans le spectacle. Elle leur a d’abord demandé de l’accompagner au chant sur le titre « Si c’était à refaire », avant de les inviter à se lever pour danser. Certains ont même rejoint la scène pour danser avec les artistes à la fin du concert.

Le spectacle s’est achevé alors que le public aurait volontiers prolongé la soirée. Les showcases des JMC durent en effet moins d’une heure, ce qui fait que la musique s’arrête parfois alors que l’ambiance est à son comble. Cette durée limitée peut également être frustrante pour les artistes, dont beaucoup rencontrent le public tunisien pour la première fois et doivent montrer le meilleur de leur projet dans un temps très court.

Dans cette édition placée sous le signe du dialogue méditerranéen, la prestation de Solak Balik en est une parfaite illustration. Les JMC ont présenté « Voix des femmes du monde » comme une création française « multi-origines et contemporaine ». Le projet s’inscrit ainsi dans l’esprit du festival qui mise sur l’ouverture culturelle et la créativité.

Au-delà de la diversité des influences, le spectacle repose sur un véritable travail de métissage musical et sur la force de textes qui véhiculent des émotions et racontent des expériences féminines. L’ensemble donne l’impression d’un travail soigneusement pensé où les langues, les récits et les sonorités se rencontrent sans jamais donner le sentiment d’être juxtaposés.

On pourrait toutefois regretter la faible affluence, notamment au regard de celle enregistrée lors d’autres spectacles. Il est vrai que le groupe reste encore peu connu du grand public, avec un nombre de vues sur les plateformes qui se compte en quelques milliers. Ce constat rejoint toutefois, d’une certaine manière, l’esprit des JMC, qui misent aussi sur la découverte et la curiosité du public, au-delà des artistes déjà célèbres.

Le concert de Solak Balik a par ailleurs précédé celui du groupe jordanien iconique Jadal qui a concentré la plus grande partie de l’attention médiatique de la soirée. Cet événement a attiré un grand nombre de jeunes, dont certains ont fait la queue plusieurs heures avant l’ouverture des portes.  Avec leur énergie scénique et la richesse de leur projet, on aimerait revoir Solak Balik dans une prochaine programmation estivale, cette fois dans un espace ouvert où le groupe disposerait de plus de temps pour exprimer pleinement son univers et toucher une audience plus large.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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