Qu’est-ce que le programme “Résilience”, lancé par la Tunisie ?
Lancé dans trois zones pilotes (Tunis, Ghardimaou et Kébili), le programme “Résilience” vise à mettre en place un système global d’alerte précoce contre les inondations. Cette initiative interministérielle doit permettre d’améliorer l’anticipation des risques et de renforcer les interventions préventives avant la survenue des catastrophes.
La Tunisie renforce son dispositif de prévention des catastrophes climatiques avec le lancement d’un nouveau programme pilote baptisé Résilience, destiné à mettre en place un système global et efficace d’alerte précoce contre les inondations. L’initiative mobilise plusieurs ministères et organismes publics et sera expérimentée dans trois zones présentant des profils de risques différents : Tunis, Ghardimaou, dans le gouvernorat de Jendouba, et Kébili.
L’annonce a été faite par Chokri Khelifi, directeur de la protection des villes contre les inondations au ministère de l’Équipement et de l’Habitat, dans une déclaration à Mosaïque FM, en marge du Forum arabe de lutte contre les catastrophes.
Selon le responsable, le programme fera l’objet d’une évaluation avant son extension progressive à l’ensemble du territoire national. L’objectif est de renforcer les capacités d’anticipation et de permettre aux différents intervenants d’agir avant que les catastrophes ne surviennent, afin d’en limiter les conséquences humaines et matérielles.
Une coordination entre plusieurs ministères
Le programme Résilience repose sur la mobilisation de plusieurs institutions publiques. Il associe notamment les ministères de l’Équipement, des Finances, de la Défense nationale, de l’Intérieur, du Transport, de l’Environnement et de l’Agriculture.
La Protection civile, relevant du ministère de l’Intérieur, et l’Institut national de la météorologie, rattaché au secteur du Transport, figurent parmi les organismes concernés.
Cette approche vise à renforcer la coordination entre les structures chargées de la surveillance météorologique, de la prévention, de la protection des populations et de la gestion des situations d’urgence.
Pour Chokri Khelifi, la préparation aux catastrophes ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les données météorologiques. Elle nécessite également un suivi régulier sur le terrain, assuré par des équipes réparties sur l’ensemble du territoire national et chargées de transmettre des rapports périodiques sur la situation dans les régions intérieures.
Le ministère de l’Équipement travaille également en coordination avec le ministère de l’Agriculture, qui supervise plusieurs stations d’observation, afin de disposer d’informations permettant de mieux anticiper les risques et de prendre les mesures préventives nécessaires.
Des phénomènes climatiques de plus en plus inhabituels
Le lancement de ce programme intervient dans un contexte marqué par l’intensification des effets du changement climatique. La Tunisie est directement concernée par ces évolutions, qui se traduisent notamment par des précipitations abondantes concentrées sur de courtes périodes, parfois en dehors des saisons habituelles, ainsi que par des vagues de chaleur record.
Ces phénomènes contribuent à accentuer plusieurs risques environnementaux, dont la raréfaction des ressources en eau, la désertification et l’avancée des dunes de sable.
Face à ces évolutions, le ministère de l’Équipement affirme intégrer les nouvelles données climatiques dans ses études relatives à la protection des villes contre les inondations, considérées comme l’un des principaux risques auxquels sont exposées les agglomérations tunisiennes.
Cette démarche est menée en coordination étroite avec l’Institut national de la météorologie, qui transmet au ministère les dernières informations sur l’évolution des conditions météorologiques. Ces données doivent contribuer à orienter les décisions et à faciliter la mise en œuvre de mesures préventives adaptées.
Les infrastructures réévaluées tous les dix ans
Au-delà de la surveillance météorologique, l’adaptation des infrastructures constitue un autre volet de la stratégie de prévention. Chokri Khelifi a indiqué que le ministère procède périodiquement à la réévaluation des ouvrages réalisés et à l’actualisation des études tous les dix ans.
Ces révisions tiennent compte de l’évolution des conditions climatiques, mais également de l’expansion urbaine, qui peut accentuer le ruissellement des eaux et accroître les risques d’inondation.
En effet, l’imperméabilisation des sols liée à l’urbanisation réduit leur capacité d’absorption par rapport aux terrains naturels. Cette situation peut favoriser l’accumulation des eaux de pluie et compliquer leur évacuation lors d’épisodes pluvieux intenses.
L’actualisation des études et l’évaluation des infrastructures visent ainsi à mieux prendre en considération les nouvelles conditions auxquelles sont confrontées les villes tunisiennes.
Une extension progressive à l’ensemble du territoire
Les trois zones retenues pour la phase pilote (Tunis, Ghardimaou et Kébili) permettront d’expérimenter le programme dans des contextes géographiques et des situations de risque différents.
À l’issue de cette phase, les résultats seront évalués afin de déterminer les conditions d’une généralisation progressive du dispositif à l’échelle nationale.
À travers le programme Résilience, les autorités entendent renforcer une approche fondée sur l’anticipation, la coordination entre les institutions et l’amélioration des capacités d’intervention. L’enjeu est de passer d’une gestion principalement réactive des catastrophes à une prévention davantage structurée, capable de limiter les risques avant qu’ils ne se concrétisent.
M.B



