Projet SoutH2 Corridor : Un gazoduc hydrogène pour relier l’Afrique du Nord et l’Europe
La Tunisie avance résolument vers le renforcement de sa position sur les marchés énergétiques internationaux. Elle vient de rejoindre le corridor méridional reliant l’Algérie à l’Europe. En effet, le projet stratégique SoutH2 Corridor vise à acheminer l’hydrogène vert produit en Algérie via la Tunisie vers l’Italie, l’Autriche, puis l’Allemagne, attirant d’importantes entreprises européennes pour sa concrétisation.
La Presse — L’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, la Tunisie et l’Algérie ont officiellement approuvé le développement du SoutH2 Corridor, un projet de gazoduc destiné à transporter de l’hydrogène vert de l’Afrique du Nord vers l’Europe.Inscrit sur la liste des Projets d’intérêt commun (PIC) de la Commission européenne, le projet SoutH2 Corridor prévoit la construction d’un gazoduc de 3.500 à 4.000 kilomètres reliant directement les sites de production d’hydrogène vert d’Afrique du Nord aux réseaux énergétiques européens en Italie, en Autriche et en Allemagne.
Ce projet stratégique, bénéficiant du soutien de l’Union européenne, se veut un levier d’intégration régionale et de coopération dans les domaines de l’énergie et de la compétitivité industrielle.
L’engagement réaffirmé par les pays concernés est de renforcer leur coopération pour le développement du corridor, notamment dans les volets qui concernent les opérateurs de réseaux de transport, les autorités nationales de régulation, les institutions financières, ainsi que les producteurs, les acheteurs…
Les cinq pays ont également réaffirmé leur volonté de développer un partenariat énergétique entre l’Afrique du Nord et l’Europe, susceptible de renforcer les relations économiques, les investissements et la coopération industrielle entre les deux rives de la Méditerranée.
Porté par un consortium d’opérateurs gaziers européens et nationaux, cette dorsale utilisera en grande partie des gazoducs existants reconvertis pour acheminer près de quatre millions de tonnes d’hydrogène vert par an à l’horizon 2030, un volume représentant 10% de la demande européenne attendue pour ce combustible propre à l’horizon 2040.
L’hydrogène propre prend de l’ampleur
La demande d’énergie dans le monde connaît une augmentation importante. Cette évolution est tributaire de divers facteurs socio-économiques, tels que la croissance démographique, l’urbanisation, le progrès industriel et technologique. Parallèlement, le monde demeure confronté aux défis majeurs liés au changement climatique. La communauté mondiale s’est engagée en 2015 à mener des actions pour maintenir l’augmentation de la température mondiale au cours de ce siècle bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels.
Les prix du pétrole, du gaz, du charbon et de l’électricité n’ont jamais été aussi élevés en raison du fort rebond dû à une reprise économique mondiale exceptionnellement rapide combinée aux conséquences des crises et conflits mondiaux. Ainsi, l’instabilité du prix du pétrole brut et la croissance des émissions provenant des activités industrielles et des transports requièrent la mise au point de nouveaux types de combustibles pour remplacer les carburants dérivés du pétrole brut.
Dans ce contexte, le développement de l’hydrogène propre prend actuellement de l’ampleur sur le plan politique et commercial, ce que traduit la multiplication des projets dans le monde entier. Plusieurs études convergent sur le fait que l’hydrogène décarboné sera l’une des plus grandes révolutions de notre siècle. En effet, il s’avère nécessaire pour décarboniser le secteur industriel, pour développer et déployer des solutions de mobilité Zéro émission, pour stocker l’énergie et pour pallier la nature intermittente des énergies renouvelables.
Combinaison marché local/marché de l’exportation
La Feuille de Route (FdR), la Stratégie Nationale(SN) et le Plan d’Actions (PA) pour le développement de l’Hydrogène Vert (H2V) et de ses produits dérivés en Tunisie à l’horizon de 2050 ont été élaborés dans le cadre d’un processus participatif impliquant les parties prenantes clés, sous l’égide du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie.
Selon la stratégie nationale pour le développement de l’Hydrogènes vert et ses dérivés en Tunisie, les parties prenantes ont proposé une feuille de route qui préconise une combinaison entre le marché local et le marché de l’exportation, ce dernier étant, à terme, le moteur du développement économique et industriel grâce à l’introduction de l’hydrogène vert (H2V) et de ses dérivés. Le marché local,quant à lui, sera le premier à être activé à court terme à travers un projet commercial articulé autour de la production d’ammoniac vert pour le secteur des engrais.
Dans ce contexte, la Stratégie Nationale (SN) propose un plan pour atteindre les cibles identifiées dans la feuille de route, afin que la Tunisie devienne un exportateur net de l’H2V et fasse partie de la dorsale hydrogène « Hydrogen Backbone » de l’UE. Les cibles de la feuille de route sont ambitieuses et
visent essentiellement à exporter environ 6,3Mt H2 par an d’ici 2050 vers l’UE par pipeline et alimenter le marché local par environ 2 Mt, sous forme d’H2V ou dérivés, tels que l’ammoniac vert, le méthanol vert et les carburants synthétiques verts. La faisabilité de la mise en œuvre de la feuille de route repose sur le soutien financier et organisationnel international et sur la signature d’accords-cadres à long-terme avec des off-takers – producteurs et partenaires/développeurs.
La stratégie avance une proposition de connexion entre les centres de production de l’H2V et de ses dérivés avec les centres de demande pour le marché local et celui de l’export. La recherche et développement (R&D) est également abordée dans la stratégie, en tant qu’aspect fondamental du renforcement des capacités locales à travers la collaboration internationale.
Un plan de financement est aussi proposé pour dérisquer la mise en œuvre de la feuille de route. Celle-ci intègre une description des incitations qui peuvent être mises en place en se basant sur les meilleures pratiques au niveau international.
La transition énergétique est partie intégrante de la stratégie nationale et alignée avec la politique nationale de décarbonation qui prévoit l’introduction massive des énergies renouvelables. Elle permet à la fois de stimuler le développement économique, créer des emplois durables et mettre les émissions de gaz à effet de serre (GES) sur une trajectoire descendante.
Coopération Internationale pour l’Hydrogène Vert
La coopération internationale joue un rôle crucial pour la Tunisie dans le développement de l’hydrogène vert, une énergie renouvelable essentielle pour la transition énergétique mondiale. En collaborant avec des partenaires étrangers, la Tunisie peut bénéficier de transferts de technologies avancées, de financements et d’expertise technique nécessaires pour établir une infrastructure robuste pour la production et la distribution de l’hydrogène vert.
De plus, les partenariats internationaux peuvent faciliter l’accès aux marchés mondiaux, stimulant ainsi les exportations et renforçant l’économie nationale. La coopération permet également de promouvoir des normes et des régulations harmonisées, essentielles pour assurer la durabilité et la sécurité des projets énergétiques.



