Huile d’olive et dattes : Les banques mobilisées pour soutenir la nouvelle campagne d’exportation
Le ministère du Commerce et du Développement des exportations, en collaboration avec le Conseil bancaire et financier (CBF), a organisé vendredi une journée d’information consacrée au financement des campagnes d’exportation de l’huile d’olive et des dattes. Cette rencontre a réuni les différents acteurs des deux filières afin d’examiner les mécanismes de financement disponibles, les besoins des professionnels et les moyens de consolider la compétitivité des produits tunisiens sur les marchés internationaux.
La Presse — Deux produits emblématiques de l’agriculture tunisienne, l’huile d’olive et les dattes, occupent une place stratégique dans les exportations agroalimentaires et contribuent au renforcement des réserves en devises du pays. Toutefois, la consolidation des performances enregistrées passe, notamment par un meilleur accès au financement, le développement du conditionnement et la diversification des débouchés commerciaux.
Prenant la parole à cette occasion, le ministre du Commerce, Samir Abid, a souligné l’importance de cette journée d’information, qui offre un espace de dialogue entre les institutions bancaires et financières, d’une part, et les producteurs, transformateurs et exportateurs, d’autre part. Il a remercié le CBF pour l’organisation de cette journée, estimant qu’elle permet de mieux faire connaître les instruments de financement existants et de les adapter aux besoins réels des entreprises.
Selon le ministre, la réussite à l’exportation ne dépend pas uniquement de la qualité des produits ou de leur capacité à investir les marchés étrangers. Elle repose également sur la disponibilité de financements adéquats au moment opportun, nécessaires pour couvrir les différentes étapes de la chaîne de valeur, de la production au stockage, en passant par la transformation, le conditionnement et le transport. La sécurisation des transactions et la maîtrise des risques commerciaux et financiers constituent également des facteurs déterminants.
Des indicateurs en nette progression
Les données présentées par le ministre confirment le poids stratégique des exportations agroalimentaires. Au cours des neuf premiers mois de 2026, la balance commerciale agroalimentaire a enregistré un excédent de 919,8 millions de dinars, tandis que le taux de couverture des importations par les exportations a atteint 116,3 %. Parallèlement, la valeur des exportations agroalimentaires a progressé de 19,9 % par rapport à la même période de 2025.
L’huile d’olive et les dattes ont largement contribué à ces performances, représentant respectivement 61 % et 9,4 % de la valeur totale des exportations agroalimentaires à fin septembre 2026.
S’agissant de l’huile d’olive, les exportations réalisées au cours des onze premiers mois de la campagne 2025-2026, de novembre 2025 à octobre 2026, ont dépassé 399,4 mille tonnes, pour une valeur avoisinant 5 016,3 millions de dinars. Ces résultats correspondent à une hausse de 48,7 % en volume et de 39,4 % en valeur par rapport à la campagne précédente.
La Tunisie a ainsi consolidé sa position de premier exportateur mondial d’huile d’olive hors Union européenne et de deuxième exportateur mondial après l’Espagne. Autre indicateur révélateur de la qualité du produit national, l’huile d’olive extra vierge a représenté environ 90 % du volume total exporté.
Le ministre a néanmoins relevé que l’huile conditionnée ne représente qu’environ 15 % des quantités exportées. Cette proportion témoigne d’un potentiel de développement encore important, notamment à travers une orientation accrue vers les produits conditionnés à plus forte valeur ajoutée, plutôt que vers l’exportation du produit en vrac.
Les dattes tunisiennes affichent, elles aussi, des résultats encourageants. Pour la première fois, la valeur de leurs exportations a franchi le seuil du milliard de dinars, atteignant plus de 1 011,6 millions de dinars, contre 882,7 millions lors de la campagne précédente. Les volumes exportés ont également progressé, passant de 138,3 mille à environ 159,4 mille tonnes. Présentes dans quelque 86 pays, les dattes tunisiennes disposent ainsi d’un rayonnement international qui offre de nouvelles perspectives de croissance, à condition de poursuivre la diversification des marchés et l’amélioration des techniques de conditionnement et de promotion.
Pour le ministre, ces performances doivent servir de point de départ à une nouvelle étape, axée sur l’accroissement de la valeur ajoutée, la diversification des débouchés et l’amélioration des retombées économiques de chaque unité exportée.
Le financement, un défi majeur pour les entreprises
Malgré ces avancées, les opérateurs des deux filières restent confrontés à plusieurs contraintes, notamment en matière de financement des cycles d’exploitation et d’investissement. Le caractère saisonnier de la production impose aux entreprises de mobiliser des ressources importantes sur des périodes limitées, tout en supportant les coûts de collecte, de transformation, de stockage et de conditionnement jusqu’à la réalisation des ventes et l’encaissement des recettes d’exportation.
À ces contraintes s’ajoutent les fluctuations des taux de change, les risques liés aux transactions internationales et les retards de recouvrement de certaines créances. Ces difficultés pèsent particulièrement sur les petites et moyennes entreprises (PME), qui ont besoin de solutions de financement accessibles et adaptées à leurs capacités financières.
Le ministre a ainsi plaidé pour une approche globale, dépassant le financement ponctuel des opérations commerciales, afin d’accompagner les entreprises à toutes les étapes de leur activité, de la production à l’exportation. Il a également insisté sur la nécessité de renforcer les investissements consacrés à la qualité, à la sécurité des produits, aux équipements et aux technologies, ainsi qu’au respect des exigences des marchés étrangers.
« Comment générer une plus grande valeur à partir de nos exportations ? Comment en assurer la croissance durable ? Et comment offrir aux entreprises le financement adéquat qui leur permette de saisir les opportunités qui se présentent et de renforcer leur compétitivité ? », s’est interrogé le ministre, soulignant la nécessité d’une meilleure synergie entre la politique d’exportation et celle du financement.
Le secteur bancaire mobilisé
De son côté, Neji Ghandri, président du Conseil bancaire et financier, a souligné que cette journée, organisée en partenariat avec le ministère du Commerce, vise à sensibiliser les différents intervenants des filières de l’huile d’olive et des dattes, notamment les exportateurs, les agriculteurs et les exploitants d’huileries, aux solutions de financement et d’accompagnement disponibles.
Il a indiqué que le secteur bancaire avait réalisé, l’année précédente, une performance record en matière de financement de la filière oléicole, avec 3,2 milliards de dinars mobilisés. Pour la nouvelle campagne, les montants dépendront notamment du niveau de la récolte et des demandes exprimées par les professionnels. Des visites de terrain ont déjà été effectuées afin d’identifier les besoins et de préparer l’accompagnement de la prochaine campagne.
Le président du CBF a également mis en avant la diversité des produits financiers permettant d’accompagner les opérateurs depuis la collecte jusqu’à l’exportation du produit fini. Ces instruments comprennent notamment les financements des opérations de transformation et de conditionnement, les crédits à moyen terme destinés à améliorer la qualité des produits, les garanties à l’exportation ainsi que les dispositifs de couverture contre les risques de change.
Il a, par ailleurs, souligné l’importance d’encourager l’exportation de produits conditionnés, qui génèrent davantage de valeur ajoutée et contribuent à accroître les recettes en devises. La diversification des marchés, notamment vers l’Asie et l’Afrique, constitue également une priorité pour réduire la dépendance à l’égard d’un nombre limité de débouchés et renforcer la compétitivité des produits tunisiens.
Promotion et diversification des marchés
Pour sa part, le ministère du Commerce et du Développement des exportations entend poursuivre les mesures destinées à consolider la présence de l’huile d’olive et des dattes sur les marchés extérieurs. Les orientations annoncées portent notamment sur le renforcement de la promotion internationale, à travers la participation aux salons spécialisés, l’organisation de rencontres professionnelles et l’accueil de délégations commerciales étrangères en Tunisie.
L’amélioration de l’accès aux marchés, notamment britannique et européen, ainsi que la prospection de nouvelles destinations en Asie, en Afrique et sur le continent américain figurent également parmi les priorités. Le ministère prévoit en outre de soutenir davantage les PME exportatrices et de poursuivre la réforme des mécanismes d’appui, notamment à travers la révision des interventions du Fonds de promotion des exportations (Foprodex).
Au-delà des résultats déjà obtenus, l’enjeu consiste désormais à transformer le potentiel de ces deux filières en une croissance durable, fondée sur la qualité, l’innovation, le conditionnement et la diversification commerciale. Dans cette perspective, la mobilisation du secteur bancaire et financier apparaît comme un levier essentiel pour permettre aux entreprises tunisiennes de saisir les opportunités internationales et de mieux valoriser leurs produits.



