« Jaou Tunis 2026 » s’ouvre avec « Gathering » : Une mémoire collective pour ouvrir la biennale
Demain 23 octobre, la huitième édition de « Jaou Tunis » s’ouvrira au 4e Art avec « Gathering », une création de Samar Haddad King qui conjugue danse, théâtre et participation du public. À travers le récit d’une femme confrontée à la guerre et à la disparition de ses repères, cette performance interroge les liens humains, la mémoire et la résilience face à l’épreuve.
La Presse —La création comme espace de rencontre et de reconstruction. C’est autour de cette idée que s’articule l’ouverture de « Jaou Tunis 2026 », dont la huitième édition se déroulera du 23 octobre au 22 novembre. Le vendredi 23 octobre, à 19h00, le 4e Art accueillera Gathering, une performance de danse-théâtre conçue par Samar Haddad King, fondatrice et directrice artistique de la compagnie Yaa Samar! Dance Theatre (YSDT).
À la frontière des disciplines, cette œuvre déplace les codes habituels du spectacle vivant. La scène ne constitue plus un espace séparé de la salle : les spectateurs peuvent choisir de participer à l’action ou de rester témoins de son déroulement. Textes, danse, mouvements, chants et marionnettes composent une narration portée par une musique jouée en direct, associée à la relecture des Quatre Saisons de Vivaldi par Max Richter.
Au centre de Gathering, le parcours d’Israa, dont le jour de mariage bascule dans la violence lorsque son village est attaqué. À la recherche de son mari, Ali, elle tente de rassembler les fragments d’une journée où les souvenirs heureux se confondent désormais avec les images du conflit. Les festivités, les rêves et les liens affectifs se mêlent à la perte, donnant à cette quête intime une dimension collective.
L’histoire se construit ainsi par éclats, au rythme des souvenirs et des présences qui entourent la protagoniste. Famille, amis et membres de sa communauté participent à cette tentative de reconstituer un récit bouleversé par la guerre.
Le public est, lui aussi, convié à prendre part à cette mémoire en mouvement. L’enjeu dépasse alors la seule représentation d’un drame : il s’agit d’interroger ce qui permet à une communauté de maintenir ses liens lorsque son existence même est menacée.
La résilience traverse cette création sans effacer les contradictions de l’expérience humaine. La joie côtoie le deuil, l’amour se confronte à l’absence et le désir de célébrer se heurte à la brutalité du réel. De ces tensions naît une réflexion sur la capacité des individus à préserver une histoire commune et à réinventer des formes de solidarité.

Une création plurielle, à l’image d’un monde en mouvement
Écrite, mise en scène et conçue par Samar Haddad King, Gathering s’appuie sur une démarche collaborative. La création réunit sept danseurs de Ysdt, originaires du Japon, de Palestine, de Taïwan, de Turquie et des États-Unis, ainsi que six artistes établis en Europe. La diversité des parcours nourrit une œuvre dont la forme évolue en fonction des contributions de ses interprètes et des interactions propres à chaque représentation.
Cette dimension participative rejoint la recherche menée par la compagnie depuis sa création en 2005 : faire du langage artistique un terrain de dialogue entre des expériences, des cultures et des communautés différentes. En brouillant les frontières entre interprétation et participation, «Gathering» fait de la présence collective un élément constitutif de l’œuvre, et non un simple prolongement du spectacle.
Chorégraphe, metteuse en scène, compositrice et autrice palestino-américaine, Samar Haddad King développe un travail à la croisée de la danse et du théâtre, où le mouvement devient un moyen d’explorer la mémoire et les expériences partagées. Formée à l’Ailey School et à l’Université Fordham, à New York, elle a notamment été artiste en résidence à Chaillot–Théâtre national de la Danse, à Paris. Ses recherches sur la danse dans le monde arabe ont également contribué à la réflexion sur les pratiques chorégraphiques contemporaines.
En choisissant Gathering pour ouvrir sa huitième édition, « Jaou Tunis » inscrit le spectacle vivant dans une programmation tournée vers la circulation des œuvres et la rencontre des imaginaires. Cette ouverture donne à voir une création qui fait de la diversité une matière artistique et de la mémoire un espace de partage, où l’expérience individuelle rejoint les interrogations d’une communauté tout entière.



