Culture

Industries culturelles et créativités : Ce levier géostratégique et économique gâché !

  • 23 octobre 2026
  • 6 min de lecture
Industries culturelles et créativités : Ce levier géostratégique et économique gâché !

Lorsqu’on parle de reconstruction économique ou encore de souveraineté financière, l’on se retrouve systématiquement devant les mêmes leviers : productivité, industrialisation innovante, transition énergétique, digitalisation ou encore réinvention technologique. Mais jamais les industries culturelles et créatives. On dirait que la culture dérange et qu’elle relève du symbolique et non du stratégique. Elle est reléguée, souvent, comme l’estiment certains professionnels, au rang de « simple supplément d’âme ou de vitrine folklorique ». Et l’on oublie, malheureusement, qu’elle n’est pas uniquement un attribut identitaire, mais plutôt un moteur puissant de transformation socioéconomique et un facteur géostratégique déterminant pour toute politique de développement.

La Presse — Le constat est plutôt désolant : la Tunisie, de l’avis de tous les observateurs, dispose d’un potentiel culturel et patrimonial conséquent, d’une richesse historique exceptionnelle et de tout un vivier créatif dynamique. Et pourtant, elle n’arrive toujours pas à le transformer en véritable levier de croissance économique. Les statistiques parlent, justement, d’une contribution  au PIB assez timide, pour ne pas dire insignifiante de 0,7%.

Une timidité qui n’est pas  liée, selon certains, à un manque de talents mais plutôt à un manque de restructuration, de planification et de vision. Le modèle culturel tunisien,  toujours fragmenté, est resté, en effet, enfermé dans une vision administrative  rigide, ce qui justifie que toute représentation artistique repose, avant tout, sur les subventions étatiques.

Une dépendance qui freine l’initiative privée, empêche toute action créative et décourage  les investissements, notamment, étrangers.

Autant de défaillances qui ont fini par impacter sérieusement le marché culturel. Sa crédibilité même. Notre marché local est devenu, ainsi, très étroit et peu attractif.

De son côté, le cadre réglementaire n’a pas facilité les choses. Généraliste et flou dans une bonne proportion, il a fini par encourager, involontairement, les piratages, et les pratiques douteuses.

On pense, en particulier, à la spéculation commerciale qui, selon certaines études internationales, se maintient sur une trajectoire haussière inquiétante. Un constat inquiétant, car ce sont les jeunes artistes émergents qui en sont généralement les principales victimes.

Justement, faute de motivation, de moyens et de soutien, cette catégorie se  retrouve, souvent,  contrainte à vendre ses créations à des prix dérisoires.

Des œuvres intéressantes mais aussitôt revendues à des prix trop gonflés. Une politique irrespectueuse qui risque de détruire, ou du moins impacter la carrière de ces jeunes talents.

En plus de toutes ces pratiques, les experts réaffirment que, faute de régulation, le paysage culturel, notamment  le marché de l’art, est marqué, depuis des années déjà, par l’omniprésence des faux. Ils parlent, même, de taux spectaculaires dépassant les 50%.

Las analystes estiment, également, que le modèle tunisien souffre d’un déficit de management culturel, ce qui justifie ce manque de formations spécialisées en marketing culturel, en levée de fonds et en gestion des structures créatives. Or, ce facteur est incontournable pour pouvoir performer, car, comme le soutiennent les professionnels eux-mêmes, il ne suffit pas de créer, mais il est important également de savoir distribuer et capitaliser nos créations.

Un manque à gagner gratuit

Il s’agit, somme toute, d’un véritable gâchis et un manque à gagner gratuit et regrettable, surtout qu’ailleurs, les architectes économiques ont réussi à capitaliser ce potentiel pour en faire une source de création de richesses majeure. A l’échelle mondiale, tous les rapports reconnaissent la plus-value économique des industries créatives et culturelles qui participent, selon l’Unesco, de 3% au PIB mondial et génèrent environ 50 millions d’emplois.

Et même au niveau régional, la majorité des pays a réussi à faire de la culture un atout économique majeur. C’est le cas du Maroc qui a pu structurer intelligemment sa culture et réinventer sa gestion pour devenir un levier d’attractivité internationale, de valorisation financière, de création d’emplois et, donc, de croissance économique.

Ce pays a eu le mérite, justement, d’investir dans les infrastructures de pointe, de diversifier les approches créatives et  de lier, étroitement, son potentiel à l’activité économique. Et, du coup, la culture a cessé d’être une simple ligne de dépense budgétaire pour devenir une véritable industrie rentable.

Aujourd’hui, et grâce à cette transformation, les industries culturelles et créatives marocaines représentent entre 2,4 et 2,7% du PIB, génèrent de 116.000 à 140.000 postes d’emploi et rapportent environ 43 milliards de dirhams.

Un tel écart est, certes, très important, mais l’on reste convaincu que l’écart pourrait être rapidement comblé pour peu qu’on ait la volonté, mais aussi les outils nécessaires qui soient capables de réinventer, en profondeur notre modèle culturel et de revaloriser son potentiel économique.

Pour relever ce défi, il est nécessaire de cesser de percevoir la culture comme un coût supplémentaire et une charge financière très lourde, pour l’appréhender comme un puissant moteur de croissance économique.

Une exigence qui repose, elle-même, sur  des leviers incontournables portant, essentiellement, sur la modernisation du cadre juridique et réglementaire des industries créatives, le déblocage du financement bancaire et l’amélioration de son implication dans les différentes créations et l’accélération de la digitalisation de notre patrimoine culturel.

Ces leviers devraient porter également sur la garantie d’un meilleur niveau de décentralisation pour pouvoir mettre à profit un potentiel culturel régional déjà de valeur.

Mais le plus important serait de créer une véritable mentalité d’économie culturelle en instaurant des cycles de formation orientée ou encore la programmation de cursus universitaires qui associent l’art à l’économie. Une équation fondamentale pour prétendre à une véritable pépinière de compétences managériales culturelles.

Auteur

Anis SOUADI

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