Pour que le ver ne dévore pas le vert
Lorsque le Président de la République rappelle au ministre de l’Agriculture que la terre est le bastion ultime de notre souveraineté, ce ne sont pas seulement des directives administratives qui s’imposent: c’est l’appel au secours d’un paysage séculaire qui retentit. Car sous l’ombre tutélaire de nos pères, notre patrimoine végétal sombre aujourd’hui dans une fêlure intime et douloureuse.
Comment ne pas frémir en observant le déchirement silencieux de nos paysages ? L’olivier béni, doyen de nos collines, tremble face à l’étreinte mortelle des pathologies foliaires. Le palmier majestueux, gardien du désert, voit sa chair dévorée de l’intérieur par le charançon rouge, cette plaie rampante qui transforme nos oasis en cimetières verticaux. Et que dire de nos figuiers de Barbarie, boucliers rudes de nos campagnes, rongés jusqu’à la moelle par la cochenille du cactus ?
Face à ce cataclysme silencieux, une question humaine et vertigineuse nous hante: pourquoi une telle déferlante de fléaux vient-elle aujourd’hui meurtrir nos terres ?
La réponse ne relève d’aucune malédiction. Ces fléaux sont les symptômes poignants d’un monde désaccordé. Le dérèglement climatique affaiblit les défenses ancestrales de nos arbres, tandis que la mondialisation irraisonnée des échanges bouscule les équilibres biologiques. En rupture d’harmonie, la nature abdique.
Pourtant, l’espoir demeure sculpté au cœur de notre histoire. La Tunisie possède une âme pionnière : ses instituts agronomiques, centenaires et illustres, recèlent des trésors d’intelligence qui ne demandent qu’à irriguer nos champs. Pour sauver nos arbres, inspirons-nous des réussites internationales.
À l’image des protocoles de bio-contrôle déployés en Méditerranée nord ou des techniques de lutte génétique et préventive expérimentées en Asie, il nous faut conjuguer la sagesse paysanne à la science de pointe. La solution exige une mobilisation générale : des vaccins biologiques, l’éradication ciblée des foyers d’infection, et le retour des prédateurs naturels pour rééquilibrer le vivant.
Redonner sa splendeur à la Tunisie, du vert profond du Nord à l’or étincelant des oasis, n’est pas qu’une ambition économique. C’est un devoir envers notre mémoire et nos enfants.



