Tunisie-UE : les discussions se poursuivent sur la crevette rouge, Bruxelles ouverte à la modernisation de l’accord d’association
La Tunisie et l’Union européenne poursuivent leurs discussions sur le dossier de la crevette rouge, dans l’objectif de parvenir à une solution durable concernant les quotas de pêche. En parallèle, Bruxelles se dit disposée à engager un dialogue avec Tunis pour moderniser l’accord d’association de 1995 et renforcer la coopération bilatérale dans les investissements, l’énergie et l’intégration industrielle.
Les négociations entre la Tunisie et l’Union européenne se poursuivent au sujet de la crevette rouge, dont les exportations tunisiennes ont dépassé le quota de pêche fixé, selon les déclarations de l’ambassadeur de l’UE en Tunisie, Giuseppe Perrone, vendredi 23 octobre 2026.
Intervenant sur les ondes d’Express FM, le diplomate a affirmé que les deux parties cherchent une solution durable qui préserve les intérêts de chacune et assure la protection de cette ressource marine en Méditerranée. Il a également souligné la disponibilité de la partie européenne à poursuivre les discussions avec les autorités tunisiennes et à examiner leurs différentes demandes et propositions.
La gestion des quotas au cœur des discussions
Selon Giuseppe Perrone, la crevette rouge constitue une ressource marine partagée qui doit être protégée contre la surexploitation. La Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) a mis en place un système de quotas destiné aux pays concernés afin de garantir la durabilité des ressources halieutiques.
Le dépassement du quota attribué aux exportations tunisiennes a toutefois soulevé des difficultés qui nécessitent, selon l’ambassadeur, un règlement fondé sur le dialogue et la négociation. Il a insisté sur la nécessité de respecter les règles encadrant les activités de pêche tout en recherchant une solution de long terme tenant compte des intérêts des différentes parties.
Giuseppe Perrone a précisé que les discussions ne se limitent pas à la Tunisie et à l’Union européenne, la CGPM réunissant également d’autres partenaires dont les positions doivent être prises en considération.
Il a par ailleurs indiqué que la partie européenne avait pris l’initiative de contacter les autorités tunisiennes dans un esprit de bonne volonté, se déclarant prête à poursuivre les échanges afin de parvenir à un règlement conciliant le respect des règles en vigueur et la préservation des ressources marines.
L’ambassadeur a également évoqué la possibilité d’examiner des propositions portant sur d’autres espèces marines, sans fournir davantage de précisions sur leur nature ou sur le calendrier des discussions.
Bruxelles ouverte à la modernisation de l’accord d’association
Au-delà du dossier halieutique, l’Union européenne se dit disposée à engager un dialogue avec la Tunisie pour moderniser l’accord d’association signé en 1995. Dans une intervention rapportée vendredi par l’agence italienne ANSA, Giuseppe Perrone a estimé qu’il était nécessaire d’actualiser cet accord pour l’adapter aux nouvelles réalités économiques, technologiques et énergétiques.
Conçu principalement autour des échanges commerciaux, le cadre actuel pourrait ainsi être élargi à des domaines tels que l’intelligence artificielle, les services numériques, la transition énergétique et les nouvelles chaînes de valeur.
Bruxelles a déjà eu des contacts préliminaires avec les autorités tunisiennes, selon le diplomate. Toutefois, aucun calendrier de négociation ni aucune proposition formelle de révision de l’accord n’ont encore été annoncés.
Cette perspective rejoint les demandes tunisiennes en faveur d’un rééquilibrage du partenariat, notamment pour améliorer l’accès des produits agricoles au marché européen, attirer des investissements à forte valeur ajoutée et renforcer la participation des entreprises locales aux chaînes de production internationales.
En mai dernier, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, avait réaffirmé la nécessité d’un partenariat plus équitable, respectueux des priorités économiques nationales.
Les échanges commerciaux et les investissements en ligne de mire
L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial de la Tunisie, a rappelé Giuseppe Perrone. En 2025, les exportations tunisiennes vers les pays européens ont atteint environ 44 milliards de dinars, contre 37 milliards de dinars d’importations, soit un excédent commercial d’environ 7 milliards de dinars, équivalant à 2,1 milliards d’euros.
Quelque 3 400 entreprises européennes sont implantées en Tunisie et assurent plus de 400 000 emplois directs, selon les chiffres cités par l’ambassadeur.
Dans ce contexte, Bruxelles entend renforcer sa coopération avec Tunis dans plusieurs secteurs, notamment l’automobile, le textile, l’agroalimentaire, le numérique et les technologies environnementales.
Giuseppe Perrone a néanmoins souligné la nécessité d’améliorer la prévisibilité réglementaire et le climat des affaires en Tunisie afin de favoriser les investissements et d’approfondir les relations économiques bilatérales.
Elmed, un projet stratégique pour l’intégration énergétique
L’énergie constitue également un axe central du partenariat tuniso-européen. L’Union européenne soutient le développement des énergies renouvelables, la modernisation de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) ainsi que le projet Elmed, qui prévoit une interconnexion électrique sous-marine entre la Tunisie et l’Italie.
Développée par Terna et la Steg, cette infrastructure doit relier les deux pays sur environ 220 kilomètres, avec une capacité bidirectionnelle de 600 mégawatts.
En juin 2026, un contrat d’environ 770 millions d’euros a été attribué à Hitachi Energy pour la réalisation des stations de conversion en Sicile et sur la péninsule tunisienne du Cap Bon.
Selon l’ambassadeur européen, le projet permettra de renforcer la sécurité des approvisionnements et l’intégration des marchés électriques euro-méditerranéens, tout en facilitant l’utilisation des énergies renouvelables. Il a fait état d’avancées significatives dans la préparation financière et technique, sans préciser de date pour le démarrage des travaux.
Par ailleurs, Perrone a rappelé qu’un soutien budgétaire européen de 80 millions d’euros avait été destiné à des mesures sociales en faveur des familles vulnérables. Il a également annoncé la préparation d’un forum euro-méditerranéen consacré aux investissements et au développement durable, prévu au printemps 2027 dans le cadre du nouveau Pacte pour la Méditerranée.



