Economie

Tourisme – Compétitivité et diversification : Un potentiel touristique encore à conquérir

  • 24 octobre 2026
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Tourisme – Compétitivité et diversification : Un potentiel touristique encore à conquérir

De Douz à Gabès, en passant par Matmata et Toujane, le Sud tunisien dispose d’un patrimoine naturel, culturel et architectural qui dépasse largement le cadre du tourisme balnéaire. Alors que le secteur touristique national poursuit sa progression en 2026, avec 6,09 milliards de dinars de recettes au 20 septembre, la valorisation des destinations sahariennes apparaît comme l’un des leviers possibles de diversification de l’offre et d’allongement de la saison touristique.

La Presse — Le tourisme tunisien continue de contribuer de manière significative aux équilibres extérieurs du pays. Selon les dernières données de la Banque centrale de Tunisie (BCT), les recettes touristiques ont atteint 6.093,3 millions de dinars au 20 septembre 2026, contre 5.820,5 millions à la même date de 2025, soit une progression de 4,7 %, représentant près de 273 millions de dinars supplémentaires. Cette dynamique intervient après une année 2025 particulièrement favorable. La Tunisie avait alors franchi le seuil des 11 millions de visiteurs, tandis que les recettes touristiques avaient atteint 8,097 milliards de dinars, en hausse de 6,5 % sur un an, selon des statistiques officielles. L’enjeu est désormais moins celui de la reprise que celui de la création de davantage de valeur à partir des ressources touristiques du pays. Et dans cette perspective, le Grand Sud possède des arguments spécifiques.

Douz, laboratoire du tourisme saharien

À Douz, la destination commence à sortir progressivement du seul modèle de l’excursion dans le désert. L’arrivée de nouveaux investissements hôteliers contribue à positionner la ville sur un segment davantage orienté vers le séjour, le bien-être et l’expérience. Ouvert fin 2023, un nouveau complexe hôtelier constitue l’un des exemples les plus significatifs de cette évolution. L’établissement est installé sur environ 14 hectares de dunes et a bénéficié, en 2024, d’une visibilité internationale, plusieurs médias rapportant sa sélection par la CNN parmi les établissements hôteliers à découvrir cette année-là.  Au-delà de son positionnement haut de gamme, l’intérêt économique d’un tel investissement réside surtout dans sa capacité à transformer Douz en destination de séjour, et non plus seulement en étape sur la route du désert. Les indicateurs régionaux montrent d’ailleurs une activité touristique relativement soutenue. Le gouvernorat de Kébili a enregistré près de 176.000 arrivées touristiques jusqu’au 10 décembre 2025, contre un peu plus de 171.000 sur la même période de 2024. Les nuitées étaient passées d’environ 189.000 à près de 193.000. Plus de 2.500 excursions dans l’espace désertique avaient également été recensées. La période des fêtes de fin d’année 2025 a confirmé cette capacité d’attraction : la zone touristique de Douz avait enregistré un taux d’occupation de 86%, avec environ 1.980 touristes ayant passé la nuit du Nouvel An dans les hôtels, campements et autres unités touristiques.

De Douz à Matmata : construire un circuit à forte valeur ajoutée

L’un des principaux atouts du Sud tunisien réside précisément dans la complémentarité de ses produits. Désert, oasis, sources thermales, patrimoine architectural, artisanat et gastronomie peuvent être associés au sein d’un même circuit. À Matmata, les habitations troglodytiques constituent un patrimoine architectural singulier. À Toujane, les tapis et tissages traditionnels peuvent, à leur tour, devenir davantage qu’un simple produit artisanal : une composante d’une économie touristique locale faisant intervenir artisans, maisons d’hôtes, guides, restaurateurs et transporteurs. Le gouvernorat de Gabès présente déjà des signes de diversification.

Durant les cinq premiers mois de 2025, les arrivées touristiques étaient passées de 56.000 à 69.000, tandis que les nuitées avaient progressé de 22.000 à 26.000. Le taux d’occupation hôtelier avait atteint 14,1 %, contre 11 % un an auparavant. La région de Matmata, Toujane et Tamezret a par ailleurs enregistré une forte fréquentation durant les vacances et les fêtes de fin d’année 2025, avec un taux d’occupation supérieur à 90 % et environ 1.200 visiteurs par jour selon les autorités régionales.

Un potentiel encore largement sous-exploité

Ces chiffres illustrent une réalité : le Sud tunisien possède une clientèle et un potentiel de consommation touristique qui peuvent être davantage valorisés. L’objectif ne devrait toutefois pas être uniquement d’augmenter le nombre de visiteurs. Il s’agit aussi d’allonger la durée moyenne des séjours, accroître la dépense touristique locale et mieux répartir les revenus sur le territoire.Cela suppose de développer les circuits combinant désert, patrimoine et nature, de renforcer les maisons d’hôtes et l’hébergement rural, de professionnaliser davantage les activités de découverte et de connecter les artisans aux circuits touristiques. Le défi est également logistique. La distance entre les principales villes du Sud, les aéroports et les sites touristiques impose une amélioration de la signalétique, des transports, de la desserte et de la promotion internationale, de l’avis des experts.

Dans un secteur qui a généré désormais plus de 6 milliards de dinars de recettes sur les neuf premiers mois de 2026, la question n’est donc plus seulement de faire venir davantage de touristes en Tunisie. Elle est de savoir où ils séjournent, combien de temps ils restent et quelle part de leur dépense bénéficie réellement aux économies locales. Le Grand Sud dispose, à cet égard, d’un avantage rare : il peut associer dans un même territoire le désert, l’oasis, l’architecture vernaculaire, l’artisanat et la culture. Une combinaison susceptible de transformer le tourisme saharien d’un produit complémentaire du tourisme tunisien en véritable filière économique territoriale.

Auteur

Mohamed Hedi ABDELLAOUI

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