Tourisme – Compétitivité et diversification : Les atouts ne font pas tout !
Le dernier classement du Forum économique mondial place la Tunisie au 82e rang mondial et au 7e rang africain. Si le pays reste parmi les destinations les mieux classées du continent, le recul enregistré depuis 2024 rappelle que les atouts touristiques ne suffisent plus. Infrastructures, qualité des services, compétences et transformation numérique pèsent désormais lourd dans la concurrence entre destinations.
La Presse — La Tunisie dispose de plages, d’un patrimoine historique remarquable, d’une richesse culturelle et d’une situation géographique qui la placent à proximité des grands marchés européens. Pourtant, ces atouts ne lui permettent pas de gagner du terrain dans le classement mondial de la compétitivité touristique. Selon le « Travel&TourismDevelopment Index 2026 », publié par le Forum économique mondial (WEF), le pays occupe la 82e place mondiale, sur 110 économies évaluées, et le septième rang africain.
Le résultat n’est pas négligeable, mais il mérite attention. La Tunisie perd quatre places par rapport à 2024 et son score recule de 0,2 %. Depuis 2019, elle a également cédé cinq rangs, malgré une légère progression de son score, de 1,1 %. Autrement dit, le pays conserve des atouts, mais d’autres destinations avancent plus vite ou parviennent à mieux valoriser les leurs.
Quelles conditions pour réussir ?
Le classement place Maurice en tête du continent, suivie de l’Afrique du Sud et de l’Égypte. Le Maroc, quatrième en Afrique, se distingue par une progression de sept places depuis 2024. La Tanzanie et le Kenya devancent également la Tunisie.
Ce classement ne mesure pas directement le nombre de touristes accueillis ni les recettes générées. Il s’intéresse plutôt aux conditions qui permettent à une destination de développer son activité touristique dans la durée à travers les infrastructures, les transports, l’environnement des affaires, la sécurité, la santé, les ressources humaines, l’ouverture à l’international et la capacité à intégrer les nouvelles technologies.
Cette distinction est importante. Une destination peut attirer des visiteurs grâce à son climat, son patrimoine ou ses prix, sans pour autant disposer de tous les moyens nécessaires pour améliorer l’expérience touristique, diversifier son offre et fidéliser sa clientèle.
À l’échelle régionale, l’Afrique du Nord affiche un score moyen de 3,74, supérieur à celui de l’Afrique subsaharienne, qui s’établit à 3,36. La région bénéficie notamment de meilleurs résultats en matière de compétitivité des prix, de transport aérien, de santé et d’hygiène.
Mais tout n’est pas acquis. En Afrique du Nord, les services et les infrastructures touristiques demeurent un point faible. Les insuffisances en matière d’équipements et de transports freinent encore le développement du secteur, y compris dans les régions qui bénéficient déjà d’une forte attractivité touristique.
Pour la Tunisie, l’enjeu est de faire en sorte que le séjour ne repose pas uniquement sur les qualités naturelles et culturelles du pays. Les conditions d’accueil, la qualité des prestations, les déplacements, les services et la diversification des expériences proposées comptent tout autant dans le choix d’une destination.
Les résultats des autres pays africains montrent que la concurrence se joue sur plusieurs fronts. Le Maroc enregistre la progression la plus marquée en rang parmi les pays africains recensés dans le rapport, avec sept places gagnées depuis 2024 et une amélioration de 5,5 % de son score.
L’Égypte, de son côté, se distingue par sa compétitivité tarifaire. Elle occupe la première place mondiale sur ce critère. Cet avantage prend une importance particulière dans un contexte où 75 % des économies évaluées ont vu leur compétitivité sur les prix se dégrader entre 2024 et 2026.
Ces trajectoires montrent qu’il n’existe pas une seule manière de renforcer son attractivité. Les prix peuvent faire la différence, mais ils ne remplacent ni les infrastructures ni la qualité des services. Pour les destinations, le défi consiste à proposer une offre qui réponde aux attentes des visiteurs tout en créant davantage de valeur pour l’économie locale.
Le numérique et les compétences en question
La pression ne vient pas uniquement des destinations concurrentes. Le secteur touristique mondial doit aussi composer avec les perturbations du transport aérien, le retard des investissements par rapport à la demande et les difficultés de recrutement.
Le manque de personnel qualifié constitue notamment une préoccupation croissante. À l’échelle mondiale, le secteur pourrait faire face à une pénurie de 43 millions de travailleurs d’ici 2035, soit un déficit de 16 % par rapport aux besoins.
Dans l’hébergement, la restauration et les loisirs, 55 % des entreprises interrogées signalent des difficultés à attirer les talents nécessaires. La question des compétences rejoint celle de la transformation numérique. Les technologies de l’information et l’intelligence artificielle modifient déjà les pratiques des entreprises touristiques, de la commercialisation des offres à la relation avec les clients. Les destinations qui sauront intégrer ces outils pourront mieux adapter leurs services et se rapprocher des nouvelles attentes des voyageurs.
Le rapport souligne également que les investissements dans le secteur ne suivent pas suffisamment la progression de la demande. Or, sans équipements adaptés, sans personnel formé et sans amélioration des services, la hausse de la fréquentation ne garantit pas, à elle seule, un développement durable. Pour la Tunisie, le classement du WEF ne constitue donc pas une fin en soi. Il rappelle surtout que la compétitivité touristique se construit au quotidien, dans la qualité de l’accueil, la modernisation des infrastructures, la formation et la capacité à renouveler l’offre.
Le pays possède des arguments pour rester une destination de référence en Afrique du Nord. Reste à mieux les exploiter pour que ses atouts se traduisent durablement en activité, en emplois et en retombées économiques.



