Alors que la Tunisie enregistre environ 4 400 mastectomies par an, le recours à la reconstruction mammaire demeure marginal. Estimé à moins de 1 % par le chirurgien plasticien et reconstructeur, le Dr Radhi Ben Nasser, ce taux met en lumière le manque d’information des patientes sur les possibilités offertes après une ablation du sein. À l’occasion d’Octobre rose, des spécialistes appellent à mieux faire connaître cette option, notamment sa gratuité à l’Institut Salah-Azaïz.
La reconstruction mammaire après une mastectomie reste insuffisamment connue en Tunisie, malgré les progrès réalisés en matière de sensibilisation au cancer du sein. Pour les spécialistes, mieux informer les patientes sur les possibilités de reconstruction constitue un enjeu important de leur parcours de soins, au même titre que le dépistage précoce et la prise en charge thérapeutique.
Intervenant sur Express Fm, à l’occasion des activités d’Octobre rose, la présidente de l’Association tunisienne de chirurgie et de médecine oncologiques, la Dre Mounia Hachicha, et le chirurgien plasticien et reconstructeur, le Dr Radhi Ben Nasser, ont souligné la nécessité de renforcer l’information sur les différentes solutions disponibles après une ablation du sein.
Selon la Dre Mounia Hachicha, la Tunisie enregistre environ 4 400 mastectomies par an. Elle a également relevé une évolution des pratiques entre les interventions radicales et les chirurgies partielles, en lien avec le développement des protocoles thérapeutiques.
De son côté, le Dr Radhi Ben Nasser estime que la proportion de femmes ayant recours à une reconstruction mammaire reste inférieure à 1 % en Tunisie. Il a toutefois précisé qu’il n’existait pas de données nationales précises permettant de mesurer ce recours avec exactitude.
Un choix à discuter avec l’équipe médicale
Au-delà des chiffres, les deux médecins insistent sur l’importance d’intégrer la question de la reconstruction mammaire dans les échanges entre les patientes et leurs équipes soignantes. Les femmes auxquelles une mastectomie est recommandée sont ainsi invitées à s’informer sur les possibilités de reconstruction et à en discuter avec leurs médecins, sans gêne ni appréhension.
Cette démarche ne signifie toutefois pas que la reconstruction constitue une étape obligatoire. Le choix doit être discuté avec chaque patiente, en tenant compte de son état de santé, de sa situation médicale et de ses préférences personnelles.
La reconstruction mammaire peut contribuer au rétablissement après une mastectomie, mais elle ne répond pas aux mêmes attentes chez toutes les femmes. C’est pourquoi les spécialistes soulignent l’importance d’une information claire, permettant à chacune de prendre une décision éclairée sur la base des options qui lui sont accessibles.
Le Dr Radhi Ben Nasser a indiqué qu’il existait plusieurs techniques de reconstruction mammaire. Le choix de la méthode dépend notamment de la situation médicale de la patiente et de la nature de l’intervention envisagée. La décision est prise à l’issue d’une évaluation médicale et d’un échange avec la patiente sur les différentes possibilités.
Le coût et le manque d’information parmi les principaux freins
Le faible recours à la reconstruction mammaire s’expliquerait par plusieurs facteurs, notamment le manque d’information, les craintes liées à une nouvelle intervention chirurgicale et les considérations financières.
Le coût représente en effet une préoccupation pour les patientes qui envisagent cette opération dans le secteur privé. Le Dr Radhi Ben Nasser a toutefois précisé que la reconstruction mammaire était gratuite à l’Institut Salah-Azaïz, établissement spécialisé dans la prise en charge du cancer en Tunisie.
Cette possibilité mérite, selon les intervenants, d’être davantage portée à la connaissance des femmes concernées. Une meilleure information sur les conditions d’accès à la reconstruction et sur les techniques disponibles pourrait leur permettre d’envisager plus sereinement cette option après leur traitement.
Les craintes liées à l’intervention chirurgicale constituent également un obstacle. L’accompagnement médical et les échanges avec les professionnels de santé sont donc essentiels pour expliquer les possibilités de reconstruction, en préciser les indications et répondre aux interrogations des patientes.
Octobre rose : élargir la sensibilisation à l’après-cancer
En Tunisie, les campagnes de sensibilisation au cancer du sein ont connu une évolution notable grâce à la mobilisation du ministère de la Santé, des associations et de la communauté scientifique. Cependant, les spécialistes estiment que les efforts doivent désormais accorder une place plus importante à la reconstruction mammaire et aux différentes étapes qui suivent le diagnostic et le traitement.
L’enjeu consiste à dépasser une sensibilisation centrée essentiellement sur le dépistage et la maladie elle-même, pour mieux informer les femmes sur les possibilités qui s’offrent à elles après une mastectomie.
La reconstruction mammaire ne constitue ni une obligation ni une solution adaptée à toutes les situations. Elle représente néanmoins une option que les patientes doivent pouvoir connaître et discuter avec leur équipe médicale, sans pression et sans idées préconçues.
À l’occasion d’Octobre rose, les deux médecins appellent ainsi à intensifier les campagnes d’information et à mieux faire connaître les dispositifs disponibles en Tunisie. L’objectif est de permettre aux femmes concernées d’accéder à une information complète sur leur parcours de soins, y compris sur les possibilités de reconstruction après une ablation du sein.



