Economie

Financement et accès aux soins : La santé au-delà de la dette

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  • 26 octobre 2026
  • 5 min de lecture
Financement et accès aux soins : La santé au-delà de la dette

La santé numérique ne peut se développer durablement sans justice financière, alors que l’endettement public et les contraintes budgétaires pèsent sur les moyens consacrés aux soins, aux infrastructures et à l’innovation.

La Presse — La transformation numérique de la santé ne dépend pas uniquement des technologies. Elle repose aussi sur les moyens financiers disponibles, les choix budgétaires des États et la capacité des systèmes de santé à intégrer durablement l’innovation. L’ancien ministre des Finances, Nizar Yaïche, défend une approche qui lie justice financière internationale, responsabilité des décideurs et accès équitable aux soins, tout en proposant des mécanismes pour mieux anticiper les conséquences humaines des décisions économiques. À l’ouverture de « TeleHealth Connect 2026 » à Tunis, son intervention a mis en lumière un enjeu souvent relégué au second plan : les difficultés des établissements de santé ne trouvent pas toujours leur origine dans le secteur médical. Elles peuvent aussi découler de décisions monétaires, financières et budgétaires prises bien en amont.

La dette, une pression sur les budgets de santé

L’accumulation des dettes publiques réduit les marges de manœuvre de nombreux gouvernements. Les dépenses consacrées aux hôpitaux, aux médicaments, à la prévention et à la modernisation des infrastructures doivent rivaliser avec d’autres priorités, notamment le service de la dette. Nizar Yaïche a souligné que, dans 34 pays, les gouvernements consacrent davantage de ressources au paiement des intérêts de leur dette qu’à la santé. Une situation qui illustre la pression exercée par les charges financières sur le financement des services essentiels. Le resserrement des politiques monétaires engagé à partir de 2022 par les grandes banques centrales, notamment aux États-Unis et dans la zone euro, a également contribué à renchérir le coût du financement. Pour les pays fortement endettés, cette hausse peut restreindre les ressources disponibles pour les services publics et les investissements structurants. « Une décision prise dans une banque centrale réduit l’espace budgétaire dans les pays impactés et peut finir par devenir un médicament manquant dans un hôpital », a expliqué Yaïche. Cette formule résume le lien entre les décisions financières internationales et leurs conséquences concrètes sur l’accès aux soins. Selon les données du Fonds monétaire international évoquées lors de son intervention, la dette publique mondiale représentait un peu moins de 94 % du PIB mondial en 2025 et pourrait approcher 100 % à l’horizon 2029.

La télésanté, au-delà des outils numériques

Le développement de la télésanté nécessite bien davantage que des plateformes et des équipements. Il suppose des infrastructures numériques fiables, une connectivité suffisante, un approvisionnement électrique stable, la formation des professionnels et une protection rigoureuse des données médicales. Sans financement pérenne, normes communes et garanties de confiance, les innovations risquent de rester limitées à des projets ponctuels, sans transformer durablement l’accès aux soins.

Pour renforcer la responsabilité des décideurs, Yaïche préconise des mécanismes indépendants d’évaluation de l’impact humain des décisions financières, commerciales, technologiques et sanitaires. Il évoque notamment des structures de type Human Impact Boards, chargées d’analyser les conséquences de ces décisions à partir de méthodes communes et de données transparentes. L’objectif est d’intégrer les effets sur les populations et l’accès aux soins dans l’évaluation des politiques publiques, au lieu de se limiter à leurs résultats financiers.

Un passeport de santé au-delà des frontières

Parmi les propositions avancées figure la création d’un passeport de santé international. Celui-ci prendrait la forme d’un dossier médical sécurisé et portable, permettant aux patients de conserver et de partager leurs informations essentielles au-delà des frontières, dans le respect de leur consentement et de la confidentialité. Un tel dispositif pourrait faciliter la continuité des soins lors des déplacements et améliorer la transmission des informations entre professionnels. Sa mise en œuvre dépendrait toutefois de l’interopérabilité des systèmes informatiques, de normes communes, de la sécurité des échanges et de mécanismes de recours en cas de litige. La confiance des patients devrait être intégrée dès sa conception.

La situation dans la bande de Gaza illustre également le potentiel, mais aussi les limites, de la télésanté en contexte de crise. Nizar Yaïche a défendu des dispositifs permettant de mettre des patients en relation avec des spécialistes situés à l’extérieur du territoire, de développer la télé-radiologie et la télé-pathologie et d’organiser des concertations médicales à distance. Ces outils pourraient aussi contribuer aux décisions d’évacuation sanitaire.

L’intervenant a ainsi appelé à l’élaboration d’un plan dédié à la santé palestinienne, assorti d’objectifs opérationnels, d’un financement identifiable et de modalités concrètes de mise en œuvre. Au-delà de la modernisation technologique, le défi consiste donc à concilier soutenabilité financière, investissements numériques et équité dans l’accès aux soins. La télésanté ne pourra déployer pleinement son potentiel sans financements durables, gouvernance adaptée et coopération internationale. Préserver l’accès aux soins suppose aussi d’examiner les conséquences humaines des décisions économiques qui déterminent les moyens disponibles pour les systèmes de santé.

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Auteur

Sabrine AHMED

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