Kairouan : L’impératif de protéger le personnel médical
Malgré des services performants et des avancées médicales notables, les conditions de travail du personnel et l’accueil des patients restent au cœur des préoccupations. Confrontés à une forte pression quotidienne, au manque de moyens et parfois à des comportements agressifs, les professionnels de santé exercent leur mission dans des conditions de plus en plus difficiles. Garantir leur sécurité et préserver un climat serein au sein des établissements hospitaliers constituent aujourd’hui des conditions essentielles pour assurer la continuité et la qualité des soins au bénéfice des patients.
La Presse — Or, ce but n’est pas totalement atteint dans toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan où les 137 centres de soins de santé de base, l’hôpital Ibn-El Jazzar, l’unité chirurgicale «Les Aghlabides» et les hôpitaux de circonscription souffrent de beaucoup de carences, du manque de praticiens, d’équipements et de spécialistes.
En outre, le matériel existant est souvent en panne, sans oublier les lavabos cassés et les toilettes repoussantes.
Par ailleurs, l’hôpital Ibn-El Jazzar et l’unité chirurgicale «Les Aghlabides» enregistrent une grande affluence de toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan, mais aussi de Mahdia (Aouled Chamekh, Souassi, Hbira), Zaghouan (Ennadhour), Siliana (Kesra), Gafsa, Kasserine et même de Sousse (Sidi El Hani, proche de Kairouan-ville). D’ailleurs, les services des urgences reçoivent en moyenne 230 patients par jour.
A part cela et face à beaucoup de défaillances du secteur de la santé archaïque dans des locaux en permanence surchargés, les médecins travaillent dans des conditions pénibles, ce qui se répercute, sans aucun doute, sur leur rendement et leur humeur.
Ainsi, en nous rendant parfois dans les locaux des urgences pour un complément d’enquête, nous avons remarqué que les médecins de garde se contentent de demander au patient ce dont il souffre sans même l’examiner, puis rédigent une ordonnance sans savoir s’il a des antécédents médicaux ou des allergies ou s’il prend d’autres médicaments. Un jeune médecin interne, nous confie dans ce contexte: «Ce service polyvalent souffre d’encombrement et de mauvaise organisation. Cela crée chaos et incompréhension.
Ce phénomène a encouragé beaucoup de médecins à partir à l’étranger ou vers le secteur privé…En outre, on est souvent agressés par les accompagnateurs des patients qui perturbent notre boulot et qui n’hésitent pas à s’en prendre physiquement au personnel paramédical et médical…».
Beaucoup de services très bien équipés en ressources humaines et en matériel
Malgré cela, beaucoup de services sont modernes à tous les niveaux et prodiguent des soins adéquats et performants.
On cite, à titre d’exemple, les services de maternité, de pédiatrie, d’ophtalmologie, de chirurgie, de cardiologie, de psychiatrie, de pneumologie et de traumatologie.
Néanmoins, certains accompagnateurs viennent le soir dans un état anormal, et sont dans l’incapacité de contenir leur tension nerveuse. Alors, ils sèment la terreur et la gabegie, surtout lorsqu’ils apprennent le décès d’un de leurs proches.
C’est pourquoi les responsables ont recours à des renforts sécuritaires pour rétablir la situation qui prend parfois des tournures dramatiques.
A titre d’exemple, ce qui s’est passé le 16 octobre, au service d’ophtalmologie nous laisse perplexe : une mère de famille qui accompagnait son enfant âgé de deux ans pour une urgence au niveau de l’œil n’a pas hésité à insulter le personnel paramédical et médical en les accusant de tous les maux, et ce, malgré leurs efforts pour guérir l’enfant, en suivant un protocole bien précis.
Elle est allée même jusqu’à blesser au cou un jeune ophtalmologue, ce qui a nécessité l’intervention des agents de sécurité pour la calmer. Où va-t-on avec tant d’incivilités ?
Rappelons que le service d’ophtalmologie ne cesse de réaliser des performances.
Ainsi, le 22 octobre, une équipe de jeunes médecins a pu pratiquer avec succès une greffe de la cornée sur une patiente âgée de 54 ans. Une première dans le gouvernorat de Kairouan à saluer.



