Amina L’Kima à La Presse : « L’innovation doit apporter une valeur tangible aux agriculteurs tunisiens »
Face au stress hydrique, au changement climatique et à la pression croissante sur les rendements, l’agriculture tunisienne est confrontée à des défis qui exigent des solutions adaptées aux réalités du terrain. Innovation scientifique, protection des cultures, gestion des résistances et durabilité figurent parmi les leviers mobilisés pour accompagner les agriculteurs. Dans un entretien consacré aux perspectives de Bayer Crop Science en Tunisie et en Afrique du Nord, Amina L’Kima, directrice générale de Bayer Maroc et directrice de la Division Crop Science Afrique du Nord, revient sur les solutions développées par le groupe, les avancées de la recherche et les priorités de son accompagnement des filières agricoles.
Face au stress hydrique et au changement climatique en Tunisie, quelles solutions concrètes Bayer propose-t-elle aux agriculteurs pour renforcer la résilience et préserver les rendements ?
La Tunisie fait effectivement face à des défis considérables liés à la disponibilité de l’eau, au changement climatique et à la nécessité de maintenir la productivité agricole. Notre conviction est qu’il n’existe pas de solution unique applicable à tous les marchés. Chaque pays a ses propres réalités agronomiques, climatiques et économiques.
Chez Bayer, nous développons des innovations scientifiques et des solutions adaptées aux réalités agricoles locales afin d’améliorer les rendements, la protection des cultures et l’efficacité des ressources. Cette adaptation passe non seulement par la recherche, mais aussi par un travail de proximité avec les agriculteurs.
Les travaux présentés lors de la visite du Centre de recherche de La Dargoire montrent comment les avancées en biologie, en chimie, en intelligence artificielle et en science des données peuvent contribuer au développement de solutions plus ciblées pour faire face aux défis agricoles actuels.
Mais l’innovation ne s’arrête pas au laboratoire. En Afrique du Nord, nos équipes Crop Science accompagnent les agriculteurs à travers des essais terrain, des démonstrations, le partage de bonnes pratiques agronomiques et un accompagnement technique de proximité. L’objectif est d’aider les producteurs à protéger leurs cultures, optimiser l’utilisation des ressources disponibles et renforcer durablement la résilience de leurs exploitations.
Pour la Tunisie, comme pour l’ensemble de l’Afrique du Nord, l’enjeu est de transformer l’innovation scientifique en solutions utiles, accessibles et adaptées aux besoins réels du terrain.
Lors de cette visite, nous avons découvert les travaux du Centre de recherche de La Dargoire, notamment l’approche CropKey, qui vise à concevoir de nouvelles molécules à partir de cibles biologiques précises. Comment ces innovations peuvent-elles bénéficier aux agriculteurs tunisiens et selon quels délais ?
La première chose à souligner est que les agriculteurs tunisiens et, plus largement, les agriculteurs nord-africains bénéficient déjà aujourd’hui des avancées de la recherche mondiale de Bayer à travers les solutions, les services et l’accompagnement mis à leur disposition sur le terrain. La vocation de nos centres de recherche, comme celui de La Dargoire, est précisément de transformer la science en innovations utiles pour répondre aux besoins de l’agriculture.
Parmi les approches présentées lors de la visite figure CropKey, qui consiste à partir d’une cible biologique précise pour concevoir des solutions plus ciblées dès les premières étapes de la recherche. Cette démarche s’appuie sur les avancées de la biologie, de la chimie et de l’intelligence artificielle afin de rendre la recherche plus précise et plus efficace.
Concernant l’arrivée de nouvelles solutions sur le marché, il est important de rappeler que l’innovation agricole repose sur des processus de recherche, d’évaluation et d’homologation particulièrement rigoureux. Notre priorité est de développer des solutions qui répondent aux besoins réels des agriculteurs tout en respectant les exigences les plus élevées en matière de qualité, de sécurité et de performance.
La Tunisie bénéficie depuis longtemps des innovations développées par Bayer. L’homologation de Movento 150 OD en est une illustration concrète, puisque la Tunisie a été le premier pays au monde à homologuer cette solution. Cet exemple reflète à la fois l’importance du marché tunisien pour Bayer et notre engagement à mettre l’innovation au service des agriculteurs de la région.
Plus largement, l’ambition de Bayer est de transformer les avancées scientifiques en solutions concrètes capables d’aider les agriculteurs à relever les grands défis auxquels ils sont confrontés aujourd’hui, qu’il s’agisse du stress hydrique, de la pression climatique, de la protection des cultures ou de la sécurité alimentaire. Comme l’a illustré cette visite, l’objectif n’est pas simplement d’innover, mais de faire en sorte que la science apporte une valeur tangible sur le terrain et contribue à une agriculture plus résiliente et plus durable.
Vous défendez une approche combinant semences, outils numériques, biosolutions et produits phytosanitaires conventionnels. Mais pour les agriculteurs, le coût des intrants reste une préoccupation majeure. Comment Bayer concilie-t-elle innovation agricole, durabilité environnementale et accessibilité économique à ses solutions ?
C’est précisément l’un des grands défis auxquels l’agriculture est confrontée aujourd’hui : produire davantage, de manière plus durable, tout en préservant la viabilité économique des exploitations.
Chez Bayer, nous sommes convaincus que la réponse ne repose pas sur une technologie unique, mais sur une combinaison d’innovation, de bonnes pratiques agricoles et d’accompagnement de proximité. Notre ambition est d’aider les agriculteurs à améliorer leur productivité, à protéger leurs cultures et à utiliser les ressources de manière plus efficace tout en préservant la performance économique de leurs exploitations.
C’est pourquoi notre approche va au-delà de la mise à disposition de solutions. En Afrique du Nord, nos équipes travaillent avec les agriculteurs à travers des essais terrain, des démonstrations, des formations et le partage de bonnes pratiques agronomiques afin de les aider à tirer le meilleur parti des solutions disponibles.
Nous sommes également convaincus que durabilité et performance doivent avancer ensemble. Notre objectif n’est pas d’opposer productivité, rentabilité et exigences environnementales, mais de trouver le bon équilibre pour permettre aux agriculteurs de rester compétitifs tout en répondant aux défis liés au climat, aux ressources naturelles et à la sécurité alimentaire.
L’innovation peut également contribuer directement à la maîtrise des coûts. Des solutions offrant une efficacité renforcée, une plus longue rémanence d’action ou un spectre plus large permettent, lorsqu’elles sont utilisées de manière raisonnée et conformément aux recommandations, de mieux protéger les cultures tout en limitant le nombre de produits ou d’applications nécessaires. Elles peuvent ainsi réduire les coûts d’intervention et l’utilisation des intrants, tout en diminuant l’empreinte environnementale et en préservant le potentiel de rendement des exploitations.
Face à la montée des résistances aux produits phytosanitaires, quelles innovations Bayer prépare-t-elle et comment accompagne-t-elle les agriculteurs dans la préservation de leur efficacité, notamment pour les cultures stratégiques en Tunisie ?
La résistance est un enjeu majeur pour l’ensemble du secteur agricole. C’est précisément pour cette raison que Bayer continue d’investir dans la recherche afin de mieux comprendre les maladies des plantes, identifier de nouveaux mécanismes d’action et développer les solutions de demain.
Les équipes du Centre de recherche de La Dargoire travaillent notamment sur de nouvelles approches scientifiques comme CropKey, l’intelligence artificielle et la chimie augmentée afin d’accélérer l’innovation et de concevoir des solutions plus ciblées.
Nos équipes accompagnent les agriculteurs à travers des formations, des démonstrations et des actions de conseil technique afin de favoriser une utilisation responsable et efficace des solutions disponibles. La préservation durable de leur efficacité passe aussi par les bonnes pratiques agronomiques et l’accompagnement de terrain.
Dans cette dynamique, Bayer déploiera cette année l’initiative “Résistance 360°”, un programme de sensibilisation et d’accompagnement technique consacré à la gestion des résistances. Il vise à renforcer la compréhension des mécanismes de résistance et à promouvoir une approche intégrée fondée notamment sur l’alternance des modes d’action, le respect des doses et des conditions d’application recommandées, le bon positionnement des traitements ainsi que la combinaison de solutions phytosanitaires avec des pratiques agronomiques adaptées.
À travers des formations, des démonstrations sur le terrain, des échanges avec les experts et la diffusion d’outils pratiques, “Résistance 360°” permettra d’accompagner les agriculteurs et les partenaires de la filière dans leurs décisions. L’objectif est de préserver durablement l’efficacité des solutions existantes, de limiter le risque d’apparition de résistances et de sécuriser la protection des cultures stratégiques en Tunisie.
Quelle place l’Afrique du Nord occupe-t-elle dans la stratégie de Bayer Crop Science, notamment en matière de recherche, de partenariats et d’accompagnement des agriculteurs ? Envisagez-vous de renforcer les partenariats scientifiques, les programmes d’accompagnement des agriculteurs ou les collaborations locales en Tunisie, et selon quelles priorités concrètes ?
L’Afrique du Nord est une région importante pour Bayer Crop Science, notamment parce qu’elle est confrontée à des défis agricoles majeurs liés à la sécurité alimentaire, au changement climatique, à la gestion de l’eau et à la résilience des systèmes de production.
C’est précisément pour cette raison que nous avons souhaité créer un lien direct entre notre écosystème mondial d’innovation et les réalités des agriculteurs nord-africains.
Pour la Tunisie en particulier, notre ambition est de continuer à accompagner les agriculteurs à travers l’innovation, les essais terrain, les démonstrations, la formation et le partage de bonnes pratiques agronomiques. Nous sommes convaincus que l’innovation prend tout son sens lorsqu’elle est développée et évaluée au plus près des réalités du terrain.
C’est dans cet esprit que Bayer travaille depuis de nombreuses années avec plusieurs acteurs de l’écosystème agricole tunisien, notamment des institutions académiques, des instituts de recherche et des centres techniques tels que l’Inat, l’Esam, l’Ingc et le Ctpta. Ces collaborations permettent de conduire des expérimentations dans les conditions locales, évaluer de nouvelles solutions et pratiques agronomiques, partager l’expertise scientifique et renforcer les capacités des acteurs du secteur. Elles jouent un rôle essentiel pour rapprocher la recherche des besoins concrets des filières agricoles tunisiennes et favoriser le développement de solutions adaptées aux contraintes climatiques, agronomiques et économiques du pays.
Plus largement, notre objectif reste le même : mettre la science, l’innovation et les partenariats au service des agriculteurs afin de contribuer à une agriculture tunisienne plus productive, plus résiliente et plus durable, en cohérence avec notre mission «Health for All, Hunger for None».



